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Un millésime des prix Nobel sous le sceau de l'incontournable Covid

·4 min de lecture

Des pionniers des vaccins anti-Covid ou des généticiens de haut vol, des opposantes bélarusses ou la liberté de la presse, un romancier non Occidental? Les prix Nobel 2021 sont attribués à partir de lundi avec le sceau sans doute incontournable de la pandémie.

Décernées depuis 120 ans, les récompenses de médecine, physique, chimie, littérature et paix voulues par l'inventeur suédois Alfred Nobel, ainsi que le prix plus récent d'économie, sont annoncées à Stockholm et Oslo. Mot d'ordre: primer ceux qui ont le plus contribué "aux bienfaits de l'humanité".

Devront-ils attendre ou seront-ils sacrés dès cette année? La Hongroise Katalin Kariko et l'Américain Drew Weissman font figure de nobélisables pour avoir ouvert la voie aux vaccins à ARN messager de Pfizer et Moderna, déjà injectés à plus d'un milliard de personnes dans le monde pour les protéger du Covid-19.

Selon plusieurs experts interrogés par l'AFP, ils pourraient l'emporter en médecine, qui ouvre comme d'habitude le bal lundi, voire en chimie mercredi.

"Ca serait une erreur du comité Nobel de ne pas donner le prix au vaccin par ARN messager cette année", estime Ulrika Björkstén, cheffe du service scientifique de la radio publique suédoise.

L'Académie des Sciences, parfois critiquée pour sa tendance à couronner des découvertes très anciennes, pourrait aussi enfin sacrer, à près de 90 ans, les experts des lymphocites Max Cooper et Jacques Miller.

Les recherches sur le cancer du sein (Mary-Claire King et Dennis Slamon) ou encore des domaines comme la résistance aux antibiotiques ou l'épigénétique sont aussi évoqués par les nobélologues.

Suivront la physique mardi, la chimie mercredi, et la littérature jeudi, l'économie fermant la marche le 11.

Vendredi, tous les regards seront tournés vers Oslo pour le successeur du Programme alimentaire mondial (PAM) au prix Nobel de la paix.

"Je ne pense pas qu'il y ait de favoris évidents cette année, en tout cas au sens conventionnel du terme", souligne le directeur de l'Institut de recherche sur la paix d'Oslo, Henrik Urdal.

Des organisations défendant la liberté de la presse comme Reporters sans frontières ou encore le Comité pour la protection des journalistes, basé à New York, reviennent cette année encore comme des lauréats possibles.

L'opposante bélarusse Svetlana Tikhanovskaïa, seule ou avec ses compatriotes Maria Kolesnikova et Veronika Tsepkalo, a également rang de favorite.

A moins que parmi les 329 candidats en lice, le comité Nobel ne choisisse la cause climatique, avec par exemple la jeune Suédoise Greta Thunberg.

"C'est le problème le plus important du moment", souligne l'historien des Nobel, Asle Sveen.

- "Colonialisme positif" -

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le programme vaccinal pour les pays pauvres Covax ont perdu de leur superbe après les polémiques et les retards dans le partage des doses.

Quant au prix de littérature, il est aussi particulièrement ouvert, certains pronostiquant un vainqueur non occidental.

Si le lauréat britannique de 2017 Kazuo Ishiguro était né au Japon, tous les vainqueurs depuis neuf ans sont européens ou nord-américains, de Bob Dylan à Peter Handke en passant par la poétesse américaine Louise Glück, sacrée l'an passé.

"Je pense qu'ils veulent vraiment découvrir un génie d'un endroit qui a été jusqu'ici négligé. On pourrait appeler ça du colonialisme positif", affirme Jonas Thente, critique littéraire au quotidien suédois Dagens Nyheter, qui évoque la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie.

Autres pistes: le Sud-Coréen Ko Un, le Kenyan Ngugi wa Thiong'o ou le Chinois Can Xue, ou de nouveaux venus comme l'Indien Vikram Seth, le Mozambicain lusophone Mia Couto et l'opposant chinois Liao Yiwu.

Dans une période qui interroge le post-colonialisme, l'Américaine caribéenne Jamaïca Kincaid ou la Française de Guadeloupe Maryse Condé sont aussi évoquées.

Toujours cité, jamais gagnant, le Japonais Haruki Murakami suivrait-il le chemin de l'Américain Philip Roth, mort sans Nobel?

En Europe, la Russe Ludmila Oulitskaïa, le Hongrois Peter Nadas, le Français Michel Houellebecq ou l'Albanais Ismaël Kadaré sont aussi des "usual suspects" tout comme, outre-Atlantique, les Canadiennes Anne Carson et Margaret Atwood et les Américaines Joyce Carol Oates et Joan Didion.

Covid oblige, les lauréats recevront comme l'an passé leurs prix dans leur pays de résidence, même si un petit espoir subsiste pour le prix de la paix à Oslo.

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