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Calme plat au port de Calais, après la suspension des transports en provenance du Royaume-Uni

Béatrice JOANNIS, Bernard BARRON
·4 min de lecture

Le port de Calais, épicentre du trafic transmanche, sonnait étrangement creux lundi matin, au lendemain de la décision de suspendre pour 48H00 les transports en provenance du Royaume-Uni.

Au terminal ferry, en ce milieu de matinée de grisaille, il y a bien une dame, accoudée au bureau de change, mais... c'est une Calaisienne, venue effectuer une opération pour son entreprise. A l'extérieur, les parkings sont quasiment vides.

Au guichet, Eduard, un Roumain vivant à Birmingham, achète un billet. "J'ai laissé ma famille en Angleterre pour rendre visite à mon père malade, et je m'apprête à la retrouver", explique-t-il. Il est l'un des rares clients à s'embarquer pour Douvres, même si le panneau d'affichage égrène les départs à venir : 11h05 pour le "Côte des Flandres" de la compagnie DFDS, 11h10 pour le "Pride of Canterbury" de P&O, puis 12h25 pour le "Calais Seaways" de DFDS...

Robert, lui, agite les bras, agacé, en parlant avec un agent du port. Il voulait aller passer les fêtes avec son fils qui vit à Londres et avait son billet mais vient de se faire refouler à l'entrée d'un ferry. "J'ai fait 300 km pour venir et je n'ai plus qu'à les refaire..." regrette ce Parisien. "Mon fils habite dans une zone rouge, il n'a pas le droit de recevoir de visite".

Programme contrarié également pour Marisa Fernandes, qui habite à Peterborough, dans l'est de l'Angleterre: le membre de sa famille du Luxembourg qui l'accompagnait pour passer les fêtes en Angleterre ne peut embarquer. Elle va repartir seule. "Comment faire ? On verra dans 48 heures...", dit-elle, dépitée.

Le standard du terminal ferry a beaucoup sonné ce matin: des appels de personnes souhaitant savoir si les bateaux circulaient. Réponse: aucun problème pour partir, mais impossible de rentrer dans les 48h.

- La problématique Douvres -

C'est la raison pour laquelle David Sagnard, patron de l'entreprise de transports Carpentier à Calais, mais aussi président régional de la FNTR (Fédération nationale des transports routiers), a préféré laisser ses camions à l'arrêt ce lundi. "12 véhicules devaient partir aujourd'hui, la moitié depuis le port, l'autre depuis le tunnel, sur une flotte de 80. Mardi, 5 autres devaient aussi prendre la route. Dans un monde idéal, ceux qui devaient livrer Londres et sa région, auraient dû revenir ce soir ou demain matin. Plus au nord, dans les Midlands, ils seraient revenus dans la journée demain", détaille le chef d'entreprise.

Conséquence: une perte de chiffre d'affaires "d'environ 10.000 euros, à raison de 7 à 800 euros par véhicule...". "On réfléchit à une solution de trafic non accompagné - par containers - mais à Douvres, la congestion est telle qu'un véhicule venant chercher une remorque n'arriverait pas à rejoindre le port...", soupire-t-il encore.

"A Douvres, le port est surchargé, on va essayer de leur demander de prévoir des lignes d'accès à la zone non-accompagné", confirme Jean-Marc Puissesseau, président du port de Calais.

Très peu de routiers en vue, donc, à l'embarquement ce lundi matin, y compris à quelques kilomètres de là sur le site du tunnel sous la Manche où la seule activité palpable était celle des camions de CRS, gyrophares allumés, surveillant d'éventuelles intrusions de migrants.

Même si le gros du trafic se concentre le mercredi et le jeudi, la jauge est plus faible que d'habitude et il n'y avait aucun camion sur les rampes d'accès au tunnel vers 11h00. Selon l'opérateur Getlink, le trafic était inférieur d'un tiers au prévisions. "C'est mort de chez mort, normalement un lundi matin, 60 à 80 camions partent d'ici vers l'Angleterre. Aujourd'hui, c'était peut être 15", glisse aussi un agent d'une grande aire de repos et parking privé de Marck, en périphérie de Calais.

Très peu de trafic aussi sur les autoroutes alentours, où les panneaux lumineux de signalisation rappellent la "fermeture stricte" du trafic dans le sens Royaume-Uni-France. Sur une aire d'Offerkerque, à moins de 5 km de Calais, le routier roumain Boros Laszlo se repose. Arrivé vendredi en Angleterre, il a réussi à passer in extremis dimanche: "j'ai eu de la chance, j'ai pris un bateau à 23h05!", dit-il, satisfait de pouvoir être chez lui pour Noël, après un chargement en Belgique.

bj-cor-rl/nm