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Huit choses à savoir sur le vaccin antipaludique RST,S

·7 min de lecture

Le paludisme est une maladie infectieuse millénaire qui représente, aujourd’hui encore, un problème de santé publique majeur, affectant plus de 200 millions de personnes dans le monde et faisant plus de 400 000 morts par an, dont une grande majorité en Afrique. Alors qu’on a été capable de produire plusieurs vaccins contre le virus du Covid-19 en moins de deux ans, la recherche pour un vaccin antipaludéen dure, elle, depuis plusieurs décennies. La recommandation de l’OMS du 6 octobre 2021 pour le déploiement massif du vaccin RTS,S chez les enfants en Afrique a donc été qualifiée d’« historique » par son directeur général, Tedros Ghebreyesus. Qu'est ce vaccin ? Dans quelle mesure permet-il d’aider la lutte contre le paludisme ?

Qu'est-ce que le vaccin RST,S ?

Le paludisme est une maladie parasitaire potentiellement mortelle transmise à l’homme par les piqûres de moustiques femelles du genre anophèle infectés qui provoque de la fièvre, des maux de tête, puis des cycles de frissons, fièvre et sueur. D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le paludisme a touché 229 millions de personnes en 2019 dont 94% en Afrique sub-saharienne, faisant 409 000 victimes parmi lesquelles 267 000 enfants de moins de 5 ans, représentant 67% des décès.

Le vaccin Mosquirix, ou RTS,S/AS01 (RTS,S), a ainsi été développé pour les enfants de 17 mois à 5 ans et nécessite quatre doses pour être totalement protégé. Conçu en 1987 par le géant pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK) en collaboration avec l’ONG Path et la Fondation Gates, il cible le Plasmodium falciparum, le parasite le plus fréquent et le plus dangereux des cinq espèces de parasites responsables du paludisme, répandu essentiellement en Afrique sub-saharienne.

Quelle est son efficacité ?

Le vaccin RTS,S a fait l’objet d’un premier essai clinique sur 15 000 enfants en bas âge de 2009 à 2014 dans sept pays d’Afrique sub-saharienne. Cette étude a démontré un taux de protection du vaccin de 39% et de 29% pour les formes graves de la maladie sur quatre ans. En 2015, l’OMS demande la mise en place d’un programme pilote à grande échelle dans trois pays d’Afrique sub-saharienne : le Ghana, le Kenya et le Malawi. Lancé en 2019 pour une durée de quatre ans, son objectif est de vacciner 360 000 enfants par an dans les trois pays. En 2021, les 2,3 millions de vaccins qui ont été administrés ont permis de protéger 40% des enfants et de réduire les cas de formes graves de 30%. Selon l’OMS, le vaccin réduirait également de 29% les besoins en transfusion sanguine pour traiter l’anémie due au paludisme. De plus, les résultats d’une étude menée au Mali et au Burkina Faso, publiés par The New England Journal of Medicine, rapportent que la combinaison d’un traitement antipaludéen avec le vaccin permettrait de réduire les cas de paludisme de plus de 75% chez les jeunes enfants.

Pourquoi les enfants sont-ils plus touchés que les adultes ?

Dans les zones endémiques, les enfants sont protégés du paludisme pendant leurs premières semaines de vie grâce aux anticorps de leur mère. C’est entre l’âge de 6 mois et 5 ans qu’ils sont le plus vulnérables, en particulier face aux formes graves du paludisme, parce que leur organisme n’a pas encore acquis ce qu’on appelle l’immunité de prémunition. Cette immunité spécifique protège une personne qui a déjà été infectée d'une surinfection. Elle s’acquiert progressivement après une exposition répétée au parasite, persiste tant qu’on y est exposé, mais s’interrompt quand on ne l’est plus. Elle explique en partie la meilleure résistance des adultes vivant dans les zones endémiques alors que le système immunitaire des jeunes enfants n’a pas encore eu le temps de faire cet « apprentissage ».

