Le marché de la musique reste en crise

Encore une année de baisse pour le marché du disque. Un recul que les ventes numériques ne parviennent pas à compenser... pour l'instant.


Il y a deux manières de regarder les chiffres de l'industrie de la musique en France pour 2012, présentée au récent Midem (la grand-messe du secteur) comme la dixième année de crise pour le marché du disque. D'un côté, on peut se réjouir de la nouvelle progression du chiffre d'affaires numérique de l'industrie. De l'autre, on peut regretter que ce développement rapide ne suffise pas encore à compenser le manque à gagner lié à la chute des ventes physiques de musique (albums, singles et autres DVD musicaux), ces deux marchés cumulés enregistrant un recul de 6,6% en 2012.


Le marché du disque : pas mort, mais malade

Un jour prochain, l'expression "marché du disque" ne sera peut-être plus justifiée, mais pour l'heure, c'est toujours la vente d'albums au format CD ou vinyle (qui ressurgissent dans certains rayons) qui constitue le gros des ventes de musique enregistrée : en 2012, ce segment a généré 340 millions d'euros de chiffre d'affaires pour les producteurs français, soit près de 70% des ventes totales (hors perception de droits de diffusion). Mais ce montant est en recul de 10,5% par rapport à 2011 et surtout, il s'est effondré de plus de 40% en un an. Cette chute continue s'explique par un double phénomène : une baisse du nombre d'unités vendues, et un recul du prix de vente moyen d'un album, tombé en 5 ans de 14,84 euros TTC à 12,72 euros TTC.

L'album n'est pas encore mort, peut-être parce qu'en plus de la musique, c'est un objet au packaging parfois très travaillé et qu'il peut ainsi faire office de cadeau. A l'inverse, le single (un ou deux titres accompagné d'un emballage minimaliste et peu qualitatif) est en concurrence frontale avec le téléchargement de titres sur internet. Il est d'ailleurs en voie de disparition, avec des ventes de 1,4 million d'euros en 2012, soit une baisse vertigineuse de 93% en 5 ans !


La France... l'autre pays du streaming

A côté de cela, le marché des ventes numériques poursuit sa progression (+13% en 2012, à 125 millions d'euros) et représente désormais 25,6% des ventes totales de musique, contre 21,1% en 2011. Une croissance qui masque des réalités contrastées. En effet, si le téléchargement légal sur internet, qui constitue la moitié du marché, progresse de 11,8%, grâce notamment au téléchargement d'albums entiers et plus seulement de titres individuels, les ventes sur mobile (titres, sonneries,...) reculent au contraire d'un tiers, victimes d'un changement de modèles. Car les deux segments qui ont véritablement le vent en poupe sont l'écoute gratuite de musique en streaming, financée par la publicité, et surtout la vente d'abonnement permettant l'écoute illimitée d'un large catalogue. Partie de zéro en 2007, elle a bondi de 37% en 2012 et représente plus de 35 millions d'euros de revenus pour l'industrie.

Avec de tels chiffres, le streaming représente 39% des revenus de la musique numérique en France, contre 89% en Suède, mais à peine plus de 10% en Allemagne ou aux Etats-Unis. Des statistiques qui ne doivent rien au hasard : les deux acteurs en pointe sur ce sujet sont le suédois Spotify et le français Deezer !


Un changement de donne majeur

Comme en témoigne le dépôt de bilan de Virgin Megastore et les pertes enregistrées par la Fnac, dont le propriétaire PPR souhaite d'ailleurs se défaire, les intermédiaires qui comptent ne sont plus les mêmes aujourd'hui et le rapport de force change. Les "majors" du disque pouvaient paraître toutes-puissantes quand elle négociaient avec le disquaire du coin. Aujourd'hui, elle ne pèsent pas bien lourd face à leurs nouveaux distributeurs: les titans du web et de la high-tech comme Apple, Microsoft ou Google, vrais maîtres du marché de demain, ont des valorisations boursières 10 ou 20 fois supérieures à celles de Vivendi (Universal Music), Sony, Warner ou EMI.

Tout en se félicitant de la baisse de fréquentation des sites de téléchargement illégal, le Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP) ne se prive pas d'ailleurs de continuer à réclamer une rémunération compensatoire pour le "transfert de valeur" que l'industrie a subi. Elle pourrait prendre la forme d'une taxe sur les fournisseurs d'accès internet, les hébergeurs de contenus ou les fabricants de matériel. Des revendications qu'on peut s'attendre à voire perdurer tant que le marché n'amorcera pas un retournement.

Emmanuel Schafroth

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