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FFT: pressions, conflits d’intérêts et accord électoral... Comment le duo Cavallin-Barrière a fait basculer l’élection de Moretton

FFT: pressions, conflits d’intérêts et accord électoral... Comment le duo Cavallin-Barrière a fait basculer l’élection de Moretton

Nous sommes à la fin du printemps 2020, la campagne pour la présidence de la Fédération française de tennis bat son plein et est assez violente. Chaque prise de pouvoir, chaque ligue acquise à la cause d’un candidat, chaque recrutement est une marche capitale vers l’élection finale. Ce sont ces coulisses de la prise de pouvoir de Gilles Moretton, émaillées de "changements de camp, de pressions, et d’arrangements" d’après un ancien directeur fédéral, qui ont provoqué en grande partie la plainte pour détournements de biens publics et corruption.

RMC Sport en a révélé le dépôt auprès du parquet national financier (PNF). Deux hommes cristallisent l’attention : Hughes Cavallin, trésorier de la Fédération française de tennis pendant le mandat de Bernard Giudicelli, et Jean-Luc Barrière, président du Comité de Paris, futur numéro 3 de l’ère Moretton (actuel trésorier de la Fédération). Enquête.

Le 1er septembre 2020, la journée du changement de camp

Hughes Cavallin fait acte de candidature sur la liste "Agir et Gagner 2024" menée par Bernard Giudicelli le 12 juin 2020, dont RMC Sport a pu se procurer une copie signée. Il enregistre même une vidéo de campagne où il demande aux licenciés "de nous faire confiance". En revanche, il sera le seul potentiel colistier à refuser de signer la déclaration de non-conflit d’intérêt envers la FFT demandée pour faire partie de la liste. "Il a mis en évidence à plusieurs reprises, les places vendues au comité de Paris et l’activité de relations publiques de sa compagne", nous rapportent plusieurs sources fédérales.

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L’intéressé justifie à RMC Sport cette absence de document par la fourniture de sa déclaration annuelle d’intérêt donnée fin octobre 2020. De son côté, Jean-Luc Barrière, alors président du Comité de Paris, fait acte de candidature le 14 juin 2020, et signe bien la déclaration de non-conflits d’intérêts avec la FFT dont RMC Sport s’est procuré des copies. Il est d’ailleurs très investi dans les réunions de l’équipe de campagne de Bernard Giudicelli. Sollicité à plusieurs reprises, il n’a pas souhaité s’exprimer.

Mais à la fin de l’été, ces déclarations d’intention s’inversent. Après avoir montré son désaccord sur la procédure d’audit des ligues quant à leur utilisation des places de Roland-Garros, Hughes Cavallin commence à faire filtrer l‘idée qu’il ne prendra part à aucune liste de l’élection présidentielle. Derrière cette apparente neutralité se cache le changement de camp du trésorier général de l’ère Giudicelli. Car si "The Snake" ne faisait pas campagne officiellement pour Gilles Moretton, les deux hommes auraient été vus ensemble au cœur du mois d’août 2020 du côté du Racing Club de France.

Le premier va même travailler dans l’ombre pour l’ancien joueur professionnel, participant notamment à une réunion en visio : "En amont, si j’avais demandé une place à Gilles Moretton, une place de trésorier, il m’aurait dit oui j’en suis convaincu. Le coup de main, j’estime que je l’ai filé après l’élection. Changer de liste, je ne sais pas faire. Je n’ai pas collaboré au mouvement de Gilles Moretton. Je ne dis pas non plus que je n’ai pas pu participer à un truc. Je veux bien admettre avoir fait ce Teams (plateforme pour réaliser des réunions en visio, ndlr)."

Tout s’accélère le 1er septembre 2020. Cavallin et Barrière vont alors "jouer de toute leur influence dans le vote du Comité de Paris en faveur de Moretton, puis de la Ligue Ile-de-France, ce qui fera basculer l’élection", nous confie un élu. Hughes Cavallin prévient plusieurs interlocuteurs "qu’il se retire du monde du tennis", mais en parallèle, avec son fidèle acolyte Jean-Luc Barrière, ils passent quelques coups de téléphone à des élus du Comité de Paris en vue d’une réunion capitale qui se tiendra le soir même : le vote de ralliement à Gilles Moretton.

"Ils ont passé leurs messages. Tous les votants n’ont pas été contactés, mais suffisamment pour que le vote soit en faveur de Moretton", explique un élu. Lors de la réunion menée par les deux hommes (Cavallin est présent en tant que président d’honneur), "aucune consigne de vote claire n’est donnée, un silence pesant règne par moments, quasiment aucune question n’est posée, mais on comprenait très bien dans leurs discours qu’il fallait voter pour Gilles Moretton", nous racontent plusieurs personnes ayant assisté à la réunion.