Les femmes enceintes sont, elles aussi, très vulnérables : la grossesse réduit leur immunité face à l’infection palustre pouvant conduire à une anémie sévère, avec des conséquences graves pour l’enfant à naître comme le retard de croissance du fœtus ou le risque d’accouchement prématuré.

Ce vaccin a-t-il des effets indésirables ?

Dans l’ensemble, le vaccin est généralement bien toléré. Les essais cliniques de phase 3 ont mis en évidence des réactions similaires aux autres vaccins, comme des douleurs et une tuméfaction au point d’injection ainsi que de la fièvre. Des cas de convulsions ont été rapportés dans la semaine suivant l’injection, mais restent sans séquelles. Quelques cas de méningites ont également été signalés. En 2015, l’Agence européenne des médicaments avait émis un avis positif, jugeant que les bénéfices du vaccin étaient supérieurs aux risques.

Ce vaccin remplace-t-il les traitements existants ?

Non. C’est un outil supplémentaire dans la lutte contre le paludisme qui s’ajoute à l’ensemble des mesures de préventions existantes comme les moustiquaires imprégnées d’insecticide, les traitements antipaludéens, le test de diagnostic rapide (TRD), les traitements symptomatiques et le suivi des patients.

Pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour le développer ?

La majorité des vaccins produits dans le monde ciblent des virus et des bactéries, « parce qu’ils sont basés sur des anticorps et plus faciles à mettre au point », explique Sandrine Houzé, professeure de parasitologie à la faculté de pharmacie de l’Université de Paris. Le Plasmodium est un organisme complexe qui compte plus de 5 000 gènes, alors qu’en comparaison, le virus responsable du Covid-19 n’en compte qu’une vingtaine. Sophistiqué et protéiforme, son cycle de vie et la forme qu’il prend dépendent de l’hôte (l’être humain ou le moustique) et de l’organe (le foie ou les globules rouges) qu’il a infecté. Ce dynamisme lui a permis tout au long de l’histoire humaine de défier l’immunité en opérant de multiples mutations, provoquant une constante remise en cause des recherches vers de nouvelles solutions. Le vaccin RTS,S cible justement le parasite dans sa forme initiale, entre la piqûre du moustique et son arrivée dans le foie. C’est cette caractéristique qui explique notamment son taux de protection limité.

Comment est financé le déploiement de ce vaccin ?

Le programme pilote a reçu un premier financement de 15 millions de dollars américains du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme en 2016. En août 2021, le Fonds mondial, Gavi, l’Alliance du vaccin et la société britannique MedAccess lui attribuaient 70 millions de dollars supplémentaires pour assurer la continuité de production du vaccin. De son côté, GSK, qui a investi près de 700 millions de dollars dans la recherche du vaccin, a fait don de 10 millions de doses. L’Alliance du vaccin Gavi et les différents acteurs financiers doivent désormais évaluer le financement du déploiement massif du vaccin en Afrique sub-saharienne recommandé par l’OMS.

D’autres vaccins sont-ils à l’étude ?

Parmi la trentaine de candidats vaccins en cours d’étude, le R21/Matrix-M, un vaccin développé depuis plus de dix ans par l’université d’Oxford et l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS) au Burkina Faso, fait renaître l’espoir. Les essais cliniques de phase 2 menés en 2019 au Burkina Faso sur un groupe de 450 enfants âgés de 5 à 17 mois ont rapporté un taux de protection de 77%, au-dessus des 75% demandés par l’OMS. « Ce sont des résultats très intéressants […] et nous attendons avec impatience l'étude de phase 3 à venir pour démontrer des données de sécurité et d'efficacité à grande échelle pour un vaccin qui est grandement nécessaire dans cette région », a déclaré Halidou Tinto, professeur de parasitologie, directeur régional de l'IRSS à Nanoro, et investigateur principal de l'essai.

En juillet 2021, le laboratoire allemand BioNTech, à l’origine du vaccin Pfizer contre le Covid-19, annonçait s’engager dans un programme d’élaboration d’un vaccin à ARN messager pour lutter contre le paludisme. Les travaux doivent commencer fin 2022.

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