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Commerces, tourisme, dégradations... Les "gilets jaunes" ont fortement pesé sur certains secteurs

Marie HEUCLIN
Des gilets jaunes manifestent devant les Galeries Lafayette le 28 septembre 2019

Paris (AFP) - Peu d'effet global sur l'économie, mais un impact "massif" pour certains secteurs: un an après le début de la mobilisation des "gilets jaunes", le bilan économique et budgétaire du mouvement apparaît contrasté.

- Croissance -

"Au niveau macroéconomique (le mouvement) n'a pas eu d'effet important", explique à l'AFP Julien Pouget, chef du département de la conjoncture de l'Institut national de la statistique. Au total, l'institut a évalué à 0,1 point de PIB l'impact des manifestations et blocages sur le dernier trimestre 2018. L'effet est négligeable pour 2019.

En revanche, "si l'on regarde les magasins dans certaines rues, dans certaines villes, et certaines entreprises, il est clair que localement l'effet a pu être massif", nuance M. Pouget.

- Commerces -

Le commerce de détail des centre-villes où ont eu lieu les manifestations a particulièrement souffert, avec une baisse de fréquentation ayant entraîné des pertes de chiffre d'affaires de 20 à 30%, selon un rapport parlementaire publié en juillet.

A Noël, la Fédération du commerce de détail (FCD) avait estimé le manque à gagner à deux milliards d'euros.

Les centres commerciaux situés à la périphérie des villes ont eux fait état de perte d'activité de l'ordre de 2 milliards d'euros du fait des blocages. Mais les grands distributeurs ont réussi à limiter les dégâts fin 2018 grâce à un calendrier favorable et, pour certains, un rattrapage sur le secteur alimentaire. Depuis le début d'année, les conséquences des manifestations sur leur activité ont eu tendance à s'effacer.

- Tourisme -

En novembre 2018, la fréquentation hôtelière a été soutenue, selon l'Insee, malgré la moindre occupation durant les journées du 17 novembre au 24 novembre, correspondant aux actes I et II du mouvement des "gilets jaunes". En revanche en décembre, la fréquentation hôtelière a reculé de 1,1 % sur l'ensemble du territoire, et de 5,3% à Paris.

Cette tendance, qui n'a pas empêché une année record en France en 2018, s'est poursuivie lors du premier trimestre 2019, avec une baisse de 2,5%. Le recul est nettement plus marqué (-4,8%) chez les visiteurs étrangers mais le deuxième trimestre a connu une embellie, avec une hausse de 3,8% de cette clientèle internationale.

Au total, "au premier semestre le taux d'occupation de l'hôtellerie française est quasi stable, en hausse de "0,2%, mais ce sont surtout les hôtels haut de gamme, l'hôtellerie de prestige qui a souffert, il y a eu beaucoup d'annulations, de 30% à 50% des réservations fin 2018", résume Roland Héguy, président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih).

- Assurances -

Les assureurs ont indemnisé pour 217 millions d'euros de préjudices entre le début du mouvement et la fin mai 2019. La quasi totalité de cette somme a été versée aux entreprises pour indemniser les dégradations et les pertes d'exploitations subies.

- Faillites -

Selon le cabinet d'études Altares, le mois de décembre 2018 a enregistré un nombre de défaillances d'entreprises inédit depuis 2015, et elles ont crû de 11% en janvier 2019. Mais ce mouvement de hausse avait commencé dès la mi-2018 "soit quasiment six mois avant le début du mouvement des gilets jaunes", notait le cabinet dans son bilan du deuxième trimestre. Ensuite, sur les deux premiers trimestres de 2019, les défaillances ont baissé.

"Le dispositif d'aides mis en place par les pouvoirs publics à partir de fin novembre 2018 semble avoir permis aux "petits+ entrepreneurs de tenir", selon Thierry Millon, directeur des études d'Altares. Les commerçants touchés ont ainsi pu demander des exonérations fiscales et des étalements d'échéances.

En termes d'emploi, la mission parlementaire avait relevé au 17 juin 5.283 demandes de chômage partiel liées au mouvement, concernant 75.277 salariés.

- Finances publiques -

Outre les aides aux entreprises, l'Etat a dû mobiliser davantage de ses agents, notamment les policiers et gendarmes, pour un coût évalué par la mission parlementaire à 46 millions d'euros, lié au paiement des heures supplémentaires.

A cela s'ajoute la remise en état des près de 3.000 radars détruits ou abîmés durant le mouvement, qui pourrait coûter 71 millions d'euros selon ce même rapport. La Sécurité routière estimait quant à elle en août à 300 millions d'euros le manque à gagner en contraventions depuis le début du mouvement.

Par ailleurs, les mesures d'urgence prises par le gouvernement, évaluées à environ 10 milliards d'euros, ont dopé le pouvoir d'achat des ménages, avec une hausse de 2,3% attendue cette année, selon l'Insee, du jamais vu depuis 2007, même si cela ne s'est pas encore traduit dans leur consommation. Des gestes qui vont peser sur le déficit public cette année.