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Chine: l'angoisse des ouvriers empêchés de travailler

Beiyi SEOW
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Des employés portant des masques de protection travaillent dans une usine de lunettes à Wenzhou, le 28 février 2020 en Chine

Pékin (AFP) - Hu Aihua était rentré passer le Nouvel an chinois en famille. Il s'est retrouvé confiné et empêché de regagner son usine, à l'instar d'une grande partie des 290 millions de travailleurs migrants pris au piège des quarantaines et restrictions de circulation.

Ils sont le moteur de l'industrie et des services en Chine: les travailleurs migrants, venus des campagnes pour travailler en ville, regagnent habituellement leur région d'origine aux congés du Nouvel an lunaire.

Les vacances, prolongées pour cause de virus, sont théoriquement finies depuis trois semaines, mais dans un pays paralysé par l'épidémie, beaucoup n'ont toujours pas pu rejoindre leur entreprise -- compromettant le redémarrage de l'activité.

Hu Aihua, 39 ans, ne peut plus quitter son village du Hubei (centre), la province à l'épicentre de l'épidémie, bouclée depuis fin janvier derrière un cordon sanitaire.

Soumise à un confinement draconien, sa famille ne peut acheter que des biens de première nécessité via des commandes par téléphone au représentant du quartier, confie-t-il à l'AFP.

Il s'inquiète pour sa situation professionnelle si son isolement forcé se prolonge.

"Je continue à recevoir un salaire entier, mais ça ne va pas durer. Si notre patron n'a plus de recettes, il ne pourra pas payer autant d'ouvriers", s'alarme-t-il.

- "Impossible de repartir!" -

Nombre des collègues de M. Hu connaissent la même situation: sur les 600 employés de Jiangxi Jieneng Group, producteur de produits sanitaires dans le Jiangxi (centre), seule la moitié environ ont repris le travail.

Pour autant, "les charges doivent être payées, l'eau, l'électricité, les salaires", indique à l'AFP son directeur général, Xu Hang.

Le prix du textile non tissé, matière première indispensable, s'est renchéri de 10% avec l'épidémie, et l'usine a dû mobiliser une chaîne de production pour fabriquer des masques au titre de la lutte contre le virus.

L'entreprise a souscrit un prêt de 10 millions de yuans (1,28 million d'euros) pour soulager sa trésorerie.

Hors administrations, secteur financier, santé et services aux collectivités, seules environ 45% des entreprises ont repris leur activité, estime Lu Ting, économiste de Nomura.

Beaucoup restent à l'arrêt faute de bras.

Liu Zhishuang, un ouvrier de 28 ans, est ainsi piégé depuis un mois avec sa famille dans une ville de l'Anhui (est).

"Impossible de repartir! Les transports ne fonctionnent plus, les trains sont suspendus", soupire-t-il. Sans compter un confinement imposé localement: depuis début février, un seul membre de son foyer peut sortir à la fois... pour seulement deux heures tous les deux jours.

Même situation pour Zhang Hongwu, 29 ans, parti retrouver sa famille dans le Henan (centre) et incapable de revenir à Shanghai. "Je ne vais jamais rentrer", confie-t-il à l'AFP, se résignant à chercher un emploi dans une ville plus proche.

- 'Impuissant' -

Les entreprises, en pénurie de main d'oeuvre, cherchent la parade: le géant électronique Foxconn, fournisseur d'Apple, propose aux nouvelles recrues du Sichuan (sud-ouest) une prime de 3.750 yuans (480 euros), selon une annonce consultée par l'AFP.

L'employeur de Hu Aihua promet 20% de plus en liquide, ainsi qu'une prime jusqu'à 2.000 yuans aux ouvriers l'aidant à recruter de nouveaux salariés.

Une zone industrielle de Tianjin (est) a affrété 150 autocars pour aller chercher des employés en-dehors de la municipalité, selon l'agence Chine nouvelle.

Les autorités apportent parfois leur appui: la ville de Hangzhou (est) a fait rouler à ses frais des trains pour véhiculer des ouvriers, tandis qu'un district de la province du Zhejiang (est) affrétait des vols charters, selon la télévision CCTV.

D'autres se débrouillent par eux-mêmes: selon Shi Minxin, patron d'une firme de moulages industriels proche de Shanghai, l'un de ses employés à pris le volant sur 1.600 kilomètres pour reprendre le travail... avant d'être placé en quarantaine forcée à son arrivée.

L'entreprise a désormais redémarré à huit dixièmes des capacités, mais ses ventes se sont effondrées d'autant, s'alarme M. Shi. Il table sur une production à plein régime pour le 10 mars... mais s'alarme désormais de la solidité de la demande.

Dans l'Anhui, le jeune Liu est à bout de patience: "Je me sens impuissant, je veux partir et je ne peux pas. Il n'y a rien à faire à la maison, sinon prendre du poids".