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Des fest-noz au Palais Bourbon, Paul Molac, chantre des langues régionales

·4 min de lecture

Chanteur en fest-noz depuis 35 ans, il parle couramment breton et gallo: le député régionaliste Paul Molac, élu de Ploërmel (Morbihan), vient de donner son nom à la première loi sur les langues régionales en 70 ans.

"Le vote historique des députés", a salué en Une le quotidien Ouest-France. Pour la première fois depuis la loi Deixonne de 1951, une loi sur les langues régionales a été adoptée jeudi 8 avril par le Parlement.

Votée par une large majorité transpartisane (247 députés pour, 76 contre), contre l'avis du ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, cette loi doit beaucoup à l'entêtement de son auteur.

"Il a le mérite d'avoir toujours été constant sur ce sujet", pointe Marc Le Fur, député LR des Côtes d'Armor, qui l'a épaulé à l'Assemblée. "C'est un combat collectif mais il a été en première ligne."

"On a toujours eu cette capacité, en Bretagne, à s'unir au-delà des étiquettes. Paul a ça dans le sang", abonde le président PS de la région Loïg Chesnais-Girard, qui comptera M. Molac sur sa liste aux régionales.

Ce fils d'agriculteur de 58 ans, qui a appris le gallo et le breton à l'adolescence, n'en était pas à sa première tentative. En 2016, une précédente proposition avait été recalée à une voix près. "Nous étions majoritaires mais ils avaient fait voter les absents", raconte-t-il.

"C'est le meilleur d'entre nous", vante le Basque Thierry Delobel, président de la Fédération pour les langues régionales dans l'enseignement public (Flarep). "Quelqu'un de très opiniâtre qui a une idée claire de ce qu'il veut faire", approuve le Catalan Alà Baylac Ferrer, secrétaire de la Fédération.

- "La langue ne fait pas le citoyen" -

Car avant la politique, cet ancien président du conseil culturel de Bretagne a longtemps œuvré en tant que militant associatif, notamment au sein de l'association Div Yezh pour le breton à l'école publique.

"Comme je le dis souvent aux gens du coin, j'ai commencé par un métier honnête: agriculteur. Puis je suis devenu fonctionnaire dans l'éducation nationale... Maintenant, je suis homme politique: ça ne s'arrange pas", plaisante-t-il.

Ce n'est qu'à 50 ans, après 24 ans d'enseignement de l'histoire-géographie, que ce père de sept enfants remporte sa première élection, en 2012, sous l'étiquette PS-EELV-UDB (Union démocratique bretonne).

"J'étais proche de l'UDB et ils sont venus me chercher", raconte ce "régionaliste de centre-gauche" jamais encarté.

Aidé par l'équipe de Jean-Yves Le Drian, alors président (PS) de la région Bretagne, il l'emporte nettement contre le fils de l'ancien ministre UMP Claude Guéant, dans une circonscription longtemps ancrée à droite.

A l'Assemblée, le nouvel élu illustre parfois son propos de quelques mots de breton, la "langue de son cœur". "Ça ne fait pas de moi un Français pire que les autres. Pas forcément meilleur non plus, d'ailleurs. La langue ne fait pas le citoyen", explique-t-il en 2015 à la tribune.

Après avoir siégé avec les écologistes puis avec les socialistes, il adopte l'étiquette LREM en 2017. Parmi les quatre députés élus au premier tour, c'est lui qui obtient le meilleur score (54%).

"Il ne ménage pas son temps. Il est présent partout, à toutes les fêtes. Je l'ai souvent vu dans les repas d'anciens, ou sur le marché, pousser la chansonnette en breton", raconte Patrick Le Diffon, maire (divers droite) de Ploërmel.

"Troublé" par l'affaire Benalla, M. Molac quitte le groupe majoritaire en 2018 ("c'est le pire du monde d'avant", dit-il alors) pour créer le groupe Libertés et Territoires, avec l'ancien candidat à la présidentielle Jean Lassalle ou l'écologiste François-Michel Lambert.

"Il est extrêmement respecté et très agréable, d'une sympathie parfois émouvante", décrit ce dernier. "Quand il chante en breton, c'est l'émotion totale."

Après le vote de sa loi, Paul Molac entonne justement avec quelques députés le "Bro Gozh", "hymne" de la Bretagne, sur les marches du Palais Bourbon. "Blanquer a dû faire une apoplexie", rigole-t-il encore.

Il assure à l'inverse que le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian lui a dit "qu'il était content que la loi soit votée et que le président n'était pas contre".

aag/db/sp