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Entre inquiétude et commandes à honorer, les salariés d'ArcelorMittal partagés

Murielle KASPRZAK
L'usine ArcelorMittal de Florange le 31 janvier 2006

Florange (France) (AFP) - "On ne peut pas dire qu'on est volontaires, mais on n'a pas non plus un fusil dans le dos": sur le site d'ArcelorMittal à Florange (Moselle), salariés et syndicats sont partagés sur la reprise de la production d'acier en pleine crise du coronavirus, sous la surveillance de l'Inspection du travail.

"Est-ce que c'est raisonnable de poursuivre l'activité industrielle alors que la région connaît une crise (sanitaire) rarissime? Il faut fournir les clients, c'est la seule doctrine qui a été importante", dénonce Frédéric Weber, représentant FO sur le site.

"Outre le fait d'être infecté par le Covid-19 au travail, la direction peut-elle confirmer une prise en charge optimale si un accident du travail devait se produire alors que nos hôpitaux sont submergés?", s'interroge aussi Lionel Burriello, de la CGT.

Le Grand Est est l'une des régions les plus touchées par l'épidémie de coronavirus. Selon les syndicats, deux salariés du site de Florange, qui emploie près de 2.300 personnes, ont été contaminés par le Covid-19 et plusieurs personnes ont présenté des symptômes.

Les syndicats, estimant que les conditions n'étaient pas réunies pour garantir la sécurité des salariés, avaient obtenu l'arrêt temporaire des activités.

Besoin impérieux d'acier

Mais après une semaine, le site a repris la production d'acier. "Les principaux leaders du secteur de l'emballage ont demandé à la direction du site de continuer à leur fournir l'acier nécessaire à la fabrication des boîtes de conserve qui connaissent aujourd'hui une demande considérable et qui, dans le contexte actuel, ne peuvent souffrir aucune rupture logistique", indique dans un communiqué la direction.

"Florange est un fournisseur critique pour d'autres acteurs industriels qui tournent aujourd'hui à flux tendu et qui ont des besoins impérieux d'acier", comme le secteur de l'automobile, ajoute-t-elle.

Lors d'un comité social et économique (CSE) extraordinaire, préalable à la reprise des activités le 24 mars, quatre syndicats sur cinq avaient voté contre la levée du "droit d'alerte pour danger grave et imminent" déposé quelques jours plus tôt par la CGT. L'Inspection du travail a été saisie et doit remettre prochainement ses conclusions sur les conditions de travail actuelles des salariés.

La direction assure avoir mis en place "des mesures sanitaires drastiquement renforcées" avec un "protocole extrêmement rigoureux". Les salariés ont été sensibilisés aux gestes barrières et leurs responsables les leur rappellent régulièrement, ont témoigné quelques-uns d'entre eux auprès de l'AFP.

"Si on peut maintenir un peu d'activité avec des clients et ne pas se les faire piquer par les autres pays, avec des salariés volontaires et la sécurité mise en place, je pense que c'est une bonne chose", reconnaît Jean-Marc Vecrin, représentant national CFDT, syndicat majoritaire qui n'était pourtant pas favorable au redémarrage des lignes de production.

"L'idéal serait des tests"

"C'est une bonne chose, aussi bien pour le pays que pour les salariés", soupire au changement de poste Fabien, 59 ans, employé au laminoir à froid.

Laurent, 43 ans, qui travaille sur la ligne de galvanisation dédiée au secteur automobile, est en revanche "un peu mitigé" sur la reprise de l'activité: "Je comprends la nécessité de mon employeur (de poursuivre la fabrication d'acier). Je ne vais pas au travail la boule au ventre, mais j'ai de la méfiance, de l'inquiétude", explique-t-il.

"On ne peut pas dire qu'on est volontaires, mais on n'a pas non plus un fusil dans le dos", ajoute-t-il.

Selon les syndicats, le taux d'absentéisme, entre les arrêts maladie et les gardes d'enfants, serait compris entre 25% et 30%.

"Je suis plus en sécurité à l'usine que dans une grande surface, mais je conçois que des personnes préfèrent ne pas venir travailler", estime Michel, 58 ans, employé au packaging.

"On a eu un cas (de Covid-19) dans l'équipe, aujourd'hui il va mieux. On l'a côtoyé, mais personne d'autre n'a eu de symptômes", ajoute-t-il.

Les syndicats ont réclamé masques et gants pour les salariés aux ateliers. "On avait demandé la prise de température, si ça peut rassurer les gens avant de venir travailler. L'idéal serait de faire des tests", souligne M. Vecrin.

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