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A cause du coronavirus, récession probable en 2020 en Italie

Céline CORNU
Des bars et restaurants vides à Milan le 29 février 2020 à cause du coronavirus

Milan (AFP) - Le spectre de la récession plane sur l'Italie en 2020 en raison de l'impact du coronavirus, après une année 2019 déjà marquée par une faible performance économique.

"Pour l'Italie, dans le meilleur scénario, nous prévoyons une croissance nulle (en 2020). Avec un premier trimestre négatif, suivi d'une lente récupération", a déclaré lundi la chef économiste de l'OCDE, Laurence Boone.

En 2019, la péninsule a connu, avec +0,3%, son pire chiffre de croissance depuis 2014 quand la hausse du Produit intérieur brut (PIB) avait été nulle.

De manière générale, la croissance en Europe a subi un coup de frein, plombée par les menaces protectionnistes du président américain Donald Trump et par le Brexit. Mais l'Italie a fait bien pire que la petite progression de 1,2% du PIB de la zone euro dans son ensemble.

L'économie italienne, la troisième de la zone euro, est traditionnellement tirée par l'export et a été durement affectée par le ralentissement européen, notamment de l'Allemagne, par les tensions commerciales au niveau mondial et les incertitudes au niveau politique.

En revanche, bonne nouvelle pour le gouvernement de Giuseppe Conte, le déficit public a reculé à 1,6% du PIB l'an passé contre 2,2% en 2018, tandis que le ratio de dette est resté stable, à 134,8%.

Mais alors que le pays tablait sur une amélioration progressive, tant du côté de la croissance que de la dette, l'épidémie de nouveau coronavirus a fait l'effet d'un coup de bambou.

L'Italie est le pays européen le plus touché pour le moment, avec 1.694 cas positifs et 34 décès, selon le dernier bilan publié dimanche soir.

Entreprises au ralenti et tourisme en berne, l'économie est durement frappée, alors que les deux foyers principaux de Covid-19 dans le pays se trouvent en Lombardie et Vénétie, deux régions fortement industrialisées qui représentent à elles seules quelque 30% du PIB italien.

- Tourisme touché durement -

Le gouvernement tablait initialement sur une croissance de 0,6% en 2020 et la Commission européenne de 0,5%%.

Mais c'était avant le coronavirus. De nombreuses entreprises ont suspendu les déplacements de leurs collaborateurs et développé le télé-travail, d'importants salons professionnels, cruciaux pour engranger des commandes, ont été repoussés, les vols vers le nord de l'Italie nettement réduits...

Conséquence: beaucoup d'analystes tablent désormais sur une récession, dont Goldman Sachs qui prévoit une baisse du PIB de 0,8%.

Lorenzo Codogno, ancien économiste en chef du Trésor italien et fondateur du cabinet LC Macro Advisors, s'attend à un recul du PIB de 0,5% à 1% au premier trimestre. En cas de retour rapide à la normale, la baisse du PIB se limiterait à 0,3% sur l'année mais atteindrait 0,9% en cas de prolongation de la crise sanitaire.

"Après que le PIB italien a reculé fortement au quatrième trimestre l'an passé, l'épidémie de coronavirus laisse planer de manière quasi certaine une nouvelle contraction du PIB au premier trimestre, ce qui entraînerait l'Italie dans une nouvelle récession", souligne Nicola Nobile, expert pour Oxford Economics.

"Le tourisme et les loisirs sont les secteurs où l'activité est le plus affecté pour le moment", note-t-il.

Le tourisme, effets indirects inclus, représente environ 13% du PIB italien et 15% des emplois.

Les annulations de réservations dans les hôtels se sont multipliées --jusqu'à 95% pour les prochaines semaines dans certaines zones. Et les bars et restaurants sont quasi vides dans la métropole milanaise par exemple.

En réaction aux appels à l'aide lancés par les entrepreneurs, le ministre de l'Economie Roberto Gualtieri a annoncé dimanche un soutien de 3,6 milliards d'euros - équivalent à 0,2% du PIB du pays - pour les secteurs affectés. Un décret-loi en ce sens devrait être adopté d'ici vendredi.

Cette aide pourra prendre diverses formes, dont des crédits d'impôts pour les entreprises.

Vendredi, le gouvernement avait déjà annoncé une série de mesures d'aide immédiates aux entreprises et aux populations se trouvant autour des onze petites villes du nord de l'Italie mises en quarantaine.