La bourse est fermée

Jeremy Hale (Citi) : " Wall Street pourrait revenir en direction de ses plus hauts "


(AOF) - Interrogé sur les perspectives 2019 des marchés financiers, Jeremy Hale, Head of global macro, strategy & asset allocation, a souligné le rôle encore fondamental que jouera la Fed dans la détermination de leur performance. Entretien.

AOF - Les marchés actions ont ils atteint leur pic ?

JH - Les sommets des Bourses japonaises et européennes datent de respectivement en 1989 et 2000 et elles ne devraient pas les rejoindre. Wall Street pourrait revenir en direction de ses plus hauts, sans pour autant les dépasser. Citi anticipe ainsi un indice S&P 500 à 2850 points fin 2019. Les actions américaines pourraient offrir un rendement correct cette année, mais un tel scénario nécessite le maintien d'une politique monétaire accommodante par la Fed. Il s'agit de mon scénario central. Les derniers commentaires des membres de l'institution monétaire vont d'ailleurs dans le sens d'une plus grande prudence depuis la chute de 20% du marché en fin d'année.

Historiquement, après une telle baisse, la performance des marchés américains au cours des trois mois suivants est mitigée car le sentiment des investisseurs a été endommagé. En revanche, à un horizon de 12 mois, le S&P 500 pourrait enregistrer une progression à deux chiffres à condition que l'économie ne tombe pas en récession.

Il est toutefois également possible que la Fed continue de relever ses taux. Les marchés pourraient alors commencer de croire qu'elle est en train de faire une erreur, ce qui entrainerait un net recul de l'indice S&P 500. Cette baisse des marchés aurait en retour un impact négatif sur l'économie.

Du point de vue de la Fed, le scénario du statu quo est plus favorable sur le plan du rapport rendement-risque. Elle s'expose seulement à un peu d'inflation alors qu'il n'y en a pas actuellement.

AOF - Outre le risque d'une récession aux Etats-Unis (Shenzhen: 000938.SZ - actualité) , les investisseurs s'inquiètent du ralentissement économique en Chine. Quelle est votre analyse de la situation de ce pays ?

JH - Etant donné la faiblesse de son économie, la Chine devrait assouplir sa politique monétaire pendant plusieurs années. Pékin devrait choisir ce levier car même si la politique fiscale a plus d'impact, le pays semble peu disposé à augmenter son endettement. Ce dernier a fortement progressé suite au besoin de stimuler la relance économique de 2008-2010. Dans ce cadre, les taux d'intérêt en Chine seront orientés à la baisse, la courbe des taux plus pentue et le yuan plus faible contre un panier de devises.

La liquidité fournie par des taux d'intérêt faibles et la baisse des réserves obligatoires des banques pourrait soutenir l'économie, mais elle pourrait avoir aussi un impact puissant sur les actifs financiers. Les Etats-Unis en ont fait l'expérience en 2009 et 2010.

AOF - Quelles sont vos convictions d'investissement les plus fortes ?

JH - Notre allocation d'actifs est relativement neutre pour 2019 en raison de l'importance de l'incertitude. Les marchés émergents, aussi bien les actions que le crédit, sont relativement bon marché et relativement délaissés par les investisseurs internationaux récemment. Cette classe d'actifs devrait bénéficier de l'assouplissement monétaire chinois.

Le dollar pourrait s'affaiblir une fois disparu l'impact positif du stimulus fiscal sur la croissance américaine, qui devrait encore se faire sentir sur les premier et deuxième trimestre.

Propos recueillis par Christophe Jégu