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Congrès de la CDU : qui pour succéder à Angela Merkel ?

·6 min de lecture

La CDU, le parti chrétien-démocrate de la chancelière allemande, élit samedi son président. Trois hommes sont en lice pour ce scrutin-clé à neuf mois de la fin de l'ère Angela Merkel, qui quittera le pouvoir à l'automne.

Alors que la chancelière Angela Merkel vit les derniers mois de son mandat – elle aura dirigé le gouvernement allemand durant 16 ans –, son parti, l'Union chrétienne-démocrate (CDU), se cherche un dirigeant. La CDU, réunie en congrès virtuel les 15 et 16 janvier, devra départager les candidats. Le vainqueur sera ensuite bien placé pour devenir le chef de file des conservateurs allemands et briguer la chancellerie lors des élections législatives prévues en septembre. Mais rien n'est garanti.

Trois hommes s'affrontent : le centriste Armin Laschet, le très conservateur Friedrich Merz et l'expert en politique étrangère Norbert Röttgen.

"On est face à une situation inédite. La chancelière n’est plus candidate", a expliqué vendredi, sur l’antenne de France 24, Jens Althoff, le directeur du bureau parisien de la fondation Heinrich Böll. "C’est assez rare chez les conservateurs, mais le résultat est assez ouvert", a-t-il estimé.

Hélène Miard-Delacroix, professeure à la Sorbonne, spécialiste de l’Allemagne contemporaine, partage le même avis. "Même si Friedrich Merz se détache dans les sondages établis auprès des adhérents, ce n’est pas lui qui est le favori des délégués", constate-t-elle. "On ne peut pas dire à l’avance qui va être vainqueur."

Le résultat est en effet aux mains des 1 001 délégués de la CDU et non de celles de l'ensemble des militants. Il sera annoncé samedi lors d'un congrès organisé intégralement en ligne, Covid-19 oblige. Cette élection, déjà repoussée à plusieurs reprises en raison de l'épidémie, fait suite à la démission d' Annegret Kramp-Karrenbauer, longtemps "dauphine" d’Angela Merkel mais écartée faute d'avoir pu s'imposer.

"Une continuité globale"

Les trois candidats présentent au premier abord un profil assez similaire. "Tous les trois sont catholiques. Tous les trois sont pères de trois enfants. Tous les trois viennent de la région de Westphalie", note ainsi Jens Althoff. "Il y a une continuité globale dans la mesure où ils sont tous les trois fortement européens, atlantistes et font partie de la branche modérée de la CDU", souligne aussi Hélène Miard-Delacroix. "Mais il y a quand même une différence dans la mesure où Friedrich Merz est plus libéral-conservateur dans sa dimension économique et pour ce qui relève des valeurs culturelles. Avec lui, le parti aurait une orientation plus à droite."

Ennemi juré de la chancelière depuis qu'elle l'a évincé de la présidence du groupe conservateur au Bundestag en 2002, Friedrich Merz rêve de revanche. Battu d'un cheveu par Annegret Kramp-Karrenbauer en 2018, cet homme d'affaires sec au visage émacié mêle libéralisme économique et positionnement dur sur l'immigration. Cet ancien avocat fait la course en tête dans les sondages auprès des sympathisants de la CDU, mais il pâtit aussi d'handicaps. Il n'exerce pas de mandat, et ses provocations verbales ainsi que ses fonctions grassement rémunérées chez le gestionnaire d'actifs BlackRock nuisent aussi à son image.

Son adversaire Armin Laschet, 59 ans, dispose de plusieurs atouts. Ce modéré, ancien journaliste aux yeux rieurs, marche en effet dans les pas d’Angela Merkel, plus populaire que jamais. "Il représente une sorte de continuité de la politique centriste d’Angela Merkel. Par contre, elle a bien fait attention de ne pas montrer un trop grand soutien envers lui car Friedrich Merz aurait pu dire que c’est le candidat de l’establishment", estime Jens Althoff.

Le troisième homme, Norbert Röttgen, 55 ans, fait figure de parfait outsider. Assurant ne pas être l'homme d'un "camp", cet expert en relations internationales promet de rajeunir et de féminiser le parti. Il est, comme Friedrich Merz, un déçu de la chancelière, qui l'avait brutalement évincé en 2012 du ministère de l'Environnement après une débâcle électorale.

Même s’il n’est pas candidat, un quatrième homme plane sur ce congrès : le populaire ministre de la Santé, Jens Spahn. "Il est à 60 % d’opinions favorables dans les sondages. Actuellement, il a renoncé à la candidature, mais il y a eu un accord entre lui et Laschet. Ils font candidature commune en disant qu’en cas de victoire, Laschet pourrait rester président de la CDU et que Spahn aurait la possibilité d’être candidat pour la chancellerie", explique Hélène Miard-Delacroix.

Prometteur sur le papier, ce ticket n'a pas produit les étincelles attendues. Au point que le ministre de la Santé a dû démentir, sans complètement convaincre, qu'il visait la candidature à la chancellerie à la place d'Armin Laschet.

Markus Söder en embuscade

Le vainqueur sera en tout cas en bonne position pour être le 26 septembre le chef de file des conservateurs aux élections législatives et devenir peut-être ainsi le futur chancelier. Mais il n'en aura pas encore la garantie car ce choix est prévu ultérieurement et d'autres prétendants restent en embuscade, dont Markus Söder, membre de l'Union chrétienne-sociale de Bavière (CSU), parti frère de la CDU.

Ce dernier ne convoite pas la direction du parti d'Angela Merkel cette semaine, mais il pourrait lui-même assumer le rôle de candidat si le futur président de la CDU n'est pas favori dans la course à la chancellerie. "En Allemagne, 44 % des sondés disent qu’ils verraient Söder à la tête du pays, parce qu’il y a chez cet homme de 54 ans une certaine bonhommie et une certaine manière de faire", analyse Armelle Charrier, chroniqueuse internationale pour France 24. "On l’appelle le caméléon et le faiseur de rois parce que c’est lui qui tire les ficelles derrière. (…) Il a été ministre de l’Environnement et des Finances. Il connaît la chose politique."

Après s'être fait remarquer par un discours de protestation lors du congrès de la CDU en 2019, Markus Söder s'est associé aux Verts, le prochain probable partenaire de coalition de "l'Union" – l'alliance entre la CDU et la CSU –, et s'est présenté comme un solide gestionnaire de la pandémie de Covid-19 lors de conférences de presse régulières aux côtés de la chancelière.

Jusqu'ici, aucun chancelier allemand n'a été issu des rangs de la CSU. Lors des élections législatives de 1980 et de 2002, l'Union a bien présenté un candidat issu de la CSU mais le scrutin a été à chaque fois remporté par les sociaux-démocrates.

Pour les élections de 2021, Markus Söder pourrait profiter des profondes divisions entre les trois candidats à la direction de la CDU. Pour l'heure, il a plutôt manifesté son soutien à Armin Laschet, louant son expérience et ses capacités à construire des coalitions.

Le dirigeant bavarois veut donner en tout cas au nouveau leader de la CDU le temps de gagner en popularité. Il a demandé que l'Union ne se prononce sur son candidat à la chancellerie qu'après les élections régionales de la mi-mars.

Un sondage réalisé par Civey pour le magazine Der Spiegel à la fin du mois dernier a montré que si tous les Allemands pouvaient voter, Norbert Röttgen, qui se présente comme un modernisateur, serait désigné président de la CDU tandis que Markus Söder serait élu chancelier.