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Dépassé par le variant delta, Boris Johnson repousse le déconfinement en Angleterre

·4 min de lecture

L'été commence mal au Royaume-Uni : le Premier ministre Boris Johnson s'est résolu lundi 14 juin à repousser de quatre semaines la levée des dernières restrictions anti-Covid en Angleterre, espérant contenir l'inquiétante poussée du variant delta grâce à la vaccination.

Le pays d'Europe le plus endeuillé par la pandémie (près de 128 000 morts) a pu rétablir au fil du printemps nombre de libertés auparavant perdues, grâce à un long confinement et une campagne de vaccination très efficace.

L'euphorie et l'impression de victoire face au virus sont cependant assombries par la brusque dégradation observée ces dernières semaines, les contaminations passant de 2 000 à 7 000 par jour et les hospitalisations commençant à augmenter, même si le nombre de décès par jour reste inférieur à 10. Cette tendance est attribuée au variant delta initialement détecté en Inde, désormais dominant dans le pays et représentant 96% des nouveaux cas.

Pour se donner du temps et éviter d'aggraver la tendance, Boris Johnson, longtemps réticent, a annoncé lundi devant la presse avoir pris la « décision difficile » de repousser du 21 juin au 19 juillet la dernière étape de son plan de déconfinement pour l'Angleterre (chaque nation du Royaume ayant son propre calendrier).

► À lire aussi : Vers une 3e vague de Covid-19 au Royaume-Uni?

Cette dernière doit se traduire par la fin de la limitation à six des réunions en intérieur, l'autorisation pour les pubs de servir au bar et pour les salles de spectacles d'opérer à pleine capacité. Seule concession, les réceptions de mariage ne seront plus limitées à 30 invités dès le 21 juin.

« Nous ne pouvons pas continuer (...) alors qu'il existe une réelle possibilité que le virus surpasse les vaccins et que des milliers de décès supplémentaires s'ensuivent », a plaidé Boris Johnson. Il a expliqué vouloir donner au service de santé « quelques semaines cruciales » pour poursuivre la vaccination.

Retombées économiques

« Il faut être clair sur le fait que nous ne pouvons pas tout simplement éliminer le Covid, nous devons apprendre à vivre avec », a-t-il averti, estimant que la campagne d'immunisation devait le permettre.

L'objectif est désormais de proposer d'ici au 19 juillet une première dose à tous les adultes et deux doses à deux tiers des adultes, dont tous les plus de 50 ans et vulnérables.

Actuellement, près de 80% des adultes ont reçu une dose, mais seulement 57% deux doses. Selon les études menées par les autorités sanitaires britanniques, les vaccins sont moins efficaces contre les formes symptomatiques du variant delta que les autres variants avec une seule dose, mais deux doses des vaccins Pfizer ou AstraZeneca sont efficaces à plus de 90% contre les hospitalisations.

« Nous sommes engagés dans une course contre le virus et les vaccins doivent en prendre la tête », a insisté le conseiller scientifique du gouvernement, Patrick Vallance.

Le report annoncé lundi est très populaire au sein du public, inquiet de voir la situation se dégrader : selon un sondage de l'institut YouGov, 71% des personnes interrogées y sont favorables et 54% chez les 18-24 ans, moins à risque.

Il provoque cependant la furie d'une partie du camp conservateur de M. Johnson, remonté contre les atteintes interminables aux libertés, et la consternation dans les milieux économiques et culturels concernés.

La fédération de l'hôtellerie-restauration UK Hospitality a chiffré à trois milliards de livres (3,5 milliards d'euros) le manque à gagner du secteur avec un mois de report de la fin du déconfinement, s'inquiétant aussi d’« un effet ricochet sur les réservations tout l'été et en automne » et demandant de nouvelles aides publiques.

La Night Time Industry Association représentant le monde de la nuit estime qu'un quart des entreprises du secteur ne survivra pas à un mois de plus de fermeture sans nouveau soutien. Elle craint de voir la main d'œuvre déserter durablement ces établissements.

Le célèbre compositeur Andrew Lloyd Webber, dont les comédies musicales comme « Cats » ou « The Phantom of the opera » ont remporté d'énormes succès à Londres et New York, a d'ores et déjà prévenu : il compte rouvrir son théâtre pour lancer sa production de « Cendrillon », quitte à risquer la prison.

(Avec AFP)

♦ Reportage : Consternation dans les milieux culturels et économiques

Si ce report est bien accepté par des Britanniques inquiets, pour des secteurs comme le monde du spectacle ou l’hôtellerie c’est le coup de massue, rapporte notre correspondante à Londres, Muriel Delcroix.

« On ne peut pas gérer nos pubs comme d’habitude ; il nous faut plus de personnel pour appliquer les restrictions, on ne peut pas laisser les gens commander au bar, tout le monde est assis, tout est contrôlé, se désole Heath Ball, propriétaire de plusieurs pubs à Highgate, dans le nord de Londres. C’est fini le temps on pouvait aller au pub boire une pinte juste sur un coup de tête. Tous ces coûts sont en train de nous tuer avec les dettes à payer, le retour des taxes professionnelles, ça fait peur … Je vois ce que le gouvernement essaie de faire mais à quel prix pour l’économie ? Combien de pubs allons-nous perdre, combien d’emplois, combien de restaurateurs vont fermer, il ne va plus rien rester de l’hôtellerie… »

La fédération de l’hôtellerie-restauration, UK Hospitality, a chiffré à trois milliards et demi d’euros le manque à gagner du secteur avec un mois de report de la fin du déconfinement. Le secteur s’inquiète aussi d’un effet ricochet sur les réservations tout l’été et en automne et demande de nouvelles aides publiques.

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