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Jimmy Lai: le magnat hongkongais de la presse détesté par Pékin

Jerome TAYLOR
·4 min de lecture
Le magnat hongkongais de la presse Jimmy Lai, à Hong Kong le 16 juin 2020

Le richissime magnat hongkongais de la presse Jimmy Lai, condamné vendredi à des peines qui lui vaudront 14 mois en prison, est depuis des décennies un ardent partisan du mouvement pour la démocratie détesté par Pékin.

Sa condamnation vendredi, aux côtés de huit autres figures de l'opposition luttant pour la démocratie à Hong Kong, est la première liée à son militantisme. Mais à bien des égards, cela ne change pas fondamentalement le quotidien de cet homme âgé de 73 ans.

Depuis début janvier, le patron du tabloïd pro-démocratie Apple Daily est en détention provisoire pour avoir enfreint la drastique loi sur la sécurité nationale imposée l'an passé par Pékin.

Il a écopé vendredi de deux peines de 12 mois et huit mois d'emprisonnement pour son rôle dans l'organisation en 2019 de deux grandes manifestations pro-démocratie. Les deux peines étant effectuées en partie simultanément, il purgera 14 mois de prison.

M. Lai s'était depuis longtemps préparé à se retrouver un jour derrière les barreaux.

Il se savait une cible de choix pour les autorités qui ont entrepris de mettre fin à toute dissidence après les immenses manifestations, souvent violentes, qui ont secoué le centre financier en 2019.

"Je suis prêt à aller en prison" affirmait en juin 2020 à l'AFP le patron du groupe de presse Next Digital, deux semaines avant l'entrée en vigueur de cette loi.

"Si cela arrive, j'aurai l'occasion de lire les livres que je n'ai pas lus. La seule chose que je puisse faire est d'être positif", se consolait-il.

Peu de Hongkongais ont autant été détestés par Pékin que M. Lai.

Pour nombre d'habitants du territoire semi-autonome, il est un héros quelque peu atypique: autodidacte pugnace, il est devenu un patron de presse et le seul magnat hongkongais à oser critiquer Pékin.

- "Traitre" -

En Chine, les médias au mains des autorités le qualifient de "traitre", l'accusent d'être l'instigateur de l'immense mouvement de contestation et le chef d'un "gang de quatre" personnes qui conspire avec des pays étrangers afin de fragiliser la Chine continentale.

Son parcours professionnel est celui de nombreux hommes d'affaires hongkongais qui ont bâti des empires en partant de rien.

Né dans la province chinoise du Guangdong, sa famille fortunée a tout perdu à l'arrivée des communistes au pouvoir en 1949.

A l'âge de 12 ans, il débarque clandestinement à Hong Kong. Après avoir trimé dans des ateliers, il fonde l'immense empire de l'habillement Giordano.

En 1989, lors de la sanglante répression de la place Tiananmen à Pékin, il prend une trajectoire différente de celle de ses contemporains.

Il créé un premier titre et écrit des chroniques dans lesquelles il pourfend les hauts dignitaires chinois.

Les autorités ordonnent alors la fermeture de ses magasins situés sur le territoire chinois. Il décide de les vendre pour investir dans un groupe de presse.

De nombreuses poursuites ont été engagées contre lui au fil des ans. L'été dernier il a été acquitté d'accusations d'avoir intimidé un journaliste travaillant pour un quotidien concurrent en 2017 lors d'une veillée à Hong Kong à la mémoire des victimes de Tiananmen.

C'est cependant son adhésion au mouvement pro-démocratie en 2019 et sa participation physique à certains rassemblements qui ont conduit à sa condamnation vendredi pour participation à des "rassemblements illégaux".

- "La tête haute"' -

Mais ce sont les poursuites au nom de la loi sur la sécurité nationale qui pourraient valoir à M. Lai de passer le reste de son existence derrière les barreaux.

Il est accusé du crime de "collusion avec des forces étrangères" pour avoir incité des pays étrangers à adopter des sanctions contre la Chine.

Tout infraction à la loi sur la sécurité nationale est passible de la prison à vie et la plupart des personnes inculpées, comme M. Lai, se voient refuser la libération sous caution.

Depuis l'été dernier, des médias chinois l'ont déjà déclaré coupable.

L'an dernier, lors de son entretien avec l'AFP, le septuagénaire disait ne pas envisager de quitter Hong Kong.

"Je suis venu ici sans rien, la liberté dont bénéficie cet endroit m'a tout donné. Il est peut-être temps qu'en retour je me batte pour elle".

En début de semaine, il a écrit depuis sa prison aux journalistes de son groupe, les appelant à "garder la tête haute".

"La situation à Hong Kong est de plus en plus effrayante, mais précisément à cause de cela nous devons nous aimer et nous chérir davantage", a-t-il ajouté.

"Il est temps pour nous de nous tenir droits et de garder la tête haute".

jta/lb/juf/lch