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Italie: Mario Draghi impose à marche forcée ses réformes pro-Europe

·4 min de lecture

Il faut dépoussiérer le pays et vite. Le chef du gouvernement italien Mario Draghi n'hésite pas à imposer à marche forcée les réformes structurelles réclamées de longue date par Bruxelles, quitte à mécontenter une partie de sa coalition hétéroclite au pouvoir.

L'ancien patron de la BCE avait été appelé en février au chevet de l'Italie par le président Sergio Mattarella pour sortir le pays de sa crise politique et économique et mettre en route des réformes longtemps reportées.

"Le gouvernement va de l'avant, l'action gouvernementale ne peut pas suivre le calendrier électoral", a-t-il assené mercredi à l'adresse du chef de la Ligue (extrême droite), Matteo Salvini.

Au lendemain de l'échec subi par son parti aux élections municipales, le dirigeant populiste avait incité ses lieutenants à boycotter un conseil des ministres pour marquer son désaccord avec une refonte du cadastre, redoutant une hausse des taxes sur les biens immobiliers.

Pas question de "donner un chèque en blanc" au gouvernement, car "dans un an, il n'y aura plus de Draghi comme Premier ministre", et il pourra y avoir "quelqu'un qui taxera aussi l'air que nous respirons", a-t-il fait valoir, laissant craindre un temps que la Ligue déserte la coalition.

Cette mini-crise gouvernementale aura cependant été de courte durée: un face-à-face d'une heure jeudi soir aura permis à Mario Draghi de calmer les ardeurs de Salvini en réitérant son engagement à "éviter toute augmentation de la pression fiscale".

- Un million de 'maisons fantômes' -

La réforme incriminée, adoptée sans les voix de la Ligue, vise à régulariser des biens immobiliers jamais déclarés au cadastre, connus sous le nom de "maisons fantômes", dont le nombre est estimé à plus d'un million.

Cette refonte a été demandée avec insistance par la Commission européenne qui a jugé en 2019 que "les valeurs cadastrales, qui servent de base au calcul de l'impôt foncier, sont largement dépassées".

Mais cette réforme ne verra pas le jour avant 2026, et d'ici là, ne changera pas l'imposition des biens immobiliers: en attendant "personne ne paiera plus, personne ne paiera moins", a promis Mario Draghi.

L'objectif affiché est de renforcer la lutte contre l'évasion fiscale qui coûte à l'Italie environ 100 milliards d'euros par an.

Un autre volet de la réforme fiscale, des allègements de l'impôt sur le revenu notamment pour les classes moyennes, pourra être mis en oeuvre dès 2022.

"Nous devons suivre le calendrier des réformes négocié avec la Commission européenne pour le plan de relance", a martelé Mario Draghi.

- Au-dessus des partis -

L'Italie n'a pas droit à l'erreur: en tant que première bénéficiaire du plan de relance européen, elle encaissera au total 191,5 milliards d'euros sur six ans, à condition de remplir certains objectifs.

"Le Premier ministre est déterminé à aller de l'avant sans être redevable à aucun parti", a commenté Wolfango Piccoli, co-président du cabinet de consultants Teneo.

De passage à Rome pour une visite d'adieu, la chancelière allemande sortante Angela Merkel a décerné jeudi un satisfecit à Mario Draghi, se disant confiante dans le fait que "l'Italie dépensera l'argent à bon escient".

Cette refonte de la fiscalité s'ajoute à la réforme de la justice italienne, l'une des moins efficaces en Europe, adoptée en septembre pour accélérer des procédures interminables et désengorger les tribunaux.

Une autre réforme, celle de la concurrence, devra simplifier notamment les normes en vigueur pour les appels d'offres publics.

Et le gouvernement devra s'attaquer à une réforme des retraites car la dernière, baptisée "Quota 100" et introduite en 2019 à titre expérimental, expire à la fin de l'année.

Mesure phare de la Ligue, qui gouvernait alors aux côtés du Mouvement 5 étoiles, elle permet de partir à compter de 62 ans en ayant cotisé pendant 38 ans, contre à 67 ans auparavant.

Si Mario Draghi a réussi à convertir à l'Europe Matteo Salvini, qui décrivait encore en 2020 Bruxelles comme "un nid de serpents et de chacals", l'abandon de ce dispositif promet une nouvelle épreuve de force.

bh/ljm/abx

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