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Coronavirus: sans écoliers ni touristes, un autocariste de l'Eure à l'arrêt

Boris CAMBRELENG
Avec les écoles fermées, les touristes absents et des annulations massives de voyages à cause du coronavirus, l'autocariste Grisel, à Gisors (Eure), va être contraint de recourir au chômage partiel pour 90% de ses salariés

Gisors (France) (AFP) - Avec les écoles fermées, les touristes absents et des annulations massives de voyages à cause du coronavirus, l'autocariste Grisel, à Gisors (Eure), va être contraint de recourir au chômage partiel pour 90% de ses salariés.

Lors d'une visite d'une délégation du Medef jeudi, des dizaines de cars de ramassage scolaire et d'autocars de tourisme étaient stationnés sur le parking de l'entreprise.

"On a identifié trois gros problèmes dans notre société", a expliqué à cette occasion Christine Français, directrice générale de cette entreprise employant 220 personnes et travaillant sur les départements de l'Oise, de l'Eure et de Seine-Maritime.

"Le premier, c'est le cluster de l'Oise qui fait que nous n'avons plus de transports dans ce département liés à la fermeture des établissements scolaires", a détaillé Mme Français quelques heures avant l'annonce par Emmanuel Macron de la fermeture des établissements dans toute la France.

Avec l'arrêt du tourisme et des voyages scolaires dans le seul département de l'Oise, c'était un tiers des salariés qui allaient devoir passer au chômage partiel. Mais après la fermeture des écoles au niveau national, "90% des salariés" seront concernés, a indiqué dans la soirée la directrice générale de Grisel à l'AFP.

Elle déplore pour eux "une diminution de rémunération sur des métiers qui sont déjà un petit peu précaires" et sent chez le personnel "beaucoup d'inquiétude sur un plan sanitaire mais aussi économique".

"Imaginez quelqu'un qui est déjà à temps partiel avec l'activité scolaire et qui va avoir seulement 70% de sa rémunération à la fin du mois de mars, ça va faire mal. Ce n'est plus de la vie, c'est de la survie", se désole la directrice.

Le gouvernement a annoncé une prise en charge du chômage partiel mais seulement jusqu'au niveau du Smic, c'est à dire 8,03 euros net de l'heure. Pour bénéficier de la mesure, l'entreprise, qui n'a jamais été confrontée à pareille situation, doit d'abord obtenir auprès de la Direction régionale des entreprises (Direccte) un numéro d'enregistrement, ce qui met 48 heures, avant de formaliser sa demande.

Grisel, qui réalise un chiffre d'affaires annuel de 15 millions d'euros, a essuyé en une seule semaine 450.000 euros de pertes liées à des annulations de commandes pour mars et avril, alors que la période allant de mars à juin est la plus importante de l'année, avec le mois de septembre.

- rupture de stocks -

"L'activité touristique démarre en général tout début mars pour les séjours pédagogiques, pour les "réceptifs" (accueil de touristes étrangers) de croisière sur la Seine, pour les sorties de troisième âge. Tout ça s'est arrêté net", déplore Mme Français.

"Notre profession n'a jamais connu une crise aussi importante", confirme Jean-Sébastien Barrault, président de la Fédération nationale des transports de voyageurs, présent lors de la visite.

La troisième activité de Grisel, celle d'agence de voyages, n'est pas mieux lotie. Les 12 personnes qui y travaillent sont très occupées ...à enregistrer des annulations.

"Et l'annonce M. Trump de dire qu'à partir de ce soir minuit on ferme les frontières américaines pendant un mois alors que les petites vacances sont très propices pour les séjours aux Etats-Unis, fait que tout le monde annule à tout va", rapporte encore la directrice.

A l'atelier de maintenance, l'arrêt des autocars est mis à profit - dans un premier temps au moins - pour inspecter la flotte de véhicules.

Mais là aussi la présence du coronavirus se fait sentir, car les pièces en provenance de Chine commencent à faire défaut.

"On a des cars chinois" dont "toutes les pièces sont importées et "à l'heure actuelle, c'est très complexe d'en avoir", rapporte Alexandre Kuca, le responsable du magasin.

"Mon fournisseur m'a dit cette semaine que beaucoup de conteneurs ne partent plus, et beaucoup sont bloqués en douane en Hollande, à Rotterdam", ou dans les ports chinois, selon lui.

"Les marques européennes comme Mercedes dépendent aussi beaucoup des sous-traitants chinois et les fabricants commencent à nous prévenir qu'il pourrait y avoir des ruptures de stocks", ajoute Matthieu Ravaz, le responsable de la maintenance.