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Une dynamique de guerre civile s’installe au Liban

·5 min de lecture

Frappé par une crise multiforme depuis deux ans, le Liban s’est dangereusement rapproché de la guerre civile, le 14 octobre, après la mort de sept partisans du Hezbollah et du mouvement chiite Amal, tués par des tireurs embusqués pendant une manifestation hostile au juge chargé de l’enquête sur la double explosion du port, en août 2020.

De notre correspondant à Beyrouth

Après la crise économique - l’une des pires au monde depuis 1850, selon la Banque mondiale -, la ruine financière, l’effondrement de la monnaie nationale, l’appauvrissement brutale de 75% de la population, la dégradation sans précédent de tous les aspects de la vie quotidienne –marquée par des pénuries chroniques de carburants, de médicaments, un blackout total –, les blocages politiques et la tragédie du port de Beyrouth (215 morts, 6500 blessés et la destruction d’une partie de la capitale), le Liban a franchi, ce 14 octobre, un pas vers la guerre civile.

C’est justement l’enquête sur l’explosion du port qui cristallise toutes les contradictions. Le Hezbollah et le mouvement Amal accusent le juge Tarek Bitar d’être « politisé » et « sélectif ».

Le magistrat a engagé des poursuites pour « négligence criminelle » et « manquement » contre une douzaine de responsables politiques et sécuritaires, dont l’ex-Premier ministre Hassane Diab, quatre anciens ministres de l’Intérieur, des Finances et des Travaux publiques, dont trois députés, et le puissant directeur de la Sûreté générale.

Ses détracteurs se demandent, entre autres, pourquoi le juge s’est abstenu d’engager des poursuites contre tous les responsables politiques, militaires et sécuritaires qui étaient en poste depuis 2014, date de l’entrée au Liban du nitrate d’ammonium qui a explosé, et d’avoir inculpé principalement des personnes proches du Hezbollah.

Ils lui reprochent aussi de se focaliser sur les erreurs et les défaillances administratives qui ont provoqué la tragédie du port, et de négliger des questions fondamentales, portant sur l’origine du nitrate d’ammonium, les raisons pour lesquelles cette cargaison a atterri à Beyrouth et à qui elle était destinée.

Forte polarisation politique et confessionnelle

Après avoir émis de timides critiques, les deux partis chiites ont haussé le ton ces quatre dernières semaines, jusqu’à réclamer ouvertement le remplacement de Tarek Bitar.

Une partie de la classe politique, menée par les Forces libanaises (FL, chrétiennes) de Samir Geagea, a pour sa part pris la défense du magistrat, accusant le Hezbollah de s’ingérer dans le cours de la justice et de vouloir imposer de force sa volonté, quitte à paralyser le pouvoir exécutif en refusant de participer aux Conseils des ministres tant que le juge n’est pas révoqué.

Cette affaire a provoqué une forte polarisation dans le pays. Ce qui était censé être une divergence politique a pris une tournure confessionnelle avec, d’un côté, des chrétiens défendant l’indépendance et l’action d’un magistrat et de l’autre des chiites qui entendent entraver le processus judiciaire.

L'armée dépassée

Suspicieux, le Hezbollah craint que l’enquête sur l’explosion du port ne soit instrumentalisée par ses adversaires internes et ses ennemis régionaux, sous l’égide des États-Unis, pour l’affaiblir et l’isoler politiquement, comme cela s’est produit dans l’affaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, en 2005.

L’hommage rendu au juge Tarek Bitar par les sénateurs américains Bob Menendez et Jim Risch, début octobre, a renforcé les soupçons du parti pro-iranien. Les deux élus se sont dits « alarmés par le rôle qu'aurait joué le Hezbollah pour motiver la décision de suspendre » temporairement l’enquête du magistrat, qu’ils qualifient par ailleurs d’« impartial ».

C’est dans ce contexte que le Hezbollah et Amal ont appelé à une manifestation pour dénoncer l’action du juge. Malgré le déploiement massif de l’armée, le cortège a été pris pour cible par des tireurs embusqués alors qu’il passait à proximité d’une zone à majorité chrétienne.

Des miliciens chrétiens et chiites se sont affrontés pendant quatre heures à coups de rafales de mitrailleuses et de roquettes RPG sous le regard impuissant de soldats libanais manifestement dépassés par les événements.

L’ancienne ligne de démarcation s’embrase

Ces affrontements ont réveillé chez les Libanais les images de la guerre civile (1975-1990) surtout qu’ils ont éclaté sur l’ancienne ligne de démarcation qui coupait Beyrouth en deux secteurs, musulman et chrétien.

Le Hezbollah et Amal ont imputé aux FL l’« embuscade » tendue au cortège. Le parti de Samir Geagea a quant à lui accusé les partisans des deux formations chiites de provocations et d’actes de vandalisme dans les quartiers chrétiens.

Des armes à profusion, des esprits chauffés à blanc, des protagonistes irréconciliables soutenus par des sponsors étrangers, un État faible : tous les ingrédients de la guerre civile sont réunis. Pourtant, le président du Conseil exécutif du Hezbollah, Hachem Safieddine, a martelé vendredi, lors des funérailles des victimes, que son parti ne se laissera pas entraîner dans un nouveau conflit interne. Il s’en est pris violemment aux FL et a exigé que « criminels et les meurtriers » soient traduits en justice.

Se présentant comme le défenseur des chrétiens, le parti de Samir Geagea a rejeté la responsabilité de la fusillade sur le Hezbollah et le mouvement Amal.

Les armes se sont tues mais les discours enflammés de part et d’autre entretiennent la tension, laissant craindre d’autres incidents.

L’armée, critiquée pour la lenteur de sa réaction et son manque de prévoyance, a procédé à une vingtaine d’arrestations. La plupart des suspects appartiennent aux FL.

Pendant ce temps, les Libanais, impuissants, se demandent s’il n’est pas trop tard pour stopper la dynamique de la guerre civile.

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