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L'angoisse des Tatars de Crimée, exilés après l'annexion

·4 min de lecture

Ils vivent dans la peur pour leurs proches et luttent pour préserver leur culture. Les Tatars de Crimée ayant fui l'annexion russe de cette péninsule ukrainienne endurent chaque jour le fardeau de l'exil.

Au XVIIIe siècle comme sous Staline, la puissance russe "faisait tout pour que notre peuple cesse d'exister", accuse Roustem Skybine, un céramiste renommé et membre actif de la diaspora tatare à Kiev.

L'histoire se répète, selon cet homme de 45 ans né en Ouzbékistan durant l'exil forcé des Tatars à l'époque soviétique. Car depuis l'annexion de 2014, Moscou mène une politique de "répression" contre cette ethnie musulmane à la langue turcique, dit-il, parce qu'elle est majoritairement opposée à la tutelle russe.

Quelque 90 de ses compatriotes sont actuellement incarcérés, tandis que des dizaines de milliers d'autres ont préféré, comme lui, l'exil en Ukraine continentale.

Le dernier choc, début septembre, fut l'arrestation de Nariman Djelial, politologue respecté et chef adjoint du Medjlis, assemblée traditionnelle des Tatars considérée comme une "organisation terroriste" par la Russie.

Il est accusé du "sabotage" d'un gazoduc approvisionnant une base militaire russe. Une affaire montée de toutes pièces, selon ses soutiens et Kiev, tandis que les services secrets russes (FSB) diffusaient, eux, à la télévision des aveux de complices supposés.

"C'est un acte significatif des occupants" visant à intimider tous les militants tatars, "notre mouvement a été décapité", estime Alim Aliev, 33 ans, cofondateur à Kiev de l'ONG Crimée SOS.

"Ma plus grande peur est pour mes proches" restés sur la presqu'île, poursuit du coup le jeune homme, notant en outre que les Tatars qui "continuent de se rendre en Crimée ont peur de s'exprimer publiquement".

Car lorsque Moscou a annexé la péninsule, dans la foulée d'une révolution pro-occidentale à Kiev, les Tatars se sont massivement opposés au retour dans le giron russe.

Mais entre la répression, un référendum de rattachement à la Russie et le déploiement des forces russes, leurs voix ont été rapidement bâillonnées.

Les Tatars ayant choisi la Russie assurent qu'aucune répression ne vise la communauté, quand Moscou affirme ne cibler que des "extrémistes" et des "terroristes".

"Il faut plonger dans l'atmosphère de la Crimée russe pour comprendre qu'y vit en harmonie une société multiethnique", disait début septembre à l'agence Ria Novosti le chef d'une organisation culturelle tatare, Eïvaz Oumerov.

Néanmoins, quelque 30.000 Tatars, soit plus de 10% de la communauté, sont partis vers d'autres régions de l'Ukraine, bien souvent des représentants de l'élite.

"C'était une véritable fuite des cerveaux, de la partie la plus active: étudiants, hommes d'affaires, militants", souligne M. Aliev.

- "Nous reviendrons" -

De quoi raviver la mémoire des déportations staliniennes de masse de 1944. Pour le céramiste, M. Skybine, en 2014, "nous avons ressenti ce que nos grand-parents nous ont raconté".

Eprouvée par ces drames historiques, cette communauté a développé une résilience culturelle et linguistique. Mais faute d'écoles enseignant en tatar, les familles sont confrontées à un défi.

"Je ne sais même pas comment les enfants de cinq ou sept ans vont apprendre notre langue", avoue Eskender Boudjourov, un restaurateur de 61 ans, même si de premiers cours gratuits ont été mis en place.

Au final, c'est surtout dans la cellule familiale que s'organise la survie culturelle.

Le manque de mosquées dans un pays majoritairement chrétien orthodoxe est compensé par des salles de prière, même si des rites peuvent varier, l'Ukraine comptant d'autres minorités musulmanes, notamment celles venues du Caucase.

Cette année, le gouvernement a pour la première fois débloqué des fonds pour la promotion de la culture tatare, se félicite M. Skybine. Et les tensions ethniques ou religieuses sont heureusement quasiment inexistantes.

"Les Ukrainiens peuvent être frileux à l'égard des musulmans. Mais quand il s'agit de Tatars de Crimée, ils se disent +ce sont nos musulmans à nous+", sourit M. Aliev.

Les exilés espèrent en tout cas toujours la fin de l'"occupation" russe et pouvoir revenir en Crimée, comme l'avaient pu leurs aînés dans les années 1980, dans les dernières années de l'URSS.

"Nos grands-parents et parents ont attendu 70 ans avant de pouvoir revenir", dit Roustem Skybine. "Nous reviendrons, nous aussi".

ant/alf/lch

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