Marché: course d'obstacles pour l'économie US, selon Pictet.

(CercleFinance.com) - Quelle conjoncture économique peut-on attendre des Etats-Unis l'année prochaine ? C'est l'une des questions à laquelle Christophe Donay, chargé de l'allocation d'actifs et de la recherche économique pour la banque privée helvétique Pictet & Cie, s'est penché ce matin lors d'une réunion organisée à Paris. Selon les décisions politiques fédérales qui seront prises, la croissance US devrait accélérer un peu jusqu'à un rythme de 2 à 3% suivant les scénarios de Pictet, après que 2012 se soit soldé par une hausse du PIB US de 1,7 à 1,8%, selon les dernières prévisions de la Fed.

Alors que l'économie US reste l'un des principaux moteurs de l'économie mondiale, Christophe Donay a d'abord a insisté sur l'état du cycle du crédit : après une accumulation d'emprunts par les ménages, pour leurs projets immobiliers, et les entreprises jusqu'en 2008, l'heure est depuis lors au désendettement des personnes privées. Ménages et entreprises ont donc ?restauré? leurs bilans. Parallèlement, les dépenses (budgétaires et fiscales) de l'Etat fédéral se sont envolées pour prévenir toute chute trop drastique de l'économie ont entraîné la dette publique en hausse, aux environs de 100% du PIB.

A ce jour, fin 2012 aux Etats-Unis, il semble que l'essentiel du ?désendettement privé? ait été mené à bien. Or selon Christophe Donay, ?un cycle du crédit soutenu est indispensable à une croissance économique pérenne?.

Est-ce à dire que l'on peut parier, dès maintenant, sur une reprise du cycle outre-Atlantique ? Pas si vite, avertit Pictet. Certes, les conditions semblent réunies du côté privé alors que du côté fédéral, l'heure n'est pas encore à la rigueur budgétaire. Mais il faudra avant tout que trois obstacles politiques soient surmontés.

En premier lieu, il est nécessaire que les parlementaires démocrates et républicains s'entendent pour limiter l'effet négatif du ?précipice budgétaire?, le fameux ?fiscal cliff?. Si aucun accord n'est trouvé et que les mesures automatiques de baisse des dépenses et de hausse des recettes entraient en vigueur, il s'ensuivrait un effet négatif de 4 points sur le PIB américain en 2013. Certes, la communauté financière considère qu'un accord sera trouvé dans les jours, sinon les semaines qui viennent et que l'effet négatif sera ramené à un point de pourcentage seulement. Encore faut-il que cela intervienne réellement, le plus tôt possible.

En second lieu, il faudra ensuite que le Congrès vote un nouveau relèvement du plafond de la dette de l'Etat fédéral, qui est à deux doigts d'être atteint à l'heure actuelle. Le dernier relèvement, à l'été 2011, était intervenu in extremis et avait provoqué un fort stress sur les marchés.

En troisième et dernier lieu, il faudra que la situation européenne cesse de peser - de ?polluer?, a dit Christophe Donay - sur l'ensemble de l'économie mondiale.

En raison de ces incertitudes, la conjoncture américaine ralentit actuellement et devrait continuer de le faire au 1er trimestre 2013. Selon Christophe Donay, nous devrions être fixés sur les facteurs politiques énumérés ci-dessus aux alentours de mars 2013.

A partir de cette date et suivant les réponses qui auront été apportées aux différents défis politiques, la banque envisage deux scénarios. Le premier est relativement pessimiste : en cas de désaccord persistant entre les parlementaires US, ou bien d'accord temporaire qui ne ferait que reporter le problème, le PIB américain devrait croître d'environ 2% en moyenne durant l'année 20103, l'accélération se faisant sentir au 2nd semestre.

Le scénario optimiste, qui est également le scénario central de Pictet, retient également l'hypothèse d'une montée en puissance durant la seconde partie de l'année. Mais elle serait alors plus marquée et au final, la croissance du PIB serait de l'ordre de 2,7 à 2,8%.

A titre de comparaison, les dernières prévisions du FMI publiées en octobre prévoient 2,1% de croissance outre-Atlantique en 2013. La Fed, elle, s'attend à une croissance variant de 2,3 à 3% (soit 2,65% en moyenne), selon des prévisions ajustées à la baisse cette semaine.

Les quelques points de pourcentage qui séparent les deux scénarios de Pictet semblent bien maigres, indique Christophe Donay. Il n'en est rien, ajoute-t-il : en effet, c'est à partir de 2% de croissance qu'une économie créé de l'emploi. La nature des deux croissances ci-dessus évoquées est fondamentalement différente. Dans le deuxième cas, il s'agirait d'une croissance ?vertueuse? d'une qualité nettement supérieure à la première.

Ce type de croissance serait le plus favorable à une progression des indices d'actions, alors que dans le cas du premier scénario, les investisseurs resteraient focalisés sur les incertitudes politiques et les actions des banques centrales. A suivre.


Copyright (c) 2012 CercleFinance.com. Tous droits réservés.