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Ligue 1: "Arrêtez vos conneries!", Lemaire interpelle les joueurs qui ont refusé le maillot arc-en-ciel contre l'homophobie

Ligue 1: "Arrêtez vos conneries!", Lemaire interpelle les joueurs qui ont refusé le maillot arc-en-ciel contre l'homophobie

Yoann Lemaire, comment jugez-vous les sorties à Toulouse et Nantes des joueurs qui ne veulent pas participer à cette journée de lutte contre l’homophobie avec ces maillots?

On s’y attendait quand même, qu’un certain nombre de joueurs ne voudraient pas jouer avec ce maillot. On en a quand même rencontré pas mal cette année, que ce soit dans les centres de formation ou chez les joueurs professionnels. Les clubs ouvrent leurs portes pour venir sensibiliser à la lutte contre l’homophobie. On a sous-estimé le problème. Il est vrai que beaucoup de joueurs ne souhaitent pas jouer avec ce maillot, avec des raisons qui leur appartiennent: beaucoup ont des convictions religieuses, beaucoup n’aiment pas qu’on leur impose de lutter contre une cause. “Je n’aime pas qu’on m’impose une cause, j’ai envie de choisir mes causes”, ça on l’a beaucoup entendu. J’essaie de dédramatiser, de me dire qu’il y en a beaucoup d’autres qui ont joué avec, qui ont montré l’exemple auprès des jeunes, au football amateur , auprès des jeunes dans les collèges, dans les lycées, qui ont aussi été solidaires. Je pense que c'est important. Mais oui, c’est compliqué, il faudra prendre ce sujet au sérieux dans les années à venir. Parce que ce sera de pire en pire.

Vous êtes très investi dans ce combat, cela vous touche-t-il?

C’est toujours touchant, mais j’essaie de prendre du recul. Vous savez, quand on va dans les centres de formation ou quand on va parler avec les joueurs professionnels et que vous avez 30 à 40 joueurs pros devant vous qui vous disent des choses pas toujours super cools envers les homosexuels, bien sûr… Je leur dis que je suis un joueur de foot homosexuel, que j’ai galéré. Je vais essayer d’en parler gentiment avec vous, on va essayer de dédramatiser le sujet, d’en parler librement, mais ça fait du mal, parce qu’on n’entend pas toujours des choses sympas. Mais vous savez, il n’y a pas que dans le football, ça concerne aussi la vie de tous les jours. Si, demain, je travaille dans l’industrie à l’usine et qu’on demande à mes collègues de mettre un maillot pour lutter contre l’homophobie et le racisme, il y a beaucoup de gens qui vont rigoler et me dire: ‘tu fais quoi avec tes conneries? C’est hors de question’.

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On espère toujours beaucoup du foot, parce qu’il y a beaucoup de médiatisation. Maintenant, il y a des joueurs de 17-18 ans qui me disent ‘désolé mais moi je ne suis pas prêt, je ne me sens pas capable d’être un exemple. Depuis que je suis gamin, je ne fais que du foot, là vous me parlez d’un sujet qui ne me concerne pas, que je ne connais pas’. C’est compliqué, ils n’ont pas forcément envie. C’est douloureux. J’ai des retours de jeunes footballeurs amateurs qui trouvent ça compliqué. Ils me disent: ‘c’est malheureux, ça me fait un peu peur. Si j’ai des coéquipiers qui pensent pareil, je n’ai pas envie qu’ils sachent que je suis homo’. Je pense que ça donne une mauvaise image du football, du club concerné, aux sponsors de ces joueurs qui refusent de porter le maillot. Ce n’est quand même pas terrible.

Je pense aussi que ça va stigmatiser des personnes. Là, en l’occurrence, pour certains d’entre eux, ce sont des musulmans. Il ne faudra pas se leurrer si on dit: ‘c’est encore avec des musulmans, c’est encore avec des joueurs qui viennent de pays africains’. On va l’entendre sur les réseaux sociaux, on va l’entendre dans la vie de tous les joueurs. Ces gens-là, avant de dire non, il faut qu’ils essaient de comprendre qu’ils ont un rôle à jouer dans la lutte contre toutes formes de discrimination. Ils doivent se remettre en question sur leur propre attitude. Ils ont le droit de ne pas aimer l’homosexualité, mais là, publiquement, comme ça, ils vont être stigmatisés. Il faut quand même qu’ils réfléchissent cinq minutes, et je pense qu’il faut leur en parler. Ce que je reproche à leur entourage, aux agents, parfois aux clubs, même si j’en dis beaucoup de bien, c’est qu’ils n’en parlent pas assez. Il faut quand même qu’il y ait une vraie discussion avec eux sur le sujet et qu’ils comprennent la nécessité de le faire.

