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Menaces de mort, insultes: les ultra-royalistes durcissent le ton face à la protestation étudiante

Sophie DEVILLER et Pitcha DANGPRASITH
·4 min de lecture

Photos de cercueils, insultes, menaces de mort: face à une contestation étudiante toujours plus audacieuse à l'encontre de la monarchie, le discours des ultra-royalistes thaïlandais se durcit, renvoyant à certaines des pages les plus sombres du royaume.

Un partisan pro-royaliste qui jure, fusil automatique à la main, de protéger le roi; un revolver et des munitions à l'attention des protestataires: ces images violentes circulent depuis quelques jours sur internet.

La rhétorique est tout aussi agressive dans des messages: "les gens qui insultent la monarchie méritent de mourir", peut-on lire, tandis qu'un groupe, auto-baptisé "organisation de collecte des ordures", appelle à une chasse aux sorcières.

Il faut "lancer une opération pour se débarrasser de ces ordures sociales", écrit sur Facebook son fondateur, le major général Rienthong Nanna, "prêt à aller en prison pour défendre le souverain".

- Conflit générationnel -

En Thaïlande, monarchie et nationalisme sont intimement liés.

S'attaquer à la royauté, protégée par une des plus sévères lois de lèse-majesté au monde, est une aberration pour une partie de la société élevée avec le vénéré Bhumibol Adulyadej, père du monarque actuel, qui a régné 70 ans sur le pays.

A l'opposé, une partie de la jeunesse ose braver la puissante et richissime institution, demandant l'abolition de la loi de lèse-majesté, un contrôle sur la fortune royale et la non-ingérence du roi dans les affaires politiques.

Des gestes de défi inédits ont été observés ces derniers jours en marge des rassemblements pro-démocratie qui ont réuni jusqu'à 30.000 personnes dans Bangkok.

Des panneaux "République de Thaïlande" ont été brandis, des militants ne se sont pas agenouillés au passage d'un cortège royal comme l'exige une tradition séculaire, d'autres ont salué la voiture du roi et celle de la reine brandissant trois doigts en signe de résistance.

Le gouvernement a réagi proclamant un état d'urgence "renforcé", une mesure rapidement levée face aux protestataires qui continuaient à descendre par milliers dans la rue malgré l'interdiction de rassemblement.

L'ex-chef de l'armée, le général Apirat Kongsompong, est aussi sorti de sa réserve, comparant la contestation à une "maladie plus difficile à traiter que le Covid-19", tandis que les insultes discriminatoires et les menaces de mort d'ultra-royalistes fleurissaient sur la toile.

- Craintes de violences -

Cette situation ravive les craintes de violences dans un royaume habitué aux troubles politiques.

"Dès que la monarchie s'est sentie menacée, les autorités ont répondu par la force", rappelle à l'AFP Patrick Jory, de l'université australienne de Queensland. En 1976, des dizaines d'étudiants avaient été tués par les forces de sécurité, épaulées par des milices ultra-royalistes.

"Notre intention n'est absolument pas violente", assure aujourd'hui Warong Dechgitvigrom, 59 ans, gynécologue à la retraite et ex-député.

Fondateur du groupe de défense de la monarchie, Thai Pakdee ("Thaïlandais loyaux"), il reste partisan d'une ligne dure, refusant toute concession aux pro-démocrates.

"Sans royauté, ce sera la guerre civile", lance-t-il, accusant le parti d'opposition Future Forward, dissous en début d'année, d'être derrière "un lavage de cerveau de la jeunesse". "Ils ne souhaitent pas réformer la monarchie, ils veulent la détruire".

Les leaders de la contestation, pour beaucoup emprisonnés, affirment eux vouloir uniquement "la moderniser".

Les ultra-royalistes se montrent prudents quant à la personnalité controversée du roi actuel, Maha Vajiralongkorn, dont les frasques supposées et les très fréquents séjours en Europe suscitent des interrogations.

"Certains n'approuvent sans doute pas son comportement, mais il reste celui qui protège les intérêts garantis par la monarchie", relève Patrick Jory.

Le monarque n'a pas commenté les évènements en cours, mais, fait rarissime, il est apparu plusieurs fois en public ces derniers jours, rompant même avec le protocole pour féliciter vendredi l'un de ses partisans qui avait brandi un portrait de son père face aux contestataires.

"Très courageux (...) Merci", a-t-il déclaré, selon une vidéo publiée sur Facebook.

Depuis le début de la protestation, les pro-monarchistes - l'élite proche du pouvoir mais aussi une partie de la classe moyenne - ont organisé plusieurs démonstrations de force rivales.

Hormis quelques brèves échauffourées, la confrontation entre les deux camps a pour le moment été pacifique.

Les ultra-royalistes "ne bougeront que si leurs intérêts financiers sont menacés", estime Sophie Boisseau du Rocher de l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI). De nouveaux rassemblements pro-monarchistes sont prévus cette semaine.

bur-sde/ode