La bourse est fermée

Le cri d'alarme des syndicats de salariés de la distribution, en première ligne

Les syndicats réclament des protections pour les salariés du commerce alimentaire

Paris (AFP) - "On bricole", soupire Nadine derrière le rideau de cellophane tendu entre les caisses d'une supérette parisienne: des milliers de salariés de la distribution sont au travail sans masque ni gants, au grand dam des syndicats.

Ces derniers réclament du matériel, voire des primes et un droit de retrait, leurs directions respectives assurant de leur côté "protéger" au maximum leurs équipes.

La CFDT Services estime que "quelque 2 millions de travailleurs du commerce alimentaire, de l'aide à la personne, du nettoyage et de la sécurité sont exposés aux contacts avec la population et potentiellement avec les malades".

Olivier Guivarch de la CFDT Services a écrit à la ministre du Travail pour exiger une "protection obligatoire" et la fermeture des parties non alimentaires des magasins, notamment.

FO réclame une "prime de dévouement" pour ces "invisibles" qui restent au service de clients parfois agressifs malgré le "manque d'équipement de protection individuelle", "malgré les incivilités et la violence dans ces périodes de grande angoisse". Dans une lettre au PDG, le syndicat FO de Casino réclame une "récompense pour services rendus".

Pour sa part, la CGT Commerce dénonce les "conditions de travail gravement dégradées" dans la grande distribution alors que "le chiffre d'affaires explose". "Vous vous cantonnez à des mesurettes pour vous donner bonne conscience (simple mise à disposition de gel hydroalcoolique)", affirme le syndicat dans une "lettre ouverte aux groupes de la grande distribution", appelant "chaque salarié se sentant en insécurité ou en danger à exercer son droit de retrait".

- Caisses désinfectées -

Chez Carrefour, où des parois de plexiglas ont été apposées sur les caisses de certains magasins comme à Jonage (Rhône), la CGT souligne que "contrairement à son discours, Carrefour ne protège pas tous ses salariés".

"Dans de nombreux magasins, les mesures barrières sont pas ou mal appliquées, sans compter le temps anormalement long pour les mettre en place", indique le syndicat, appelant la direction à mettre "rapidement" à disposition des masques et à fermer les magasins lorsqu'un cas est avéré.

Du côté de la direction de Carrefour, on assure à l'AFP que "face à cette crise, et depuis le premier jour, notre priorité absolue est la santé de nos équipes, ainsi que celle de nos clients".

C'est pourquoi, affirme le groupe, "des solutions hydro-alcooliques sont livrées chaque semaine, des gants sont mis à disposition des équipes, le nettoyage a été renforcé, le matériel de protection des caisses (vitres en plexiglas, ndlr) est en train d'être mis en place et nos hôtes/hôtesses de caisse disposent de gants, de solutions hydro-alcooliques et de stylets".

Par ailleurs, ajoute Carrefour, "les caisses sont nettoyées régulièrement, les caisses automatiques restent ouvertes et sont désinfectées plusieurs fois par jour: elles permettent de limiter les contacts avec le personnel et de fluidifier le passage en magasin".

Au magasin Leclerc de Saint-Etienne du Rouvray (Seine-Maritime), la CGT réclame la décontamination de la boulangerie, après la mise en quarantaine d'une salariée dont le conjoint malade a été testé positif au Covid-19. "La direction nous répond que c'est inutile et d'ailleurs pas obligatoire", s'insurge Mathieu Lamour, délégué syndical de ce magasin.

"Après vérification, l'information selon laquelle son conjoint serait diagnostiqué positif au Covid-19 est fausse à date. C'est par mesure de précaution qu'elle est en arrêt maladie. A date, elle n'a aucun symptôme", a précisé dans la soirée la direction de Leclerc.

Chez Auchan, on précise que "dans les entrepôts, les magasins, les drives et les services de livraison à domicile", les collaborateurs "les plus exposés" seront équipés à compter de vendredi de masques FFP2, stockés depuis la crise du H1N1.

"Dans ce contexte de forte variation d'activité, en quelques jours, nous nous sommes mobilisés pour protéger nos équipes et nos clients et assurer le meilleur approvisionnement de tous nos points de contact", assure Jean-Denis Deweine, directeur général d'Auchan Retail France, cité dans un communiqué.