Le lendemain matin, Hughes Cavallin annoncera officiellement son retrait du monde du tennis, le 2 septembre 2020 à 8h43, dans un mail consulté par RMC Sport et dont voici un extrait : "Je souhaitais vous faire part de ma décision de mettre fin à mes fonctions à l’issue de ce mandat. Je ne figurerai donc sur aucune liste à l’occasion des prochaines élections fédérales."

Entre pressions, abandon des procédures, et manque de transparence

En parallèle, l’audit mené par la direction juridique et financière se poursuit bien que des accusations pleuvent sur une manipulation électorale. Les données sur l’ensemble des Ligues sont récoltées, plusieurs Ligues sont d’ailleurs pointées du doigt. C’est alors que la directrice financière, en première ligne sur l’audit, reçoit, d’après plusieurs sources fédérales, "à plusieurs reprises des pressions pour mettre fin à cette procédure. On lui soutient que cela va raviver les mauvais souvenirs des scandales précédents sur la billetterie de Roland-Garros". Elle quittera finalement la Fédération en mars 2021, quelques semaines après l’arrivée à la présidence de Gilles Moretton.

Le sujet sera alors enterré le 18 février lors du deuxième comité exécutif de la mandature, alors que le président de la commission fédérale des litiges (saisie par Bernard Giudicelli fin 2020) avait convoqué les différents protagonistes du dossier le 10 février à une commission le 19 février (comme révélé par Le Monde et documents consultés par RMC Sport), soit au lendemain du Comex qui se prononcera pour l’abandon des saisines à l’encontre de Hughes Cavallin, sa compagne Agnès Bourguignon, Jean-Luc Barrière et la Ligue Auvergne-Rhône-Alpes, à l’unanimité des présents (une abstention).

Le procès-verbal de cette réunion laisse d'ailleurs un flou sur les votants. Ils étaient 14 autour de la table mais seuls 10 membres ont voté d’après le compte-rendu. Impossible de savoir si Amélie Oudéa-Castéra, tout juste intronisée directrice générale, a voté cette résolution. Elle ne s’est en tout cas pas abstenue.

Depuis l’enquête RMC Sport, et celle de Mediapart, révélant un malaise social au sein de la FFT, le manque de transparence de la gouvernance du tennis français a été pointé dans plusieurs réunions. Des élus du Conseil supérieur du tennis ont notamment fait une demande officielle à la présidente de l’organe, censé être le conseil de surveillance de la FFT, de lancement d’enquête interne sur le management de la FFT. Demande restée lettre morte. Contactée, la Fédération française de tennis n’a pas répondu à nos sollicitations.

Accord et création "d’un poste fictif" de directeur de cabinet

Une fois Gilles Moretton intronisé, Hughes Cavallin décroche le poste de directeur du cabinet du président et du secrétariat général. Un poste qui n’avait jamais existé auparavant au sein de la Fédération. Plusieurs cadres fédéraux nous décrivent "une nomination pour services rendus à l’initiative de Gilles Moretton, qui l’a démarché car il savait qu’avec Cavallin, il pouvait gagner, et un poste fictif grassement payé, taillé sur mesure". L’intéressé concède : "Il (Gilles Moretton) m’a dit : 'J’espère que tu pourras me donner un coup de main si jamais c’est nécessaire dans la transmission de deux ou trois dossiers.' C’est tout ! Rien n’a été promis. Je n’ai rien demandé et il ne m’a rien promis."

Il justifie également cette fonction au nom de la passation républicaine des dossiers : "Gilles Moretton a besoin de tout sauf d’un directeur de cabinet. Directeur de cabinet, cela ne veut rien dire du tout. J’étais surtout directeur du secrétariat général. J’apprenais aux gens à faire tourner au quotidien la maison sur les grands sujets : préparation du Comex, du Conseil supérieur du tennis, des AG, de Roland-Garros, des rencontres de Coupe Davis et Fed Cup pour les élus. Tout ça, ils n'avaient aucune idée de la manière dont cela se passait."

Pourtant, les membres du comité exécutif actuel sont des élus d’expérience, habitués aux réunions de ligues, de comités ou d’autres organes fédéraux. C’est aussi contradictoire avec une interview de Gilles Moretton en date du 5 mars 2021 à So Tennis où le président évoque la transition des dossiers : "Très bien. Et cela continue. La FFT est une machine importante. Nous rencontrons l’ensemble des acteurs. Département par département. Et les dossiers nous ont été transmis tout à fait normalement."

Démissionnaire après 15 mois d’exercice, Hughes Cavallin fait désormais machine arrière : "Très honnêtement, j’ai le sentiment aujourd’hui d’avoir fait une erreur. D’abord parce que c’était dans un rôle où je ne me suis jamais senti à l’aise car j’ai été bénévole toute ma vie. Une fois que j’ai fait la transmission la meilleure possible, c’est pour ça que j’ai décidé d’arrêter." Il se murmure même qu’au sein de la direction actuelle, quelques regrets existeraient sur cette nomination.

Article original publié sur RMC Sport