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Les femmes dans l'Histoire : l'égalité mémorielle, un combat d'actualité

·6 min de lecture

À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, France 24 se penche sur leur place dans l'Histoire. Leur rôle, notamment au cours de la Seconde Guerre mondiale, est encore trop peu mis en lumière par rapport à celui des hommes, même si les hommages qui leur sont rendus sont de plus en plus nombreux depuis quelques années.

C’est une tombe comme il en existe des centaines dans les cimetières français. Gris, recouverts, de mousse, presque à l’abandon. Les noms sont quasiment illisibles. Sur une plaque qui s’est décrochée de la croix qui la surplombe, on peut encore lire "Marcelle Henry Morte pour la France 1895-1945". Un destin presque anonyme au détour d’une allée pour un grand nom de l’Histoire de France. Marcelle Henry est l’une des six femmes Compagnons de la Libération.

Fonctionnaire au ministère du Travail, elle prend position contre la collaboration dès l’armistice et entre rapidement dans la Résistance. Elle héberge des évadés, distribue des tracts et œuvre pour les services secrets des Forces françaises combattantes. Le 4 juillet 1944, elle est arrêtée par la Gestapo. Déportée à Ravensbrück le 15 août 1944 par le dernier convoi de résistants, elle est ensuite transférée dans un kommando de Buchenwald. Libérée le 9 avril 1945, rapatriée à Paris, elle meurt des suites des privations et des mauvais traitements, peu après son retour, le 24 avril. Trois jours plus tard, le général de Gaulle la nomme Compagnon de la Libération.

"Quand vous pénétrez dans le cimetière de Bagneux, il y a à l’entrée, un panneau historique avec tous les grands noms qui y sont inhumés. Marcelle Henry n’y est pas. C’est quand même incroyable", regrette Serge Barcellini, le président du Souvenir français. "La tombe est en plus dans un état déplorable. Nous avons donc décidé de la rénover".

"Un grand écart entre les hommes et les femmes"

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes le 8 mars, ce contrôleur général des Armées, qui dirige l’une des plus anciennes associations mémorielles françaises, a choisi de mettre en lumière le parcours de cette résistante oubliée par le plus grand nombre. À travers elle, ce sont toutes les femmes qui ont joué un rôle au cours de la Seconde Guerre mondiale que le Souvenir français veut honorer. "Il n’y a aucune égalité mémorielle. Il y a d’abord eu une inégalité historique ne serait-ce qu’avec les Compagnons de la Libération. Il n’y a eu que six femmes sur 1 038 Compagnons et elles ont toutes été nommées avec des séances de rattrapage au dernier moment avant que De Gaulle ne quitte le pouvoir", souligne Serge Barcellini.

La directrice du nouveau musée de la Libération de Paris fait le même constat, mais se veut plus nuancée. "Il y a effectivement un grand écart entre les hommes et les femmes, mais beaucoup moins que cela ne l’a été. Il y a eu une invisibilité presque totale des femmes résistantes, mais les choses évoluent. On est à un moment où on réexamine le rôle de ces femmes quitte à le surévaluer un petit peu, mais c’est un passage obligé pour qu’elles retrouvent enfin leur place", explique Sylvie Zaidman.

Une parole longtemps effacée

Cette historienne rappelle aussi le contexte. Après la guerre, un grand nombre de ces femmes sont restées à l’écart de manière consciente ou non : "Elles ont été rattrapées par leur quotidien. Elles sont revenues à leur place". À la Libération, elles ont aussi été moins entendues, selon Sylvie Zaidman : "Les associations de femmes déportées avaient par exemple une voix qui était beaucoup moins forte que celle qui étaient trustées par les hommes".

Sur le terrain, la tendance s’est aujourd’hui inversée. Lors de conférences ou d’interventions dans des écoles, la parole est beaucoup plus régulièrement féminine. Bénéficiant d’une espérance de vie plus élevée que leurs homologues masculins, les derniers témoins sont souvent des anciennes résistantes. "Nous sollicitons régulièrement des médaillés quand ils peuvent toujours le faire et ceux qui ont encore toutes leurs facultés pour témoigner, ce sont des femmes", décrit Lionel Boucher, le secrétaire de la Commission nationale de la médaille de la Résistance française à l’Ordre de la Libération. "Nos deux piliers sont Odile de Vasselot et Michèle Agniel. Ce sont deux femmes formidables, au parcours exceptionnel qui montrent bien la résistance féminine".

Des associations mémorielles encore très masculines

Le changement passe aussi par une évolution au sein des différentes institutions. À la tête du Souvenir français, Serge Barcellini a bien conscience que son association est encore trop masculine : "Sur nos 102 délégués généraux, il n’y a que sept femmes et au niveau de notre conseil d’administration, elles ne sont que quatre pour 30 personnes. Les femmes se disent qu’elles n’ont pas forcément leur place dans la mémoire combattante. C’est compliqué pour elle d’y pénétrer. Il y a donc un effort à faire pour les intégrer. Il est temps de jouer l’égalité mémorielle, mais aussi l’égalité des acteurs de mémoire".

La bataille se mène aussi dans l’espace public. En 2014, un rapport de Soroptimist, une ONG féministe, avait révélé que seulement 2 % des rues françaises portaient le nom d’une femme. Depuis, de nombreuses villes ont pris la mesure du problème. Rien qu’à Paris, la proportion de voies rendant hommage à des femmes a doublé, atteignant 12 % aujourd’hui. De nombreuses résistantes comme Martha Desrumaux, Charlotte Delbo, Mila Racine, Rose Valland ou encore Denise Vernay ont désormais une place, un jardin ou un square à leur nom.

Du côté des acteurs culturels, l’accent est aussi mis sur leurs actions. Le musée de la Libération de Paris, qui a ouvert ses portes en 2019, fait aujourd’hui la part belle à ces combattantes de l’ombre. "Le parcours est jalonné de leurs portraits que ce soit les ambulancières du général Leclerc ou les femmes qui ont participé à la Libération de Paris. C’est un choix voulu de notre part", explique Sylvie Zaidman. "Il est important aujourd’hui de souligner le rôle de toutes ces petites mains. Quand on fait des heures de queue pour trouver à manger, qu’on s’occupe des enfants et qu’en plus on trouve le temps de participer à des activités clandestines, cela mérite bien un hommage. C’est une résistance à une échelle ordinaire qu’il est temps de valoriser", insiste-t-elle. Le musée travaille d’ailleurs dans ce sens dans le cadre de ces prochaines expositions. À partir de mars 2022, l’une d’entre elles sera consacrée à huit femmes photographes de guerre : "Un sujet 100 % féminin et là où on ne les attend pas".

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