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Guerre Israël-Hamas : « La période qu’on vit est inédite dans sa violence », déplore Hanna Assouline

Hanna Assouline, ici en bleu, à Essaouira, au Maroc, le 8 mars 2023, lors du lancement du Forum Mondial des Femmes pour la Paix.
Hanna Assouline, ici en bleu, à Essaouira, au Maroc, le 8 mars 2023, lors du lancement du Forum Mondial des Femmes pour la Paix.

ENTRETIEN - Hanna Assouline, 33 ans, est réalisatrice du film Les guerrières de la Paix (LCP, 2014) qui donne la parole à des femmes israéliennes et palestiniennes qui luttent ensemble pour la paix au Proche-Orient. Il y a deux ans, elle a lancé un mouvement éponyme qui fait dialoguer des femmes de différentes confessions et sensibilités, et milite pour la paix.

Elle prend la parole dans nos colonnes pour déplorer le manque de responsabilité de certains politiques depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, et déplorer des France qui ne se parlent plus, parce qu’elles ne se connaissent plus.

Le HuffPost : Comment vivez-vous depuis les attaques du 7 octobre et les récents bombardements israéliens à Gaza ? Le conflit a fait plus de morts en trois semaines qu’en quinze ans.

Hanna Assouline : La période qu’on vit est inédite dans sa violence. Sur place, de mon vivant, je n’ai jamais vu ça. J’ai vécu les première et deuxième intifadas, mais là c’est une bascule historique. On sent qu’il y a un avant et un après et que plus rien ne sera jamais comme avant.

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Comment réagissez-vous aux actes antisémites en très forte recrudescence en France depuis le 7 octobre, et aux étoiles de David peintes sur des immeubles ou aux chants antisémites dans le métro parisien cette semaine ?

On est atterré, choqué, indigné et on a peur. On voit bien qu’on est tous dans un état d’angoisse, comme on en a jamais vécu. Il y a eu des vagues précédemment liées aux répercussions du conflit israélo-palestinien, en 2014 avec Dieudonné ou aux attentats de 2015. On a pu déjà se sentir dans la terreur, mais depuis le 7 octobre on est sidéré.

Mes voisins m’ont demandé d’enlever la Mézouzah [objet de culte juif disposé sur les portes d’entrées, ndlr], en disant « si on met le feu à votre porte c’est tout l’immeuble qui va flamber ». On me l’a aussi recommandé lors d’un dîner de Shabbat en famille. Je ne l’ai pas enlevée. Ce qui est très réconfortant dans ce contexte, c’est le groupe de femmes et la solidarité entre les femmes musulmanes et juives qui nous porte et nous enveloppe au sein des Guerrières de la Paix, que ce soit depuis le 7 octobre ou quand des civils meurent sous les bombes à Gaza. Je pense que ces espaces existent partout, mais que nous sommes orphelins de voix pour les porter.

« Il aurait fallu du silence et de la dignité collective en France au lieu de joutes verbales honteuses. Derrière les mots, il y a des morts. »

Le gouvernement dit « refuser » que le conflit s’importe en France, plus de 70 % des Français craignent cette importation, mais n’est-elle pas déjà là ?

L’importation est déjà là. On peut craindre que ça continue de s’enliser et de dégénérer. Tout le monde doit prendre ses responsabilités : condamner ce qui est répréhensible par la loi, aider ceux qui sont en danger, calmer les responsables politiques et leurs tweets incendiaires qui mettent le feu aux poudres. Il aurait fallu du silence et de la dignité collective au lieu de joutes verbales honteuses. Derrière les mots, il y a des morts.

Que vous disent vos interlocutrices israéliennes et palestiniennes, la paix est-elle encore envisageable ?

On était en contact surtout pour avoir de leurs nouvelles. Elles sont encore dans le deuil et la sidération, mais elles reprennent la parole. Elles ne perdent pas espoir, malgré le choc et le deuil. Ce qui se passe met à l’épreuve l’engagement et l’espoir, mais elles sont plus persuadées que jamais que pour sortir du chaos il faut continuer à se battre pour trouver une solution. Il faut œuvrer pour que les négociations reprennent et qu’il y ait des accords politiques pour permettre à ces deux peuples de vivre dans la dignité et l’autodétermination. Tout le monde a sa place.

« Ce qui nous tue le plus dans ce pays, c’est la méconnaissance des uns et des autres. »

Quel message voulez-vous faire passer ici en France ?

Mobilisez-vous, parlez-vous, ne vous enfermez pas dans ces entre-soi qui nous étouffent et qui confortent nos solitudes et nos peurs. C’est toujours un risque de dialoguer, mais il faut le faire. Dimanche 5 novembre, nous appelons à un grand rassemblement place de la Bastille à Paris, à 18 h 30. Nous écouterons les messages des femmes israéliennes et palestiniennes pour la paix, qu’elles nous ont fait parvenir et nous nous recueillerons pour l’ensemble des victimes.

Avez-vous une lecture genrée de ce conflit comme des autres dans le monde ? Si les femmes étaient au pouvoir, pourrions-nous espérer moins de guerres ou c’est une utopie ?

Oui, ça fait partie de ce qui nous forge. Ça passera par les femmes. Les mouvements des femmes sur place israéliennes et palestiniennes nous inspirent, sans essentialiser et dire qu’on serait toutes douces et pour la paix, ce qui est faux. Mais les femmes ont un rapport pragmatique à l’engagement et sont dans la responsabilité, vis-à-vis de la vie et du quotidien, capables d’être ancrées et de se détacher parfois des discours militants ou idéologiques, pour partir du réel. C’est autour de ça qu’on se bat. La résolution 1325 de l’ONU démontre que lorsque les femmes sont autour des tables de négociation, la paix advient plus vite et elle est plus durable. Il faut plus de dirigeantes !

Votre association Les guerrières pour la paix prône le dialogue pour lutter contre les dérives identitaires. Quelles politiques publiques appelez-vous de vos vœux pour y parvenir en France ?

Le premier levier, c’est la pédagogie, la rencontre et la sensibilisation. Ce qui nous tue le plus dans ce pays, c’est la méconnaissance des uns et des autres. Il y a des endroits en France où personne ne sait ce qu’est un juif et inversement. Cela nourrit les tensions. Il n’y a pas plus efficace pour lutter contre les préjugés que de se connaître. Ça passe donc par l’école.

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