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Dans la guerre en Ukraine, le Brésil veut incarner une troisième voie critiquée par les Occidentaux

Le président du Brésil Luiz Inacio Lula da Silva se pose en médiateur du conflit en Ukraine (image d’illustration prise aux Pays-Bas en mai 2023).
Le président du Brésil Luiz Inacio Lula da Silva se pose en médiateur du conflit en Ukraine (image d’illustration prise aux Pays-Bas en mai 2023).

INTERNATIONAL - La scène s’est déroulée lors du G7 au Japon, ce dimanche 21 mai. Invité surprise de ce sommet qui réunissait les dirigeants des sept plus grandes puissances économiques du monde (qui avaient eux-mêmes invité des dirigeants de pays du Sud), le président ukrainien Volodymyr Zelensky fait son entrée dans une salle de réunion où tous les chefs d’État s’empressent de lui serrer la main. Tous sauf un : Lula, resté assis les yeux rivés sur ses notes.

Les images, que vous pouvez voir ci-dessous, interrogent. Lula aurait-il snobé son homologue ukrainien, alors qu’il tente de se poser en médiateur de la guerre entre la Russie et l’Ukraine et défend la paix depuis son retour au pouvoir en janvier, après avoir battu le président sortant Jair Bolsonaro ?

Christophe Ventura, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de l’Amérique latine, relativise : « La vidéo traduit une situation de fond. Elle montre que le Brésil n’est pas un allié de l’Ukraine, que Lula n’a pas besoin d’avoir sa photo avec Zelensky. De son côté, l’objectif prioritaire de Zelensky au G7 était de voir ses alliés directs : États-Unis, France, Canada. Pas le président brésilien. Chacun a fait ce qu’il avait à faire. »

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Une rencontre était pourtant prévue entre les deux hommes, mais leurs agendas respectifs trop chargés ont eu raison de ce premier tête-à-tête. « J’étais contrarié, car j’aimerais le rencontrer », a commenté Lula en conférence de presse. Pour finalement dire un peu plus tard qu’il ne voyait pas l’intérêt de rencontrer le président ukrainien dans l’immédiat, car ni lui ni Vladimir Poutine ne souhaitent la paix pour l’instant.

Des propos ambigus critiqués par les États-Unis

Ce constat ne l’avait pas empêché de recevoir le chef de la diplomatie du Kremlin Sergueï Lavrov dans son palais de Brasília à la mi-avril. Juste avant, il avait déclaré pendant une visite en Chine : « Les États-Unis doivent cesser d’encourager la guerre et commencer à parler de paix, l’Union européenne doit commencer à parler de paix. »

Des propos très mal reçus à Washington. « Dans ce cas précis, le Brésil se fait l’écho de la propagande russe et chinoise sans prendre en compte les faits », avait regretté John Kirby, porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain. Face aux critiques, Luiz Inacio Lula da Silva (son nom complet) avait dû faire machine arrière et rappeler qu’il condamnait la « violation de l’intégrité territoriale de l’Ukraine » par la Russie.

Ce ne sont pas les seules déclarations ambiguës du président brésilien. Début avril, il avait aussi estimé que le président russe ne pouvait « pas s’emparer du territoire de l’Ukraine », mais proposait de discuter du cas de la Crimée, annexée illégalement en 2014. Car pour Lula, Zelensky « ne peut pas tout vouloir ».

« Non-alignement »

Ces positions, largement critiquées par les Occidentaux, sont en réalité le reflet de la politique étrangère brésilienne basée sur le principe du « plein respect du droit international », tempère encore une fois Christophe Ventura, également auteur de Géopolitique de l’Amérique latine (éditions Eyrolles, 2022).

Il détaille : « Pour Lula, le conflit trouve ses racines dans la politique de l’Otan, en particulier son élargissement aux frontières russes ces dernières années. C’est ce qui a nourri Poutine et lui a permis de justifier sa politique, puis son invasion. Toutefois, Lula estime que la réaction russe est la pire qui soit, car l’invasion du territoire ukrainien revient à violer le droit international. »

Conséquence, « Lula estime que les deux parties sont responsables de cette guerre, met en avant son non-alignement et ne veut pas suivre les exigences d’un camp ou de l’autre. Il refuse par exemple d’envoyer des munitions à l’Ukraine ou d’appliquer des sanctions contre la Russie car il estime que seules les décisions prises par l’ONU sont légitimes. C’est là où ça coince pour les pays occidentaux ».

Le Brésil prône une troisième voie

Cette stratégie s’explique aussi dans un contexte très tendu au Brésil, secoué par une crise économique. « Brasília s’estime lésé par les sanctions des Occidentaux qui affectent déjà ses relations commerciales avec la Russie. Si le gouvernement en ajoute d’autres, cela toucherait les importations de fertilisants indispensables pour l’agriculture brésilienne. L’économie du pays pourrait s’effondrer », souligne Christophe Ventura.

Outre les intérêts économiques qui empêchent de « rayer d’un trait de plume les relations entre le Brésil et la Russie », le spécialiste de l’Amérique latine rappelle que « les pays du sud n’ont qu’une confiance limitée dans les valeurs prônées par l’Occident et qu’il a lui-même bafouées en intervenant dans des coups d’État et dictatures ».

Cette troisième voie entre les Occidentaux et la Russie, Lula tente de la concrétiser avec son « groupe de pays pour la paix », qui devrait déboucher sur un G20 politique. « La force du Brésil est d’être force de propositions, il n’a pas les moyens financiers ou militaires pour intervenir dans le conflit ou imposer la paix », reconnaît Christophe Ventura. Face à l’escalade militaire sans fin, cette initiative peine pour l’instant à aboutir.

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