La bourse est fermée

Ecologie, sobriété heureuse, résilience... Peut-on vraiment vivre sans la croissance ?

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C'est la "religion du monde moderne", remarquait en 1977 Denis de Rougemont dans L'avenir est notre affaire. L'écrivain personnaliste en voulait pour preuve les réactions au fameux rapport du Club du Rome qui annonça cinq ans plus tôt qu'une croissance sans limite ne pourrait mener qu'à un épuisement des ressources et une saturation de pollution. Ralentir, contrôler ou arrêter la croissance parurent impensable aux "économistes, sociologues, industriels et technocrates du monde entier". On venait de "léser le sacré", et leurs furieuses réfutations relevaient de "l'indignation cléricale".

Les Français prêts pour la décroissance ?

Près d'un demi-siècle plus tard, les ressources planétaires ne sont pas encore épuisées par la société de consommation, mais la biodiversité est en berne, les sols se meurent, gavés de pesticides et le dérèglement climatique s'emballe, un bilan écologique confirmant que ce monde moderne n'est pas durable. Un constat partagé par 54 % des Français qui seraient devenus "adeptes de la décroissance", d'après un sondage Odoxa d'octobre dernier. De quoi alarmer le thuriféraire du progrès Laurent Alexandre qui a publié dans la foulée une chronique affirmant que la décroissance avait déjà été essayée, de 1940 à 1944, période où la richesse par habitant chuta lourdement. Une grotesque analogie à l'occupation nazie qui rappelle toutefois le caractère encore blasphématoire d'un refus de la croissance, vite assimilé aux heures les plus sombres et au retour à la bougie.



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