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Les Hongkongais s'arrachent la dernière édition du journal pro-démocratie Apple Daily

·5 min de lecture

Les habitants de Hong Kong se sont précipités vers les kiosques à journaux jeudi pour acheter la dernière édition du journal pro-démocratie Apple Daily, contraint par les autorités de mettre un terme à ses 26 années d'existence.

De longues files se sont formées, jeudi 24 juin au matin, devant les kiosques de Hong Kong : de nombreux habitants tentaient d'acquérir le dernier numéro du journal Apple Daily, contraint de cesser de paraître près d'un an après la promulgation de la loi sur la sécurité nationale prise à l'initiative de Pékin.

Pour sa dernière Une, le quotidien pro-démocratie a choisi d'afficher une large photo d'un journaliste qui, depuis la salle de rédaction, salue les centaines de personnes rassemblées mercredi devant le siège du journal pour lui faire ses adieux.

"L'Apple Daily est mort", a écrit, dans une lettre adressée aux lecteurs, le rédacteur en chef adjoint Chan Pui-man, arrêté la semaine dernière pour atteinte à la sécurité national. "La liberté de la presse est devenue la victime de la tyrannie".

La disparition de ce journal est le dernier coup porté à la liberté dont jouissaient jusqu'à présent les Hongkongais. Elle laisse craindre qu'à terme, les nombreux médias internationaux qui y ont établi leur siège ne quittent ce centre financier.

Dans le quartier populaire de Mongkok, aux premières heures du jour, des centaines de personnes attendaient d'avoir la dernière édition entre les mains. "Apple Daily, nous nous retrouverons", chantaient certaines d'entre elles.

>> À voir aussi : Hong Kong fait ses adieux à la liberté de la presse

Ces événements sont "choquants", a jugé Candy, une trentenaire qui n'a souhaité donner que son prénom, "En deux semaines, les autorités peuvent utiliser cette loi de sécurité nationale pour démanteler un groupe coté en Bourse".

Quelques heures plus tard, les kiosques de Central, le quartier financier de la ville, ne désemplissaient pas. "Tout cela est si soudain", regrettait un étudiant, Tim, inquiet du fait que Hong Kong soit entré "dans une sombre période".

Dans le collimateur du pouvoir chinois

Le tabloïd était depuis longtemps dans le collimateur de Pékin en raison de son soutien au mouvement pro-démocratie et de ses critiques récurrentes à l'égard des dirigeants chinois. Ces derniers n'ont ainsi pas hésité à mettre à profit la loi sur la sécurité nationale afin de contraindre le titre à disparaître.

Son propriétaire, le magnat de la presse Jimmy Lai, est en détention pour son implication dans des manifestations de 2019 en faveur de la démocratie. Il est également inculpé en vertu de la loi sur la sécurité nationale, passible de la prison à vie.

Mais c'est la semaine dernière qu'un coup fatal a été porté au journal : la salle de rédaction a été perquisitionnée, cinq de ses dirigeants, arrêtés et les avoirs du journal, gelés. Dans l'impossibilité de payer ses salariés et ses fournisseurs, le groupe de presse n'a pas eu d'autre choix que de jeter l'éponge et d'annoncer que l'édition de jeudi, tirée à un million d'exemplaires – pour 7,5 millions d'habitants –, serait la dernière.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, il a supprimé son site internet et ses comptes Twitter et Facebook.

Plus d'un millier de personnes, dont 700 journalistes, se retrouvent sans emploi.

"Les Hongkongais ont perdu un média qui a osé s'exprimer et s'est battu pour défendre la vérité", ont déclaré dans un communiqué commun huit associations de journalistes, appelant les personnes travaillant pour des médias à s'habiller en noir.

Ligne rouge

La Chine a imposé l'an passé la loi sur la sécurité nationale pour reprendre en main ce territoire après le vaste mouvement pro-démocratie de 2019.

Une série d'articles et d'éditoriaux qui, selon la police, appelaient à des sanctions internationales contre la Chine et Hong Kong, sont à l'origine des poursuites engagées contre l'Apple Daily.

Jimmy Lai, le rédacteur en chef Ryan Law et le directeur général Cheung Kim-hung sont en détention après avoir été inculpés pour collusion avec une puissance étrangère.

Mercredi, un des éditorialistes, Yeung Ching-kee, a été arrêté et fait l'objet des mêmes chefs d'inculpation.

La décision de geler les actifs de l'Apple Daily a montré l'étendue des pouvoirs dont disposent les autorités pour poursuivre toute société qui, à leurs yeux, menacerait la sécurité nationale.

Depuis des décennies, de nombreux médias internationaux ont fait de Hong Kong leur siège régional, attirés par une réglementation favorable et une liberté d'expression garantie par sa mini-constitution.

Mais depuis quelques mois, beaucoup s'interrogent sur leur avenir à long terme dans la ville.

La ville ne cesse de glisser vers le bas du classement annuel de l'ONG Reporters sans Frontières sur la liberté de la presse, passant de la 18e place en 2002 à la 80e cette année.

Mardi, la cheffe de l'exécutif, Carrie Lam, a dit que "critiquer le gouvernement n'était pas un problème" mais que la ligne rouge à ne pas franchir était "organiser des actions incitant à la subversion".

Au départ, les autorités avaient affirmé que la loi imposée par Pékin, qui visait à mettre fin à toute dissidence, ne concernait qu'une "infime minorité".

Près d'un an plus tard, elle a radicalement changé le paysage politique et judiciaire de la ville. Plus d'une soixantaine de personnes ont été inculpées pour l'avoir enfreinte, dont de nombreuses figures du mouvement en faveur de la démocratie.

Avec AFP

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