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Business, bling-bling et chefs d'Etat: Le Bourget, un aéroport si discret

Marie GIFFARD
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Les pistes de l'aéroport du Bourget, le 17 octobre 2019

Le Bourget (France) (AFP) - C'est le plus petit des trois aéroports parisiens, mais aussi le plus select: Le Bourget continue de cultiver sa discrétion pour attirer un public de VIP, composé majoritairement d'hommes d'affaires et de personnalités politiques mais aussi de stars et de princes.

"Vous n'aurez jamais d'info sur qui est à bord ou à quelle heure est arrivé untel", met en garde Bruno Mazurkiewicz, le directeur de cet aéroport qui vient de fêter ses 100 ans.

"Ici, on fait du business. Le côté bling-bling, on ne le voit pas. Les rappeurs, c'est une frange minimale", insiste-t-il.

Avec huit terminaux gérés par des opérateurs privés appelés FBO (Fixed-base operator) et un peu plus de sept kilomètres de piste, Le Bourget est un aéroport "à taille humaine" installé sur 553 hectares, contre 3.257 à Roissy, à moins de 10 km de la Défense.

Chefs d'Etat, dirigeants du CAC 40, patrons de PME et célébrités du cinéma ou du sport passent ici sans s'attarder. Le client arrive et repart quand il le veut et les tarifs s'échelonnent entre 2.000 à 10.000 euros l'heure de vol.

Ce mardi de janvier, deux employées d'Aéroports de Paris (ADP) observent par la fenêtre la vingtaine d'avions parqués sur le tarmac de l'aéroport, du petit jet de 4/5 places à l'Airbus de 30-40 places.

"C'est bien plein... Quand j'ai vu hier toutes les demandes de parking, j'ai compris, avec le sommet industriel à Versailles", lance l'une elles en référence à la conférence "Choose France", qui a réuni au Château de Versailles le gouvernement et 200 patrons venus du monde entier.

L'activité de l'aéroport connaît des heures et jours de pointe liés à "des évènements économiques, sportifs ou culturels comme la Fashion week, Roland Garros, la Ryder's Cup", confirme Bruno Mazurkiewicz.

Ici, on ne parle pas de passagers mais de "mouvements" (départs ou arrivées). En 2019, l'aéroport en a enregistré 54.700, en baisse par rapport à 2018, qui avait été "exceptionnelle à cause de la multitude d'évènements business organisés en Ile-de-France", selon M. Mazurkiewicz.

- A la carte -

Premier aéroport d’affaires en Europe, le Bourget se targue d'avoir une grande flexibilité.

"Tout est à la carte", résume Pascale Nizet, directrice d'Ozelys, une agence de communication implantée au Bourget. "Vous pouvez faire un Grenoble-Dallas. Et vous pouvez changer de destination en vol".

"Parfois, certains viennent de New York pour un contrat, ils signent et ils repartent", pour une heure de vol allant de 2.000 à 10.000 euros.

Ici, on peut atterrir "H24" mais pas décoller après 22H15.

Une efficacité qui rime avec une sobriété des terminaux, des hangars au décor dépouillé.

Le nouveau terminal Astonsky, inauguré en octobre, a toutefois fait le pari du luxe et repris "les codes des palaces" en offrant notamment "une "escape route" pour exfiltrer des personnes connues si des journalistes les attendent", déclare Charles Clair, président d'Astonsky.

Objectif: éviter la "rupture entre le client qui sort de sa Bentley pour rentrer dans son avion de plusieurs millions de dollars" en passant par un hangar.

Aquarium, cigares, cave remplie des meilleurs crûs, majordome en queue de pie et chapeau haut de forme... Il y a quelques semaines dans ce terminal, "Mike Jagger a goûté l'un des vins de la cave. Il est reparti avec une caisse", affirme Charles Clair.

- Discrète sécurité -

Le Bourget, qui a sa gendarmerie, une police aux frontières ainsi qu'une douane, voit également passer des avions pudiquement appelés "vols d'Etat" à bord desquels peuvent voyager un président américain comme une chancelière allemande ou un ambassadeur.

"Les vols d'Etat impliquent une gestion des convois, des exfiltrations. On échappe au côté très officiel de Roissy, avec la garde républicaine et le tapis rouge. Les gens arrivent en toute discrétion", explique Bruno Mazurkiewicz.

La chanteuse "Rihanna file son passeport comme tout le monde", plaisante une source aéroportuaire qui ajoute, qu'à part une liste "très réduite de chefs d'Etat établie par le ministère des Affaires étrangères", tout le monde est soumis à ces contrôles. "Les fonctionnaires qui y travaillent doivent être diplomates, poursuit-il, les VIP sont plus chiants".