Industrie: la France va-t-elle continuer à broyer du noir en 2013 ?

Alors que les plans sociaux se multiplient, que faut-il attendre pour l'année qui s'ouvre ? Réponse avec quelques chiffres sur la température industrielle de la France.

2013 sera-t-elle une année noire pour l'industrie française ? Il y a lieu de le craindre au vu des annonces qui se sont succédées ces derniers mois. Ainsi, après les 8.000 suppressions d'emplois annoncées l'été dernier, PSA alourdissait la note en décembre,  en ajoutant que 1.500 départs naturels anticipés, d'ici la mi-2014, ne seraient pas remplacés. En ajoutant les effets du plan de départs volontaires lancé en 2012, cela devrait se traduire par la disparition de plus de 11.000 emplois en deux ans. Il est vrai qu'après les pertes de 1,3 milliard d'euros, annoncées au premier semestre 2012, et le net déclin de la part de marché du constructeur en France l'an dernier, le lion de Sochaux a singulièrement perdu de son mordant.


De grandes industries en grandes difficultés

Autre dossier chaud dans l'industrie : celui de Goodyear, qui vient d'annoncer un plan social de 1.173 emplois et la fermeture de son site d'Amiens-Nord, après une première tentative de plan social plusieurs fois invalidé et un plan de départs volontaires finalement retiré au bout de nombreux mois de discussions infructueuses avec les syndicats. Et n'oublions pas le serpent de mer ArcelorMittal et son fameux site de Florange, dont l'avenir est toujours en question, de retour dans l'actualité brûlante avec la manifestation houleuse de Strasbourg et l'annonce par le groupe d'un chiffre d'affaires en baisse de 10,4% et d'une perte historique de 3,7 milliards de dollars en 2012. A côté de cela, les 900 suppressions de postes annoncées par Sanofi d'ici 2015, sans licenciement et sans délocalisation de site, passeraient presque pour une sinécure. Certains dénoncent ces "licenciements boursiers", au point que François Hollande vient de confirmer qu'une loi visant à pénaliser les entreprises bénéficiaires qui licencient allait être mise au vote.


Hausse des défaillances d'entreprises

Mais les entreprises doivent-elles attendre d'être en graves difficultés pour adapter leur masse salariale ? Dans ce cas, elles s'exposent à un risque autre que les licenciements... la disparition. A ce titre, 2012 a été une mauvaise année, avec 59.780 dépôts de bilan en France, selon une étude d'Altares. C'est une hausse de 2,7% des défaillances d'entreprises par rapport à 2011, mais le triste record de 2009 (62.300) n'a pas été battu, malgré l'accélération constatée au dernier trimestre 2012 (+12,6%). Au total, ce sont 245.300 emplois qui sont ainsi menacés, même si toutes les défaillances ne se traduisent pas par une disparition de l'entreprise. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce n'est pas dans l'industrie manufacturière que se concentrent les procédures, mais dans la construction et le commerce. En témoigne notamment le récent dépôt de bilan de Virgin Megastore, même si on peut y voir la conséquence directe de la mauvaise santé d'une industrie, celle du disque (lire notre article sur ce sujet). Le nombre de défaillances industrielles enregistre au contraire, selon Altares, un recul de 1% en 2012, après avoir déjà baissé les deux années précédentes.


La France à contre-courant

Mais cette nouvelle, moins déprimante que celles qui font la Une, est malheureusement contrebalancée par une autre, beaucoup moins favorable : l'indice PMI calculé pour la France par Markit a de nouveau plongé en janvier, à 42,7 points, au plus bas depuis près de 4 ans. Cet indice des directeurs d'achats ("purchasing managers index") est une enquête sur les nouvelles commandes passées dans l'industrie ou les services. C'est ce qu'on appelle un indicateur avancé de l'économie, car il permet d'évaluer l'évolution de la conjoncture dans les prochains mois. Or, il se dégrade en France alors qu'il est au plus haut depuis 10 mois pour la zone euro. Une exception française dont on se passerait bien.

Emmanuel Schafroth

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