Gaz de schiste : l’incroyable coup de poker de l’Amérique

« Vous n’avez pas réservé ? Alors il va falloir faire la queue.» Rodney D. Phillips regarde d’un air satisfait la salle pleine à craquer d’ouvriers au cou rougi par le soleil (les rednecks) et aux bottes crottées. Il y a cinq ans encore, son restaurant de grillades au centre Waynesburg, une petite bourgade de 5 000 âmes dans le sud-ouest de la Pennsylvanie, servait rarement plus de dix couverts. Il faut dire qu’à part des fermes et quelques vieilles mines de charbon, il n’y avait pas grand-chose dans le coin. «C’était mort, un vrai trou perdu», se souvient Rodney. Jusqu’au jour où, espérant trouver du gaz de schiste, une petite compagnie a foré un premier puits tout près de là. Puis un second. Et bientôt des dizaines, attirant des travailleurs de tout le pays. Depuis, tout a changé. Les commerces du centre-ville ont vu leur chiffre d’affaires tripler, et le chômage a disparu. «C’est un miracle», s’enthousiasme Pam Snyder, une élue locale.

Sacrés Américains ! Après l’explosion de la bulle des subprimes, on les pensait aussi mal en point que les Européens : leur taux de chômage crevait le plafond, la dette publique frôlait les 100% du PIB, leurs usines filaient en Chine… Tout juste si on ne les imaginait pas replonger avec nous en récession. Mais la fracturation hydraulique horizontale – cette ­fameuse technique qui permet de libérer le gaz piégé dans le schiste en injectant dans le sol un cocktail d’eau et de produits chimiques – est arrivée à point nommé. En Europe, la mise au point de ce procédé, nocif pour l’environnement, n’a donné lieu jusqu’à présent qu’à des ­débats houleux et à des arrêtés d’interdiction. De l’autre côté de l’Atlantique, en revanche, elle a plongé les campagnes dans une ­agitation frénétique et redonné des ­couleurs à toute l’économie.

En cinq ans à peine, pas moins de 40 000 puits ont été forés au Texas, en Pennsylvanie, dans l’Oklahoma et le Dakota. Grâce à quoi le gaz de schiste représente ...

... Lire la suite sur capital.fr