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L’intelligence artificielle va-t-elle remplacer les scénaristes ? Ces professionnels n’y croient pas

ChatGPT et les intelligences artificielles vont-elles remplacer les scénaristes et les auteurs pour le cinéma et les séries ? La question agite le milieu de la culture (photo d’illustration).
ChatGPT et les intelligences artificielles vont-elles remplacer les scénaristes et les auteurs pour le cinéma et les séries ? La question agite le milieu de la culture (photo d’illustration).

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE - Verra-t-on un jour des créateurs de logiciels recevoir une Palme d’or au Festival de Cannes ? Depuis plusieurs mois, l’idée de voir des intelligences artificielles remplacer les scénaristes ne cesse de faire parler. Ces outils, à l’image de ChatGPT, semblent en effet capables d’élaborer des récits et d’organiser des intrigues.

Tant et si bien qu’à Hollywood, les auteurs de cinéma et de séries se sont mis en grève pour obtenir des studios qu’ils s’engagent à ne pas les remplacer par des robots, et que le président du jury du Festival Ruben Östlund a livré sur la Croisette un plaidoyer pour protéger la création humaine.

Pour Le HuffPost, Alexandre Astier aussi s’est exprimé sur le sujet, assurant que le contenu généré par machine ne pourrait jamais remplacer « la souffrance », la « déchirure » qui sous-tend les chefs-d’œuvre de la création artistique.

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Lire aussi : Alexandre Astier : « L’IA nous oblige à nous demander ce qu’est vraiment un auteur, un geste artistique »

Il n’en reste pas moins que l’émergence de ces nouvelles technologies est prise au sérieux par les auteurs.

Des qualités, mais…

Parmi eux Brigitte Bémol, qui scénarise Je te promets, l’adaptation française de This Is Us pour TF1, après avoir travaillé entre autres sur Un village français. « Je ne suis pas effrayée par cette nouveauté, mais je travaille avec un coauteur qui l’est », pose-t-elle. Raison pour laquelle elle a décidé de tester ChatGPT, lui demandant un scénario dans lequel un scénariste était terrifié par la perspective… d’être remplacé par une IA. « Ce qu’il a produit était artificiel, mais pas dénué d’idées », raconte l’autrice, qui précise avoir guidé et titillé la machine, en lui reprochant par exemple ses écrits « décevants ».

Et après avoir testé avec plusieurs idées de scénario, une conclusion s’est imposée à elle : « À chaque fois, j’avais une formule scénaristique très convenue, mais pas stupide. C’était formaté, mais beaucoup d’auteurs auraient fait moins bien. » Autre point positif : l’IA est un élève studieux, qui respecte les codes de l’écriture de scénario, applique les structures et la technique. Sauf qu’il y a un « mais » : « Il n’y a jamais aucun humour, aucune psychologie des personnages, les dialogues sont absolument nuls », s’esclaffe Brigitte Bémol, définitivement pas inquiète qu’une intelligence artificielle puisse un jour la remplacer.

Hector Cabello Reyes, nommé pour le César du meilleur scénario en 2010 pour Le Concert de Radu Mihaileanu corrobore. « Là où ChatGPT est très fort, c’est pour analyser des données, les formater et les présenter de façon intelligible. Mais imaginer, c’est autre chose. » Le scénariste poursuit : « Comme il n’est nourri que par de l’existant, il ne peut faire que de l’existant. Or ce que vend un auteur, un conteur, c’est la surprise, c’est de raconter quelque chose qui n’a jamais été raconté. »

Une incapacité de fait

« Qu’est-ce que la comédie, l’humour ? C’est analyser un système sociétal, en définir le périmètre, et s’amuser à en sortir avec finesse », décrit-il encore. Hector Cabello Reyes prend pour exemple la scène célébrissime de Quand Harry rencontre Sally où Meg Ryan imite un orgasme au cours d’un repas au restaurant pour prouver que les femmes peuvent simuler, et où une vieille dame attablée non loin lance : « Je vais prendre la même chose qu’elle ». « Là l’IA comprend que ce qui fait rire, c’est de faire quelque chose qui ne se fait pas, de dire quelque chose qui ne se dit pas. Mais sortir du périmètre avec une telle précision, c’est pratiquement inatteignable, c’est du domaine du sublime, ça demande une immense intelligence émotionnelle. Et ça, une machine ne pourra jamais l’artificialiser. »

Des doutes que partage Paul Laverty, qui a écrit les scénarios des huit derniers films de Ken Loach, dont The Old Oak, présenté à Cannes cette semaine. « En tant qu’humains, nous absorbons des sentiments, du vécu tout au long de notre vie, que ce soit un père alcoolique ou des questionnements à l’adolescence, retrace-t-il. Et ce qu’il y a derrière la création artistique, c’est toute l’intelligence, le génie, le travail qu’il faut pour restituer ce qui est inhabituel, branlant, original dans nos vies. »

