La bourse est fermée
  • Dow Jones

    33 949,41
    +205,57 (+0,61 %)
     
  • Nasdaq

    11 512,41
    +199,06 (+1,76 %)
     
  • Nikkei 225

    27 362,75
    -32,26 (-0,12 %)
     
  • EUR/USD

    1,0894
    -0,0025 (-0,23 %)
     
  • HANG SENG

    22 566,78
    +522,13 (+2,37 %)
     
  • BTC-EUR

    21 155,36
    -154,79 (-0,73 %)
     
  • CMC Crypto 200

    523,89
    -3,30 (-0,63 %)
     
  • S&P 500

    4 060,43
    +44,21 (+1,10 %)
     

Mitsubishi: le capitalisme à la japonaise

Keiretsu est le mot utilisé pour désigner les principaux conglomérats nippons, dont les noms sont aujourd'hui connus dans le monde entier. Une oligarchie financière profondément ancrée dans l'histoire politique et économique du pays.

MITSUBISHI

Le Japon est, par excellence, le pays des conglomérats. Là bas, on nomme keiretsu ces entreprises assez peu nombreuses mais véritablement tentaculaires, à l'image de Mitsubishi Corporation, dont le site internet prévient d'emblée le visiteur que le groupe est présent dans "pratiquement toutes les industries".

Une entreprise aux ramifications incroyablement diversifiées

On connaît notamment Mitsubishi en Europe au travers de ses activités automobiles, mais il est aussi présent dans les services informatiques, l'énergie (conventionnelle, nucléaire et renouvelable), l'eau, les métaux, les machines-outils, la chimie, les médias, la grande distribution ou la restauration rapide, via une licence d'exploitation de la marque KFC au Japon, et même la photographie et l'électronique grand public, avec la fameuse marque Nikon. Mitsubishi est un keiretsu de type horizontal : plus qu'un ensemble de sociétés dépendant d'une entreprise de tête, il s'agit d'une sorte de fédération d'entreprises juridiquement distinctes (plus de 600 compagnies, dans le cas de Mitsubishi), mais liées entre elles par de nombreuses participations croisées. Cette organisation particulière repose sur trois piliers: un établissement financier (Bank of Tokyo-Mitsubishi UFJ, l'une des plus grandes banques de la planète), des sociétés commerciales et des entreprises industrielles réparties dans les secteurs clés de l'économie.

Une entreprise symbolique du capitalisme à la japonaise

Les keiretsu témoignent d'une vision très japonaise de l'économie, où l'esprit de solidarité nationale prévaut sur la concurrence féroce. En ce sens, ils sont les héritiers directs de l'ère Meiji, du nom du 122ème empereur du Japon, qui régna en 1867 et 1912. C'est à cette époque que, rompant avec l'isolationnisme absolu de la période des shoguns, le Japon entama sa course à la modernisation, afin de rivaliser d'égal à égal avec les puissances industrielles occidentales. L'empereur gouverne alors le pays avec la coopération active des clans féodaux (hanbatsu) les plus puissants, organisés autour de banquiers, qui vont peu à peu se transformer en autant de cartels économiques (zaibatsu), qui furent les véritables fers de lance du spectaculaire développement japonais.

Yataro Iwasaki commence sa carrière au service du clan de Tosa, dirigé par la famille Yamauchi, dont l'un des membres fondera Nintendo. Il est notamment chargé des approvisionnements en navires, armes et munitions. Au début de l'ère Meiji, il rachète à ses employeurs la société de transport maritime Tsukumo, qu'il rebaptisera Mitsubishi en 1873. Le fameux logo rouge à trois losanges est d'ailleurs un mélange de l'emblème de sa famille et des trois feuilles de chêne qui symbolisaient le clan de Tosa. Aux activités de fret et de transports de passagers (voire de soldats japonais, à l'occasion !), s'ajouteront bientôt la réparation navale ainsi que des activités minières, financières et manufacturières. Lorsque Yataro Iwasaki meurt en 1885, sa compagnie maritime est en proie à la vive concurrence d'une entreprise rivale, ce qui conduira son fils et successeur Yanosuke à céder cette activité et à poursuivre la diversification vers d'autres métiers : chantiers navals, logistique, investissement foncier.

Tel le phénix...

Après avoir contribué activement à la croissance japonaise mais aussi à l'effort de guerre du pays en fabriquant notamment les fameux avions de chasse "Zero", Mitsubishi fut une des entreprises démantelées lors de l'occupation américaine de l'archipel nippon entre 1945 et 1947, les vainqueurs faisant pression pour le vote d'une loi anti-monopolistique rigoureuse. Mais la puissance des liens régissant ces entreprises familiales et un assouplissement légal permit à Mitsubishi, comme à d'autres, de se réincarner dès 1954, avec la structure moins centralisée, plus fédérale, propre aux keiretsu. Dès la fin des années 1960, ses activités s'étendent en Australie, au Canada, au Mexique. Aujourd'hui dirigé par Ken Kobayashi, le conglomérat compte plus de 600 filiales et entreprises associées et ses activités s'étendent sur plus de 90 pays. Avec un chiffre d'affaires de 20.126 milliards de yens (environ 163 milliards d'euros) pour l'exercice clos fin mars 2012, Mitsubishi est une entreprise globale qui conserve quelques codes issusde son passé, comme ce club du vendredi qui réunit les dirigeants des principales entreprises membres le deuxième vendredi de chaque mois. Un vrai clan des temps modernes.



Emmanuel Scafroth

Lire aussi les premiers épisodes de notre série sur les grands groupes et les conglomérats:

FFP: un holding familial très discret
General Electric : un conglomérat plein d'énergie
Les cinq métiers de Bouygues