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En Iran, des enfants contraints d'escalader des montagnes pour pouvoir suivre leurs cours en ligne

·7 min de lecture

Ce sont des images qui embarrassent du côté de Téhéran : des enfants contraints de grimper en haut de montagnes pour capter Internet et pouvoir assister à leur classe virtuelle, alors que les écoles sont actuellement fermées en Iran en raison de la pandémie de Covid-19. La photo d’un élève blessé au visage après avoir chuté a fait réagir. Un professeur iranien témoigne de son impuissance face à la situation.

L’Iran est un des pays du Moyen-Orient les plus touchés par la pandémie de Covid-19 avec au moins 43 000 décès. Des chiffres qui, de l’aveu même de représentants du ministère de la Santé, seraient entre trois à quatre fois inférieurs à la réalité.

Pour l’heure, la plupart des écoles, obligatoires à partir de 7 ans en Iran, sont fermées dans les principales villes, bien qu’une tolérance existe pour certaines écoles rurales. Face à cette situation, le gouvernement iranien pousse les enfants à rester chez eux, et milite en faveur de cours en ligne à travers l’application Shad développée par le ministère de l’Éducation. Cet apprentissage à distance nécessite une bonne connexion Internet et, au minimum, un téléphone portable.

Si le nombre d’Iraniens connectés à Internet a explosé ces dix dernières années, la fracture numérique est toujours bien réelle. De nombreux étudiants et écoliers vivant dans les régions rurales font face à des problèmes de connexion, contrairement à ceux des grandes villes où les réseaux mobiles sont accessibles.

>>Lire sur les Observateurs : Face à la pauvreté et la fracture numérique, l'impossible école à distance en Iran

“Ces enfants doivent oublier leurs études et l’université, est-ce que c’est juste ?” demande l’auteur de cette vidéo à Golzamin, un village dans le centre de l’Iran.

Cependant, certains enfants vivant dans des régions rurales refusent l’idée d’abandonner de suivre leurs cours en ligne. Et certains n’hésitent pas à parcourir des kilomètres en escaladant montagnes et collines pour capter les ondes 3G, malgré les dangers.

Plusieurs professeurs et activistes ont alerté sur cette situation, en publiant des photos et vidéos d’enfants marchant dans les montagnes, téléphone portable à la main, tentant de capter un semblant de connexion internet satisfaisante pour participer à leur cours sur l’application Shad.

C’est cependant une image en particulier qui est venue souligner ce cruel dilemme auquel font face ces enfants : le 7 novembre, la photo d’un enfant avec le visage en sang a choqué sur les réseaux sociaux en Iran. Le jeune homme venait de chuter sur une montagne près de Rumoshtik, une ville dans l’est de l’Iran, alors qu’il tentait de se connecter via l’application.

"Ces solutions pour continuer à étudier ont été définies par des politiciens assis dans leur bureau climatisé avec une bonne connexion 4G"

Hermidas (pseudonyme) est un enseignant iranien qui travaille dans une région rurale du nord-est de l’Iran. Il faisait généralement classe à une vingtaine d’élèves dans son village, mais depuis deux mois, il est dépendant des smartphones et d’Internet. Un problème non seulement pour lui, mais aussi pour ses élèves :

Depuis le 22 septembre, jour de la rentrée en Iran, nous devons faire classe sur Internet. Dès le début, on s’est rendu compte que moins de la moitié des enfants avait un smartphone à disposition, et qu’aucun n’avait de connexion internet. Après quelques jours, en parlant avec les parents d’élèves, nous avons remarqué qu’il y avait des endroits en haut d’une montagne où on pouvait capter Internet. Depuis, les enfants du village font 45 minutes de marche pour atteindre cet endroit. Et actuellement, il fait particulièrement froid.

Un autre problème, c’est que ces enfants n’ont pas leur propre téléphone portable. Ils doivent l’emprunter à un membre de leur famille qui en a parfois également besoin. Du coup, ils ne peuvent parfois l’avoir que quelques heures avant de le rendre.

