"Il faut réduire les charges des entreprises de 40 milliards"

Pour pouvoir se repositionner sur les bons créneaux, les sociétés ont besoin de reconstituer leurs marges, estime Patrick Artus, directeur de la recherche économique de Natixis.

Capital : Les entreprises françaises paient-elles trop de charges ?
Patrick Artus : Oui, mais cela n’explique qu’une partie du problème. Le vrai responsable de l’effritement de notre compétitivité est plutôt la spécialisation de nos PME sur le moyen de gamme. Quand la concurrence de la Chine et des pays d’Europe de l’Est a commencé à se manifester, au début des années 2000, elles ont réagi en baissant leurs prix (-15% depuis dix ans), alors que leurs homologues allemandes choisissaient de monter en gamme. Cette stratégie s’est révélée catastrophique. Non seulement nos PME n’ont évidemment pas pu s’aligner sur les tarifs chinois, mais elles se sont en quelque sorte tiré une balle dans le pied : elles ont dû tellement comprimer leurs marges pour baisser leurs tarifs qu’elles se retrouvent aujourd’hui privées des moyens d’investir dans l’innovation ou dans le simple remplacement de leur matériel. C’est un cercle vicieux : moins elles innovent, moins elles sont compétitives, et plus la France perd des parts de marché dans le commerce international

Capital : Comment peut-on réussir à sortir de ce piège ?
Patrick Artus : Il faut absolument permettre à nos PME de regonfler leurs marges, afin qu’elles puissent investir dans la montée en gamme et, ainsi, se mettre à l’abri de la concurrence asiatique. Et pour cela, la meilleure solution serait que l’Etat les aide à réduire leurs coûts de production. Comme notre législation ne permet pas de baisser les salaires, la seule option possible est de diminuer les charges. Selon nos calculs, il faudrait alléger ces dernières de 40 milliards d’euros au minimum, et ce dès 2013, pour que l’effet soit significatif. La formule la plus efficace serait de transférer une partie des ...

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