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Canicule: comment les hausses de températures jouent sur les violences du quotidien

Face aux gens qui ont "le sang chaud", il vaut mieux "garder la tête froide". L'expression colle particulièrement à l'actualité météorologique de ces derniers jours. Depuis le début de la semaine, un "épisode caniculaire intense" touche la quasi-totalité du territoire français. Et si l'adage prend tout son sens, c'est aussi parce que de nombreuses études montrent que l'agressivité et la violence augmentent à mesure que le mercure grimpe.

L'une des dernières études publiées sur le sujet s'est penchée sur le cas de la ville de Los Angeles, entre 2010 et 2017. Elle révèle que les actes criminels ont augmenté de 2,2 % en moyenne lors de journées atteignant plus de 29,4°C.

Vacances, journées plus longues et alcool

Et l'idée est loin d'être nouvelle: "Au 19e siècle, le belge Adolphe Quetelet a développé ce que l’on appelle la thèse de lois thermiques de la criminalité, selon laquelle le taux de criminalité varie en fonction de la température ambiante", explique à BFMTV.com Laurent Bègue-Shankland, professeur de psychologie sociale à l'université Grenoble-Alpes, auteur de Psychologie du bien et du mal (Odile Jacob, 2023).

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Selon le chercheur, il existe en criminologie une théorie très utile pour comprendre les variations de la violence: la théorie des routines. "Lorsqu’il fait chaud, nos contacts sociaux s’intensifient, car les journées sont généralement plus longues, augmentant les altercations, et donc les violences. Et la consommation d’alcool, qui est le psychotrope le plus lié aux violences interpersonnelles dans le monde, augmente aussi", détaille Laurent Bègue-Shankland. Une réalité constatée sur le terrain par les policiers.

"De plus, une partie des profils les plus à risques de violence - les jeunes hommes - n’est pas dans les salles de classe ou au travail", ajoute le professeur de psychologie sociale.

Une théorie déjà avancée par le service central du renseignement au moment des émeutes qui ont suivies la mort de Nahel: "La période pré-estivale avec de surcroît une météo favorable favorisent les groupements de jeunes sur la voie publique, prompts à commettre diverses exactions", expliquait une note de synthèse que BFMTV a pu consulter à l'époque.

Des facteurs biologiques

Mais les explications se trouvent aussi du côté de la science. "Certains chercheurs ont démontré l'effet de la chaleur sur la santé mentale ou la physiologie humaine" poursuit Laurent Bègue-Shankland, citant entre autres un sommeil de mauvaise qualité, une augmentation du rythme cardiaque ou encore une baisse de la production de sérotonine, appelé "l'hormone du bonheur". Autant de facteurs qui provoquent une plus grande irritabilité, pouvant mener à un comportement violent.

Un phénomène qu'observent de nombreux professionnels en contact avec le public, comme les forces de l'ordre ou les soignants. "Dès 48 heures de fortes chaleurs, on observe une hausse de l'agressivité qui peut aller jusqu’à la violence physique, avait expliqué Guillaume Fond, psychiatre à l'AP-HM (Assistance publique - Hôpitaux de Marseille) et chercheur, à BFTMV.com.

“Cela ne concerne heureusement pas toute la population, mais les personnes qui ont des prédispositions à l'agressivité vont plus facilement passer à l'acte en cas de fortes chaleurs", avait précisé le spécialiste.

Davantage d'incivilités que de crimes

Mais pour Julien*, policier de Marseille, ce sont davantage les incivilités et les délits de droit commun qui augmentent avec la chaleur, que les crimes: "Quand il fait très chaud, on est agacé, on est tendus. Forcément, les gens perdent leur sang-froid plus rapidement et les altercations peuvent dégénérer", explique-t-il auprès de BFMTV.com.

"On voit davantage d'altercations entre automobilistes pour des places de parking, de disputes sur les plages entre des familles venues chercher du calme et des jeunes qui veulent s'amuser", détaille-t-il.

"Ce sont des incivilités, qui peuvent déboucher sur des agressions verbales, voire physiques, et qui touchent un public inhabituel", explique le policier.

"D’autres travaux montrent que les gens sont plus enclins à l’hostilité routière s’ils ont trop chaud en voiture, notamment en klaxonnant davantage pour manifester leur impatience, lorsqu’ils ont trop chaud", ajoute Laurent Bègue-Shankland.

Mais tout est question de température. Quand la chaleur devient suffocante, "l’agressivité est remplacée par la léthargie et les sujets adoptent plutôt un comportement d’évitement", avait expliqué le moine bouddhiste Matthieu Ricard, ancien essayiste, dans son Plaidoyer pour l’altruisme (éditions NiL, 2013). Une théorie avancée aussi par les chercheurs qui ont réalisé l'étude basée sur la ville de Los Angeles. Selon eux, le nombre d'actes criminels commence à redescendre quand la température atteint les 35°C. À partir de 40°C, ils baissent drastiquement pour atteindre les chiffres observés pour les journées où la température se situe entre 18°C et 23°C.

Parmi les nombreux effets redoutés du réchauffement climatique, on peut donc désormais ajouter celui des esprits qui s'échauffent.

Article original publié sur BFMTV.com