Moralement, je suis dans une impasse. Comment puis-je demander à ces enfants d’escalader la montagne ? Si un accident se produit, je me sentirais coupable. Heureusement pour l’instant, rien n’est arrivé à aucun des enfants que je suis, mais je crains que dans les semaines à venir, avec le froid et la neige, faire classe soit quasiment impossible.

"Des jeunes filles qui étaient des élèves brillantes ne suivent plus mes cours"

Une autre conséquence de toute cette situation, c’est que des jeunes filles qui étaient des élèves brillantes ne suivent plus mes cours. J’ai perdu toutes mes élèves, car leurs parents ne souhaitent pas que leurs jeunes filles escaladent la montagne [la région est une zone très conservatrice où il est rare que les jeunes filles iraniennes puissent se déplacer sans l’accord de leurs parents, NDLR].

Parmi les garçons, il y en a quatre ou cinq qui rejoignent ponctuellement mes cours, et je dois les mettre à jour sur de nombreux points. Je sais même que parfois, certains d’entre eux se font prêter un téléphone par leur voisin pour pouvoir assister à la classe. Les enfants essaient de partager les cours entre eux, et d’autres fois, j’essaie d’appeler moi-même les élèves que je n’ai pas vus depuis longtemps, mais j’ai souvent du mal à les joindre.

Je me suis rendu une fois en classe pour faire cours en présentiel aux élèves. Je suis tombé sur des enfants qui n’avaient aucune idée de quoi je parlais, parce qu’ils n’avaient pas pu assister aux classes virtuelles précédentes. Ils sont pourtant d’habitude très vifs et curieux d’apprendre. Un de mes collègues qui vit dans la région a pu continuer à faire cours [le gouvernement iranien a une tolérance pour les petits villages sans accès à Internet, et pour les professeurs pouvant rejoindre facilement l’école où ils enseignent, NDLR], mais moi, je ne vis pas dans la région où j’enseigne, donc je suis dépendant d’Internet.

Ces solutions pour continuer à étudier ont été définies par des politiciens assis dans leur bureau climatisé avec une bonne connexion 4G. Ils ne savent pas ce qu’il se passe en dehors de leur tour d’ivoire, et ils ne sont pas intéressés par la situation des garçons et des filles vivant dans les villages. Cela fait des mois qu’ils ont lancé ce projet. Ils auraient pu installer des solutions de connexion d’urgence à Internet, et distribuer des téléphones portables aux enfants de familles pauvres. Ils auraient pu rendre Internet gratuit dans ces régions, mais rien n’a été fait.

Des suicides d’enfants selon certains médias iraniens

Ces dernières semaines, des médias iraniens, comme l’édition en persan de la BBC, ont affirmé que cette fracture numérique avait entraîné les suicides d’au moins huit enfants vivant dans des zones rurales et n’ayant pas pu suivre les cours sur Internet. Ce qui ne surprend pas notre Observateur :

Nous n’avons pas eu de tels cas dans ma classe, mais je perçois bien le danger. Ces enfants pensent que la seule manière pour eux de fuir la pauvreté est l’école. Actuellement, c’est précisément à cause de la pauvreté de leur famille qu’ils perdent cette chance de grimper dans l’échelle sociale. Cette situation renforce les inégalités déjà présentes, et renforce leur honte de ne pas pouvoir être sur un pied d’égalité avec leurs camarades.

On ne doit jamais oublier à quel point étudier est important dans notre culture, et à quel point la pression sociale est forte à ce sujet en Iran. Chaque année, de nombreux étudiants se suicident à cause de leurs mauvaises notes à l’école.

Le gouvernement iranien, de son côté, a nié que des élèves se seraient suicidés pour ne pas avoir pu suivre les cours en ligne. Il affirme également ne pas avoir enregistré de cas d’enfantS qui se seraient blessés en grimpant dans les montagnes.