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Covid-19: espoir déçu pour le Tocilizumab

·5 min de lecture

L’AP-HP (Assistance publique – hôpitaux de Paris) relaie cette semaine la publication des résultats de l’essai clinique CORIMUNO-TOCI-1 sur le Tocilizumab en annonçant qu’il « limite l’aggravation et la nécessité de transfert en réanimation des patients atteints de pneumonie COVID-19 modérée à sévère ». Une annonce qu’il convient cependant de prendre avec du recul.

C’est une publication qui était attendue : la revue JAMA Internal Medicine relaie cette semaine les résultats de cet essai clinique sur le Tocilizumab, molécule qui pourrait limiter les effets inflammatoires du Covid-19. Fin avril dernier, l’AP-HP avait déjà annoncé des résultats positifs pour ce traitement. Il s’agissait néanmoins d’une déclaration prématurée car l’essai venait tout juste de débuter. Cette affaire avait alors poussé le comité indépendant d’évaluation de l’étude à démissionner en bloc, un événement rare.

Cinq mois plus tard, voici donc les résultats définitifs, dont se félicite l’AP-HP, mais qu’il convient cependant de relativiser : « Il faut tout d’abord saluer le travail d’évaluation de cette molécule par les auteurs, note Stéphane Gaudry, du service de réanimation de l’hôpital Avicenne à Bobigny. Concernant l’interprétation des résultats, nous sommes face à une communication qui doit à mon avis être tempérée. Tout d’abord, après analyse, cette étude est loin d’emporter la conviction. Deuxièmement, et c’est très important, il y a d’autres études sur ce médicament publiées dans la même revue et d’autres qui seront publiées dans les semaines à venir, qui laissent supposer que ce médicament n’est pas efficace. » Stéphane Gaudry appelle donc à la prudence : « Il va falloir attendre avant de s’emballer. Pour l’instant, on ne peut pas dire que le Tocilizumab a une place dans l’arsenal thérapeutique. »

Usage réservé aux essais cliniques

Ainsi, pour l’instant, l’usage du Tocilizumab doit se cantonner aux essais cliniques, selon Stéphane Gaudry, mais également Jonathan Barr, du département de médecine de l’Université de Caroline du Nord, qui signe l’éditorial de ce numéro de JAMA Internal Medicine : « Ces nouvelles études suggèrent un rôle potentiel du Tocilizumab contre le Covid-19, mais elles n’apportent pas de preuves robustes d’efficacité. Il faudra reconsidérer l’usage du Tocilizumab si, et seulement si, des données plus solides émergent d’autres essais. »

Quels mécanismes derrière les réinfections ?

RFI évoquait la semaine dernière l’histoire ce jeune homme américain de 25 ans qui avait contracté deux fois le Covid-19 et dont la deuxième infection était plus sévère. Une étude prépubliée réalisée par des chercheurs de l’Université de Fudan à Shanghaï apporte des éléments pouvant expliquer ce phénomène.
Cette étude n’étant pas encore publiée dans une revue à comité de lecture, il convient donc de l’aborder avec le recul nécessaire. Mais elle concerne un mécanisme qui pourrait jouer un rôle important dans la lutte contre le Covid-19 : la facilitation de l’infection par des anticorps.

Nos cellules sont des lieux clos, protégés par une membrane. Cependant, elles doivent tout de même pouvoir communiquer et échanger avec le reste de l’organisme. Les membranes cellulaires sont donc dotées de récepteurs, de « serrures » qui laissent entrer les molécules qui ont la bonne forme, la bonne « clef ». Ce mécanisme est nécessaire au bon fonctionnement des cellules, mais il peut être détourné par des agents infectieux.

Par exemple, le Sars-CoV-2, le coronavirus responsable du Covid-19, a justement une protéine qui a la bonne forme et lui permet de pénétrer à l’intérieur de certaines de cellules pour les infecter. Pour y remédier, notre organisme produit des anticorps, des molécules en forme de « Y ». La base de ce « Y » est la clef qui leur permet de pénétrer dans les cellules immunitaires, tandis que le sommet a pour fonction de s’accrocher aux « clefs » dont disposent les intrus, pour les neutraliser.

En temps normal, ce système beaucoup plus complexe que le raccourci grossier qui vient d’en être fait, fonctionne bien. Mais parfois, cela déraille : l’anticorps s’accroche bien au virus, mais lui permet dans un second temps de pénétrer dans des cellules auxquelles il n’aurait pas accès en temps normal : c’est la facilitation de l’infection par des anticorps.

Dans les cas de réinfection plus sévère que la première contamination, nous aurions ainsi une première phase où notre organisme lutte efficacement contre le coronavirus en produisant notamment des anticorps pour y parvenir, puis, lors de la seconde infection, le coronavirus qui utilise ces mêmes anticorps pour atteindre des cellules qui lui étaient interdites auparavant.

Un impact sur les vaccins ?

Les auteurs de cette étude ont ainsi montré que ce mécanisme pouvait avoir lieu in vitro, en laboratoire. Il faut cependant garder à l’esprit qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir avant de prouver que ce qui se passe in vitro peut avoir lieu in vivo, en conditions réelles. Mais si c’est avéré, il s’agirait d’une mauvaise nouvelle de plus. Il faudrait en effet écarter définitivement les déjà peu éthiques stratégies d’immunité de population en la laissant s’infecter : quel intérêt si des cas de réinfection encore plus graves peuvent survenir ? La facilitation de l’infection par des anticorps peut également affecter le développement des vaccins. On suspecte ainsi que ce mécanisme est à l’origine des complications observées dans le cas du vaccin contre la dengue. Concernant le Covid-19, plusieurs candidats-vaccins pourraient en souffrir, mais d’autres stratégies et technologies sont développées et ne devraient pas être concernées.

Enfin, c'est important, rappelons qu’il s’agit seulement d’une étude pré-publiée, sur des recherches menées in vitro. Le mécanisme de la facilitation de l’infection par des anticorps est par ailleurs encore mal compris. Il est toutefois intéressant de savoir qu’il existe, et comme toujours avec cette maladie, il faudra de plus amples recherches pour avoir le fin mot de l’histoire.

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