Si vous aviez les cinq joueurs de Toulouse en face de vous, que souhaiteriez-vous leur dire?

Si j’étais en face d’eux, je leur dirais: mais à quoi jouez-vous, ça sert à quoi votre truc? Il y a un des joueurs qui a refusé de porter le maillot qui avait été sensibilisé il y a quelques années. Ce jour-là on avait fait un documentaire, on a encore la vidéo sur laquelle il était plutôt sympa sur la question d’ailleurs, il était plutôt ouvert. A quoi joues-tu aujourd’hui? Tu veux faire le malin? Tu veux montrer que tu existes ? C’est un repli identitaire, tu te cherches? Qu'essaies-tu de faire?

Vous savez, s’il m’explique que c’est par conviction religieuse, on peut en parler de sa religion. Tu fais sans doute plein de choses à côté qui seraient condamnées par ta religion. Et moi, ça me fait sourire quand ils se protègent derrière, qu’ils interprètent par rapport à leur culture, leur tradition. C’est un peu désolant, parce qu’en fait, ils ne la connaissent pas, leur religion. Ils disent n’importe quoi. Où est-ce écrit qu’on n’a pas le droit de jouer avec un maillot homosexuel, de simplement parler d’homosexualité, d’homophobie? Si j'étais en face, j’essaierais de comprendre: pourquoi faire ça? Et vraiment de leur dire qu'on a besoin d’eux. Arrêtez vos conneries, on a plein de gamins qui vivent mal l’homophobie. Il y a énormément de suicides, de gamins qui sont tristes, qui arrêtent le football, le sport, qui vivent mal leur homosexualité à cause des potes du foot, de leurs parents, leur entourage. Arrêtez vos conneries, soyez sérieux cinq minutes, réfléchissez au problème, on va en discuter. Vous avez le droit de dire que ça vous dérange, on en parle, mais montrez l’exemple.

Les projecteurs sont braqués sur les professionnels mais vous rencontrez aussi ces problèmes dans les centres de formation, n’est-ce pas?

Je dis ça avec beaucoup d’humilité, mais on a fait beaucoup de centres de formation cette année, mais aussi des collèges et des lycées et je trouve que ça devient inquiétant, l’interprétation des religions, quelles qu’elles soient. J’entends beaucoup Adam et Eve, j’entends plein de choses. Je trouve que ce conservatisme qui revient est assez inquiétant, et pas que sur l’homophobie d’ailleurs. Sur le sexisme également, l’antisémitisme, la façon de vivre. Sur le côté: ‘c’est l’heure de la prière, tu sors, j’ai autre chose à faire que de parler avec toi’. Je trouve que c’est assez inquiétant, il ne faut pas sous-estimer le problème, il faut en parler beaucoup plus, il faut essayer de comprendre ce qu’il se passe. Les jeunes n’ont pas eu besoin de spiritualité subitement, cela a toujours existé, mais c’était une minorité, aujourd’hui c’est une majorité. Il faut être vigilant, je pense qu’il faut travailler avec des théologiens qui maîtrisent ce sujet, parce que nombre d'éducateurs, dans les centres de formation, les référents socio- éducatifs, les profs, vous le disent. Il y a un problème, il faut prendre ça au sérieux.

Je l’ai remarquée à titre personnel. Ce qu’il y a d’intéressant lorsqu’on parle d’homophobie, c’est qu’on rentre vraiment dans la tête des jeunes. Comme ils hiérarchisent un peu les discriminations, pour eux, l’homosexualité, c’est ce qu’il y a de pire. L’homosexuel, c’est la sexualité. S’il y a un gay dans l’équipe, il va me draguer, me mater dans les douches, me toucher. Ils entrent dans des délires… On se rend compte tout de suite de leur méchanceté, de leur éducation, de leurs traditions, de leur religion, d’où ils viennent. Les coachs aiment bien participer parce qu’ils apprennent beaucoup de choses sur leurs joueurs. En termes d’altérité, c’est compliqué.

