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Coronavirus : l'Italie désormais le pays le plus touché au monde en nombre de morts

Thibauld MALTERRE avec les bureaux de l'AFP dans le monde
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Des jeunes filles dans les rues de Mogadiscio, le 19 mars 2020

L'Italie, où l'épidémie de Covid-19 a tué 427 personnes de plus en 24 heures, a dépassé jeudi soir la Chine en nombre de décès dus au nouveau coronavirus et est désormais le pays du monde où le bilan des morts est le plus important.

Face à ce virus que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié d'"ennemi de l'humanité", qui a déjà contaminé près de 210 000 personnes et en a tué plus de 9 000, menaçant de plonger le monde dans la récession, des milliers de milliards d'aide publique ont été annoncés, notamment en Europe et aux États-Unis.

"L'avenir politique" de l'Europe, continent le plus touché avec 4 752 décès et qui a passé jeudi la barre des 100 000 cas recensés, "est en jeu", a averti le ministre français de l'Économie Bruno Le Maire appelant ses dirigeants à agir de "manière unie".

Une semaine après le début du confinement généralisé de sa population et alors que le "pic" de la pandémie ne semble pas encore atteint, l'Italie dénombre désormais 3 405 décès.

Ces dernières 48 heures, la péninsule a enregistré un nombre de décès quotidiens dépassant celui enregistré au plus fort de la maladie dans la ville de Wuhan, berceau chinois de l'épidémie.

La Chine, où 3 245 personnes ont succombé au virus, n'a elle fait état jeudi d'aucune nouvelle contamination d'origine locale, une première depuis le début de l'épidémie en décembre dans ce pays. Mais 34 cas "importés" ont été dénombrés.

Une enquête officielle chinoise a aussi désavoué la police de Wuhan qui avait réprimandé un des premiers médecins à avoir donné l'alerte sur le virus, auquel il a depuis succombé.

Le président américain Donald Trump a d'ailleurs mis en cause la lenteur initiale de Pékin à transmettre des informations sur le nouveau coronavirus, estimant jeudi que le monde en payait aujourd'hui "le prix fort".

Silence angoissant

En Espagne, 4e pays le plus touché du monde en terme de morts derrière l'Iran, le nombre de décès a bondi de 30% en 24 heures, pour atteindre 767.

Le nouveau coronavirus a fait un premier mort en Afrique subsaharienne, au Burkina Faso et le patron de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus a appelé l'Afrique à se "préparer au pire".

Un premier mort a aussi été annoncé en Russie et un premier cas au Fidji.

En raison de l'épidémie, Téhéran va gracier vendredi "environ 10 000 détenus" à l'occasion du Nouvel An iranien, afin de "diminuer le nombre des prisonniers".

De son côté, le Royaume-Uni, où le seuil des 100 morts a été franchi, a ordonné la fermeture des écoles dès vendredi mais exclu de restreindre les transports à Londres. Le Premier ministre Boris Johnson a affirmé que le pays pouvait "inverser la tendance en 12 semaines" dans la lutte contre l'épidémie.

Selon l'Unesco, les établissements de près de la moitié des élèves et étudiants dans le monde sont fermés.

Pour tenter de limiter la propagation du virus, les restrictions à la liberté de circulation se multiplient et plus d'un demi-milliard de personnes dans le monde sont appelées par leurs autorités à rester confinées chez elles, selon un décompte de l'AFP.

Le Brésil a fermé jeudi pour 15 jours toutes ses frontières terrestres, à l'exception de celle avec l'Uruguay.

Mais l'inquiétude est de mise dans les pays les plus pauvres, où le confinement sera impossible, comme dans les immenses bidonvilles asiatiques. En outre, trois milliards de personnes n'ont même pas les armes les plus basiques contre le virus, l'eau courante et le savon, s'alarment des experts de l'ONU.

"Des millions" de vies sont en jeu si le monde n'est pas solidaire, notamment vis-à-vis des pays les plus pauvres, a averti jeudi le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

Des multinationales de l'industrie pharmaceutique se sont engagées jeudi à fournir un vaccin contre la maladie Covid-19, accessible "partout dans le monde", dans un délai de 12 à 18 mois.

Peur de la contagion, anxiété liée à l'isolement : l'épidémie et le confinement risquent aussi de laisser des traces psychiques chez les plus fragiles, s'inquiètent les professionnels.

"La seule chose qui m'angoisse, c'est le silence !", confie de son côté à Rome Roberto Fichera, fringant octogénaire. "On n'entend pas un bruit, pas une voiture, les rues sont vides... Quand on sort marcher et qu'on entend des pas derrière soi, on a presque peur".

Gérer son stress avec du cannabis

Les mesures de confinement en Italie seront pourtant "prolongées à leur échéance" du 3 avril, selon les autorités, qui envisagent aussi d'interdire les activités de plein air.

En France aussi, un prolongement du confinement au-delà des 15 jours prévus sera "vraisemblablement nécessaire", selon les autorités.

En prévision d'une lutte "marathon" contre le coronavirus et de l'épuisement des militaires, l'Allemagne va mobiliser ses réservistes.

Pour gérer leur stress et faire des stocks par crainte d'une pénurie, les Canadiens se ruent sur les magasins et les sites de vente de cannabis, légale depuis fin 2018 dans le pays.

"Il y en a qui paniquent, d'autres qui ne s'en font pas assez, moi j'ai décidé de gérer mon stress en fumant du cannabis", explique à Montréal Michel Benoît.

L'économie du monde continue elle aussi de s'arrêter. General Motors et Ford ont annoncé suspendre leur production de voitures en Amérique du Nord.

Avenir de l'aviation menacé

Jusqu'à 25 millions d'emplois sont menacés à travers le monde, en l'absence de réponse coordonnée à l'échelle internationale, a averti l'Organisation internationale du Travail

Des dizaines de milliers de personnes ont été licenciées en raison de l'épidémie aux États-Unis, où le nombre de demandeurs d'emploi est au plus haut depuis septembre 2017.

Les compagnies aériennes, touchées de plein fouet, ont besoin d'une aide d'urgence de jusqu'à 200 milliards de dollars (185 milliards d'euros), a estimé jeudi l'Association internationale du transport aérien (Iata). Et le tourisme en Italie risque un recul d'un demi-siècle, selon les opérateurs.

De nouvelles mesures économiques ont été annoncées pour aider États, travailleurs, et entreprises.

La Banque centrale européenne (BCE) a débloqué 750 milliards d'euros destinés à des rachats de dette publique et privée.

Le président américain Donald Trump a promulgué un plan d'aide de 100 milliards de dollars pour les travailleurs touchés, et les négociations se poursuivent pour un plan de relance qui pourrait atteindre 1 300 milliards de dollars.

Après avoir bien réagi jeudi matin, au lendemain d'une journée de lourdes pertes, les Bourses européennes et Wall Street ont connu une journée fluctuante.

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