La France est-elle en train de manquer la troisième révolution industrielle ?

Faute de rentabilité suffisante, l'industrie française n'investit pas assez. Un sérieux handicap pour l'innovation.

Les chiffres d'octobre du marché automobile français sont édifiants ! Alors que les ventes ont chuté de 5,7% pour PSA et de 25,6% pour Renault, celles de BMW ont progressé de 4,5%, et celles de Mercedes ont bondi de 26,3%. Voilà une parfaite illustration d'un constat que fait le désormais fameux rapport Gallois sur l'industrie française, "plutôt positionnée, à la différence de son concurrent d'Outre-Rhin, sur le milieu de gamme en matière de qualité et d'innovation" et disposant de "peu de facteurs différenciants et [...] de ce fait très exposée à la concurrence par les prix, alors même que ses coûts sont relativement élevés".

Autrement dit, nous sommes pris en étau entre la fameuse "deutsche Qualität", qui permet à nos amis allemands de se battre sur d'autres arguments que le prix, et les pays à faibles coût de main d'oeuvre. Le rapport juge ce positionnement bancal responsable de la dégradation de la capacité des entreprises à autofinancer leurs investissements (ou taux d'autofinancement), passée de 85% à 64% entre 2000 et 2012.

Robotisation : la France a des atouts...

Du fait de cette moindre capacité à investir, donc à innover, on peut se demander si la France n'est pas en train de manquer ce qu'on pourrait appeler la troisième révolution industrielle, qui passe notamment par la robotique et les nouvelles technologies. Dans ce domaine, Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, peut certes argumenter que la France dispose de "compétences remarquable, comparables à celles qui existent au Japon". Ainsi, depuis 2007, c'est Nao, le petit robot créé par la start up française Aldebaran Robotics, qui a remplacé le chien-robot Aibo de Sony comme support de la Robocup, une coupe du monde de football qui oppose des robots et leurs programmeurs. Voilà pour la jolie vitrine !
 

... mais elle est en retard !


En ce qui concerne l'industrie, le constat est moins brillant. A fin 2011, selon les chiffres de la Fédération internationale de la robotique (IFR), la France comptait 34,461 robots industriels, un niveau à peine plus élevé que celui de l'Espagne (29.847) et très inférieur à celui de l'Allemagne (163.500) et même de l'Italie (61.000). Et la France est loin de rattraper son retard. Bien au contraire, l'écart se creuse par rapport à nos concurrents. L'industrie française a installé un peu plus de 3.000 nouveaux robots en 2011, les allemands près de sept fois plus ! Et c'est sans compter les Chinois qui, d'ici 2015, pourraient devenir les premiers clients du secteur robotique, tandis que le parc français devrait stagner. Selon Alexandre Mirlicourtois, directeur des études économiques de Xerfi études, l'industrie française est tout bonnement en voie d'obsolescence : "nos calculs montrent qu'au niveau mondial, 8 à 10% du parc est mis au rebut chaque année, contre 4% seulement en France. Un robot dure plus d'une vingtaine d'année en France contre 10 ans seulement dans le reste du monde", note-t-il.

Ne pas confondre investissement et coût

L'état de notre robotique n'est qu'un signe parmi d'autres de l'insuffisante prise en compte des technologies innovantes par les entreprises françaises. A trop considérer l'informatique comme un centre de coût et non comme un investissement, notre pays est sous-équipé en serveurs professionnels. Mais à vouloir supprimer des coûts, on peut en faire apparaître d'autres. Une panne informatique et c'est tout un département de l'entreprise qui peut être mis au chômage technique, pour quelques minutes ou quelques heures. Selon un sondage CA technologies réalisé en 2011, les entreprises françaises de plus de 50 salariés auraient de ce fait perdu 14 millions d'heures de travail, soit 1.000 heures par entreprise : un ratio deux fois plus élevé que celui constaté en Allemagne ou au Royaume-Uni.

Autre faiblesse française pointée par Xerfi, celle de la Recherche & Développement. Si l'on rapporte cet indicateur, porteur de la croissance de demain, au produit intérieur brut, la France "arrive en 12e position, en dessous de la moyenne des pays développés, loin derrière l'Allemagne, les Etats-Unis et le Japon", explique Alexandre Mirlicourtois. Si l'effort public de recherche est équivalent en France et en Allemagne, c'est bien du côté privé que nous pêchons : encore une conséquence de la médiocre rentabilité de nos industries. Un véritable cercle vicieux dont il est aujourd'hui bien difficile de sortir.

Emmanuel Schafroth

La vidéo de Nao, star française de la robotique


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