Paul Laverty cite à cet égard Virginia Woolf, qui écrivait : « L’élément principal lorsque l’on commence un roman, c’est de ressentir. Non pas que l’on puisse les retranscrire, mais que ces sentiments existent quelque part dans un abîme que les mots ne peuvent franchir, que l’on ne puisse les atteindre que par une angoisse haletante. » Et le scénariste de se questionner : « Est-ce que l’intelligence artificielle pourra faire cela un jour ? Je ne sais pas. »

OK pour Top Gun 3, pas pour un grand film

Ce qui est certain, reprend Hector Cabello Reyes, c’est que l’IA effraie par sa nouveauté, comme le traitement de texte a pu terrifier les dactylos ou Photoshop les photographes. Mais pour lui, le logiciel va devenir un compagnon pour certaines tâches davantage qu’il prendra le pas sur les auteurs. « Si j’ai écrit un résumé sur cinq pages et qu’on me dit qu’on le voudrait en trois, ça peut être pratique, je l’ai testé. » Même son de cloche chez Brigitte Bémol : « L’IA peut permettre de faire un ping-pong quand on écrit seul, de tester des idées sur elle. »

Pour cela, les scénaristes que nous avons interrogés envisagent tous une utilisation de l’IA dans un cadre précis : celui des franchises, des feuilletons qui assument de s’appuyer sur une narration type. Un usage qui permettrait, pour des films ou séries qui ne font que recycler des formules, de « générer un premier jet », pour citer Brigitte Bémol, auquel une poignée d’auteurs viendrait ensuite donner de la consistance. Hector Cabello Reyes : « ChatGPT sera capable de faire le scénario de Top Gun 3, de Fast & Furious 14 ou d’un James Bond, parce qu’il s’agira d’une répétition avec quelques variations. Et on fera intervenir un scénariste pour y mettre l’humour, les détails, des répliques efficaces… »

Ainsi, ce ne serait pas le métier d’auteur qui serait menacé, mais seulement certaines missions, comme celle d’imaginer des situations dans lesquelles on n’a pas encore plongé ses personnages principaux au moment d’écrire la douzième saison d’une sitcom. « Le concept d’écriture retravaillée, ça existe depuis la nuit des temps. Molière reprenait la structure basique de pièces latines de Plaute par exemple. Tout cela existe déjà, c’est juste l’outil qui change », image Hector Cabello Reyes. Paul Laverty développe : « La capacité des gens à absorber de la merde m’impressionne : on dirait déjà qu’une partie de la création est générée par des IA… Alors si les grands studios ont envie de généraliser cette médiocrité et qu’ils peuvent la produire pour moins cher, ces entreprises qui ne cherchent que le profit le feront. »

Un « vol de grande envergure » ?

Sauf que « prendre les gens pour des gogos en leur donnant des choses artificielles, ça va cinq minutes, mais ce n’est pas ça qui fait des grands succès », reprend Brigitte Bémol. « Si l’on se dit qu’il vaut mieux faire du low cost et gaver les gens alors l’IA peut être une solution. Mais en ce qui concerne l’art… »

Pour Paul Laverty, le questionnement posé par l’émergence de l’IA va même plus loin que le simple respect du public : « Aujourd’hui, les entreprises qui alimentent et veulent exploiter ces intelligences artificielles, les géants d’Internet, rassemblent tout ce qui existe comme information. Elles utilisent toute la création de l’Humanité à des fins mercantiles. » Un fonctionnement qui l’empêche de même songer à y avoir recours : « En tant que citoyen, je n’ai pas envie de voler le travail des gens, je n’ai pas envie de plagier d’autres auteurs. »

Ce qui lui inspire une analogie avec le « mouvement des enclosures » au XIIe siècle au Royaume-Uni, lorsque des paysans qui exploitaient les terres ont vu une partie de la société se les approprier et ont été contraints de verser un loyer pour pouvoir continuer à travailler. « C’est la même chose : on nous fait passer l’IA pour un cadeau. Mais elle ne fonctionne que grâce à notre travail, à notre création. » Il conclut : « Il y a un immense danger. Pourquoi est-ce que ces entreprises ont le droit de rassembler toutes ces informations, de s’approprier le travail des étudiants et des universitaires, tout ce que l’on dit de nos vies sur Internet, tout l’art humain, et d’en faire de l’argent ? Je m’interroge : peut-être que l’on assiste aujourd’hui à un grand theft, comme disait l’autrice Shoshana Zuboff, à un vol de grande envergure ? »

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