"Idrissa Gueye a ouvert la boîte de Pandore"

Quand on voit que le club de Montpellier va jusqu’à changer le logo sur son maillot, ça permet aussi de relativiser, non? C’est quelque chose que l'on n'aurait pas forcément vu il y a quelques années...

Vraiment, j’ai toujours du positif qui me revient et me remonte le moral quand je vois l’engagement des clubs. Pratiquement tous les clubs ouvrent leurs portes pour que des associations comme la mienne puissent parler d’homosexulaité et d’homophobie auprès des jeunes, mais aussi auprès des pros, des supporters, des salariés, des éducateurs, du président et de son staff. C’est rassurant. Maintenant, Montpellier, nous y sommes allés. J’ai été agréablement surpris, on a fait tout le club, ils ont fait un maillot spécial. Je trouve que c’est génial, ils montrent l’exemple, ils démontrent que c’est important, que c’est une vraie cause. Il y a peut-être des homosexuels dans le centre de formation, auprès des professionnels, peut-être dans les collèges à Montpellier. Je trouve que c’est vraiment intéressant, et c’est ça l'avenir, des prises de positions fortes pour essayer d’éduquer les jeunes à travers le foot. Évidemment que le foot sert à ça, éduquer.

Le communiqué de Toulouse ne vous a-t-il pas interpellé?

Toulouse a toujours fait des actions de lutte contre l’homophobie dans son centre de formation, cela fait des années que des associations y vont. J’ai eu le référent socio-éducatif de Toulouse qui m’a appelé il y a quelques jours pour me parler de ce sujet, voir si on pouvait faire une action un de ces quatre. C’est pour ça que je suis un petit peu surpris du club. Je pense qu’ils sont embêtés, comme plein de clubs, parce que c’est un sujet qui leur tombe sur le nez, qu’ils n’y ont pas réfléchi plus que ça. Il y a un problème dans leur effectif. Maintenant, que fait-on ? Je vois beaucoup de politiques et d’associations qui hurlent sur les réseaux sociaux ou qui font tous les plateaux de télévision et qui parlent beaucoup, mais quand un club ouvre ses portes et dit: ‘venez sensibiliser mes jeunes, mes éducateurs ou mon staff’, il n’y a pas beaucoup d’associations qui y vont. Parce que c’est compliqué. Il faut faire des kilomètres, se lever tôt le matin, passer deux ou trois jours bénévolement avec eux, ce n’est pas simple, c’est compliqué. Sur place, vous avez plein de joueurs que le sujet embête, et partout. Et là, il faut convaincre de porter ce maillot, les convaincre de la nécessité de s’engager contre les discriminations.

Je pense que les clubs font déjà beaucoup de choses, mais ce n’est certainement pas suffisant. Il faut encore aller plus loin, je pense qu’il manque de la communication en interne pour parler davantage aux joueurs de la nécessité de s’engager. C’est important de dire aux joueurs de football professionnels qu’on fait des actions de sensibilisation dans les centres de formation, des ateliers de lutte contre le sexisme, l’antisémitisme. Il faut leur expliquer tout ça, car ils ne sont pas toujours au courant. Il faut leur rappeler la ligne "politique et citoyenne" du club. Il manque parfois de la communication entre le club et les joueurs. J’espère que ça va s’améliorer, mais je reste optimiste. Idrissa Gueye a ouvert la boîte de Pandore, il a été le premier, mais les clubs font fuiter les informations, je pense que ce sont eux qui parlent aux journalistes. Cela démontre qu’ils ne cautionnent pas. J’essaie de voir le positif.

Ne manque-t-il pas une figure nationale très connue qui prenne position?

