C'est l'énergie de demain et personne n'en parle

Quelle énergie nouvelle offre le plus fort potentiel à court terme ? Le solaire ? La biomasse ? Non, vous n'y êtes pas ! Lisez plutôt.

Entre une population mondiale qui s'accroît de près de 80 millions d'individus par an et des pays émergents qui aspirent à un rattrapage de leur niveau de vie, l'énergie apparaît comme un problème crucial pour notre petite planète dans les décennies à venir. Et cela d'autant plus que les ressources pétrolières et gazières sont très inégalement réparties sur la planète, ce qui a été et peut être encore à l'avenir source de conflits géopolitiques majeurs.

Les énergies propres se développent... mais pas assez vite

Certes, on constate que les énergies renouvelables progressent rapidement. Prenez l'exemple de la filière solaire, qui a souvent fait les choux gras des médias à cause des faillites qui ont émaillé le secteur. Cela ne doit pas faire oublier que le parc photovoltaïque raccordé au réseau d'électricité a quasiment doublé entre juin 2011 et juin 2012, pour atteindre 3.289 mégawatts, ce qui correspond aux besoins en électricité d'une population de 1,5 million d'habitants. Il existe bien d'autres énergies "décarbonées" pleines de promesses, des éoliennes à la biomasse en passant par les hydroliennes, équivalent des éoliennes en version sous-marine. Pour autant, le contexte de crise financière est venu réduire à la portion congrue les aides au secteur et, au rythme de développement actuel, l'objectif, fixé par le Grenelle Environnement, d'assurer 23% de nos besoins en énergie grâce aux sources renouvelables à l'horizon 2020 sera bien difficile à atteindre.

Une énergie au potentiel immense

Pourtant, il existe une source d'énergie dont nous n'avons pas encore parlé et qui, pourtant, recèle un formidable potentiel, sans même nécessiter de financements publics. Cette source miraculeuse, c'est l'efficacité énergétique. Récemment invité par l'association de promotion des énergies vertes Cleantuesday Paris, Steven Fawkes, spécialiste de l'énergie et associé de la société d'investissement britannique Matrix Group, rappelait en effet ces chiffres un peu effarants : "toutes énergies primaires confondues (charbon, pétrole, nucléaire, renouvelables), la production d'énergie mondiale est de 475 exajoules pour des besoins effectifs de 55 exajoules. Cela revient à dire que notre efficacité énergétique est de 11%, ce qui est... pathétique." Sans être familier avec ce que représente un exajoule (cette quantité d'énergie pourrait faire briller votre ampoule de 40 watts pendant environ 800 millions d'années !), on comprend aisément que l'écrasante majorité de l'énergie que nous produisons ne sert à rien ! Où sont les économies ? Partout ! Mais c'est certainement dans l'immobilier qu'elles sont le plus facilement réalisables. "Si l'on veut entreprendre quelque chose dans le domaine de l'efficacité énergétique, il faut regarder de ce côté. Selon des chiffres du Forum économique mondial, les bâtiments représentent à eux seuls 40% de la consommation énergétique mondiale, et entre 20 et 40% des économies possibles", poursuit Steven Fawkes.

Un système gagnant-gagnant


Reste que la mise aux normes environnementales d'un immeuble de bureaux, par exemple, est coûteuse et pose un problème de taille à court terme : c'est le propriétaire qui va payer les travaux, alors que c'est le locataire qui va bénéficier ultérieurement d'une diminution de sa consommation, donc de sa facture EDF. La solution peut venir de financements innovants, évoqués par le premier ministre Jean-Marc Ayrault le 15 septembre dernier, dans son discours de clôture de la Conférence environnementale : « nous aurons recours (...) au tiers financement : l'investisseur tiers prendra en charge une partie ou la totalité des travaux de rénovation et il se rémunérera sur les futures économies d'énergie. » Ce type de "tiers financeurs", connu sous l'acronyme ESCO (pour "energy service company" : société de services énergétiques) s'est surtout développé aux Etats-Unis ces dernières années mais arrive en France, via des sociétés comme Akol Energies. La société va conduire à ses frais un audit de l'immeuble puis financer les travaux de rénovation, les économies générées étant ensuite partagées entre elle et l'occupant pendant plusieurs années. Un modèle où, si tout se passe bien, tout le monde est gagnant... y compris la planète.

Emmanuel Schafroth

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