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Congé paternité : la France, ce (très) mauvais élève de l’Europe

Congé paternité : la France, ce (très) mauvais élève de l’Europe

À l’heure où l’Espagne vient de rallonger le congé paternité à 12 semaines, la France figure parmi les pays les moins généreux d’Europe en la matière. Bonne élève en 2002, elle regarde, quasiment immobile, les autres pays avancer à grands pas.

Au pays des droits de l’Homme, le père n’est pas à la fête. Onze jours de congé paternité - week-ends et jours féries compris - et un congé de naissance de trois jours : voici pour les droits accordés aux pères français. De l’autre côté des Pyrénées, l’Espagne vient d’allonger sa durée du congé paternité à douze semaines avant de passer à seize semaines dès le 1er janvier 2021. “L’Espagne est la preuve que cet allongement du congé paternité est possible. Lorsque la volonté politique est là, il est possible de trouver de l’argent”, observe Alix Bayle, membre cofondatrice du collectif pour une PArentalité Féministe (PA.F). 

La France en avance… il y a 18 ans

En Suède, les pères sont autorisés à prendre jusqu’à 480 jours de congés payés à hauteur de 80% du salaire. La Norvège, premier pays au monde à avoir instauré ce type de congés, propose, elle aussi, un système très généreux. Le père a un quota de 10 semaines qui sont perdues si elles ne sont pas prises et 26 semaines à partager avec la mère. Cerise sur le gâteau, 100% du salaire est conservé pendant cette période. 

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La France n’a pas toujours été en retard par rapport à la grande majorité de ses voisins européens. “Quand la France créée le congé paternité en 2002, elle n’est pas en retard et même plutôt en avance. Mais aujourd’hui, notre pays est plutôt dans le bas du classement. Rien n’a changé depuis 18 ans”, regrette Antoine Math, chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES) et collaborateur scientifique au Haut Conseil de famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA). 

“Passer d’un risque maternité à un risque parentalité”

Selon lui, l’allongement du congé paternité présenterait deux avantages majeurs. D’abord, il réduirait les inégalités entre les hommes et les femmes sur le marché du travail. “Il faut absolument passer d’un risque maternité à un risque parentalité”, explique-t-il. Pour une entreprise, embaucher une femme représente toujours un risque de frais supplémentaires. 

Le deuxième bienfait d’un allongement consisterait à largement abaisser les inégalités dans la sphère domestique pour un meilleur partage des tâches. Pour expliquer son raisonnement, Antoine Math prend pour exemple une expérience réalisée en Norvège dans les années 90. “Une étude a été réalisée sur des pères qui prenaient un mois de congé paternité et les autres qui n’en prenaient pas. On s’est aperçu des effets durables dans l’implication et dans le partage des tâches jusqu’à quinze ans après”, détaille-t-il. 

Le gouvernement trop frileux ? 

Pourquoi la France n’évolue plus sur le sujet depuis vingt ans et reste à la traîne de ses voisins ? “Chaque dépense dérisoire coûte un ‘pognon de dingue’, ironise-t-il en faisant référence à Emmanuel Macron qui parlait des aides sociales en ces termes en 2018. “Le congé paternité est vu comme un truc un peu gadget, accessoire. On n’a jamais d’argent pour ça. Or, il y a une demande latente extrêmement forte”, soutient-il. 

Plus optimiste, Alix Bayle constate un “frémissement” au sein du gouvernement actuel même si les récentes déclarations à Ouest-France d’Adrien Taquet, secrétaire d’État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, restent encore très sages.

“Comme pour tous les enjeux d’égalité femmes-hommes, le gouvernement semble identifier le problème mais ne va pas y voir d’urgence. L’égalité femmes-hommes a besoin d’action concrète et immédiate et une réforme des congés parentaux - dont le congé paternité - serait l’un des leviers les plus efficaces dans ce sens”, insiste le collectif pour une PArentalité féministe. Faut-il pour autant le rendre obligatoire ? 

“Important pour la mère d’être secondée”

Pour Antoine Math, rendre le congé paternité obligatoire est un “sujet complexe”. “La première motivation serait de rendre le droit effectif c’est-à-dire faire peser l’obligation pas tant sur le salarié que sur l’employeur”, explique-t-il.

Selon lui, il faut concevoir cette obligation comme une “protection pour le salarié”. Un rapport de l’IDAS publié en 2018 met en avant un autre aspect : la dépression post-partum. “C’est une motivation de santé publique puisque la maternité conduit souvent à une dépression de la mère. L’un des facteurs qui accentue ce risque survient lorsque la mère doit tout gérer toute seule. Il est important d’être secondé”, précise Antoine Math. 

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