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L'entreprise d'insertion, tremplin vers l'emploi pour des milliers d'exclus

Aurélie CARABIN
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Les entreprises d'insertion profitent chaque année à des dizaines de milliers d'exclus

Recruter et former des chômeurs sortis du système pour les remettre sur le marché du travail tout en restant rentable: les entreprises d'insertion profitent chaque année à plusieurs dizaines de milliers d'exclus, mais peinent à se développer autant qu'elles le souhaiteraient.

Réservées aux personnes dites "éloignées de l'emploi" (chômeurs de longue durée, allocataires de minima sociaux, jeunes sans qualification, etc.), les 1.200 entreprises d'insertion (EI) et entreprises de travail temporaires d'insertion (ETTI) représentent près de 65.000 salariés en France, dont 55.000 en insertion, selon le Comité national des entreprises d'insertion (CNEI).

Leurs salariés sont embauchés en CDDI (contrat à durée déterminée d'insertion) de quatre mois minimum, renouvelables pendant deux ans maximum. Suivis par un chargé d'insertion, ils bénéficient d'un accompagnement individualisé (coaching, cours de savoir-être ou sur le droit du travail, par exemple) censé favoriser leur retour à l'emploi ordinaire.

"Leur projet professionnel, on y travaille dès le premier jour", affirme Laurent Gomis, directeur depuis 2001 de l'EI parisienne Clair et Net, spécialisée dans le nettoyage. "Ils ont deux ans pour préparer leur sortie", poursuit le patron de la PME, qui emploie 17 personnes en insertion, soit la quasi-totalité de son effectif.

Outre la formation technique nécessaire à l'activité de l'EI, divers ateliers sont imposés aux employés sur leur temps de travail. "On fait venir des intervenants extérieurs pour des cours d'alphabétisation, on leur fait passer le permis de conduire et des certificats de qualification", détaille Laurent Gomis.

Une aide de 10.000 euros par an et par poste est octroyée par l'Etat pour couvrir les frais dus à l'accompagnement et à la moindre rentabilité de ces salariés.

"En réalité cela nous coûte 14.000 euros", assure Laurent Gomis, "alors on prend les 4.000 euros restants sur notre chiffre d'affaires".

Cette aide mise à part, "on fonctionne exactement comme n'importe quelle autre entreprise" avec les mêmes contraintes fiscales et commerciales, assure le directeur de Clair et Net.

En moyenne, une EI tire 85% de ses revenus de la vente des services ou des biens qu'elle produit.

- 15.000 postes maximum -

Comme Clair et Net se porte bien - 650.000 euros de chiffre d'affaires en 2013 -, Laurent Gomis aimerait développer son affaire en employant jusqu'à huit salariés supplémentaires. Problème: le nombre d'aides au postes est soumis à un numérus clausus, établi à 15.000 depuis 2009. Du coup, sa masse salariale n'a pas bougé depuis six ans.

"Ce qui bloque c'est le plafonnement des postes", confirme Joséphine Labroue, chargée de mission au CNEI "C'est vraiment ce sur quoi on interpelle le gouvernement", poursuit-elle, précisant qu'environ 1.300 nouveaux postes sont réclamés par les entreprises adhérentes.

"On sait qu'on ne peut pas en demander trop à l'Etat avec la conjoncture actuelle, mais il faut trouver d'autres mécanismes pour financer les postes", insiste Joséphine Labroue.

Le plafonnement est d'autant plus dommageable que depuis la crise, de plus en plus de jeunes souhaitent créer une entreprise d'insertion, souligne-t-elle. Mais le manque de postes freine la création.

Et quand un projet social voit le jour, l'aventure peut vite s'avérer plus compliquée que prévu. Comme pour n'importe quel entrepreneur.

"Les débuts ont été très difficiles financièrement", témoigne Ricardo Esteban, le directeur de Petit Bain, une salle de spectacle à vocation sociale installée sur la Seine depuis 2011.

"A l'origine notre restaurant devait être le moteur économique de notre projet, avec des postes en insertion dans les cuisines" se remémore-t-il. "Mais ça n'a pas marché du tout, on n'a pas su trouver notre clientèle et la formation du cuisinier (un ancien détenu difficile, ndlr) demandait trop de temps".

Le cuisinier en question, lui, a retrouvé du travail après la fin de son contrat d'insertion. Preuve, selon Ricardo Esteban, que cela n'a "pas servi à rien".

Plus de quatre salariés en insertion sur dix parviennent à trouver un emploi (CDI ou CDD) à l'issue de leur parcours, d'après le CNEI.