Pour avancer une bonne fois pour toutes, - parce que la pédagogie, la sensibilisation a ses limites -, il faudrait qu’un ou des joueurs, de Ligue 1 ou de Ligue 2, parlent de leur homosexualité, et montrent qu’il ne s’est rien passé entre ce qui a précédé le coming-out et ce qu’il s’est passé après, qu’ils restent les mêmes joueurs. Des joueurs qui mettent des buts, qui défendent, avec un côté viril, ou pas d’ailleurs. Pour beaucoup de joueurs, l’homosexuel ne peut pas jouer au foot, ils stigmatisent, avec l’homosexualité, le mec fragile, le mec sensible, le mec éffeminé. Il faudrait casser tous ces stéréotypes, et avoir des joueurs qui font leur coming-out, on avancerait plus facilement. Maintenant, ça va être plus compliqué pour eux aussi, parce qu’ils ont plus à perdre qu'à gagner. Pourquoi prendre le risque? On peut se poser la question. S’il est en fin de contrat, qu’il doit signer au PSG ou ailleurs… Il y a aussi des propriétaires qui viennent d’autres pays, et des joueurs qui viennent d’autres pays, qui ne sont pas très ouverts d’esprit sur l’homosexualité puisque dans leur pays d’origine, l’homosexualité est parfois condamnée.

Le football reste mondial. Vous savez, il suffit d’une minorité agissante pour vous pourrir la vie, c’est suffisant. Quand je pose la question au coach, que j’essaie de savoir comment il gère ce type de situation, il ne sait pas. Si c’est en plus le meilleur joueur de l’équipe qui a un comportement homophobe, comment gérer ça ? C’est compliqué. Un coming-out, on peut l’espérer, je pense que le sujet est mûr. La LFP s’engage, les clubs s’engagent, les journalistes en parlent, l’opinion publique est prête, je suppose que les supporters aussi. Il faudrait que le milieu du foot se rende compte qu’ils sont encore un peu arriérés sur la question, qu’il faut passer le cap. C’est une question d’altérité.

Beaucoup de joueurs me disent, et ça je l’entends souvent: ‘on n’est pas là pour parler de ça, c’est de l’ordre privé’. C’est drôle, parce qu’avant, ils me parlent de leur femme, de leurs enfants, de leur vie privée. Et quand on parle d’homosexualité, d’un coéquipier gay qui a besoin de dire qu’il est homo, parce que son compagnon peut l’accompagner au stade, s’installer en tribunes, eh bien là on vous explique que c’est de l’ordre du privé, ça ne pardonne pas, c’est sa sexualité. On voit qu’ils ne sont pas encore prêts.

Avez-vous reçu des messages de soutien ces dernières heures, de gens qui sont derrière vous, soutiennent cette initiative?

Sincèrement, on reçoit beaucoup plus d’insultes et de mépris. C’est pourquoi je pose souvent la question à la Ligue: pourquoi fait-on ça? Pourquoi va-t-on dans les clubs. C’est compliqué avec les joueurs, c’est très compliqué avec les jeunes du centre de formation. C’est aussi compliqué avec des associations LGBT qui critiquent tout ce qu’on fait, qui disent qu’on est nuls et qu'on ne sert à rien, qu’on ne va pas assez loin, qu’il faut plus de coercition, sortir les supporters du stade, enlever des points, qu’il faut condamner les joueurs. Et quand il se passe ça, il ne faut surtout pas aller sur les réseaux sociaux, car il y a les haineux qui s’y expriment. Les gens qui trouvent ça sympas, il y en a quelques-uns, j’ai des contacts dans les clubs. Ils me disent: ‘voilà, on avait raison, il faut faire des actions’. On a des petits mots sympas qui viennent du milieu du football professionnel, mais ça ne vient pas du milieu LGBT, ça ne vient pas des réseaux sociaux. Honnêtement, la LFP, on peut leur tirer un coup de chapeau, parce qu’à chaque fois qu’on fait des ateliers, ils sont toujours là, ils se rendent compte de la difficulté du sujet. Ils se font attaquer par le milieu LGBT, l’opinion publique, on leur dit qu’ils ne vont pas assez loin, que ce n’est que de la communication. Mais ce n’est pas que de la communication. La critique est facile. Il y a de plus en plus de méchanceté. Je n’ose même pas regarder les réseaux sociaux, j’ai déjà reçu beaucoup d’insultes. C’est un sujet qui divise.

Article original publié sur RMC Sport