La bourse est fermée

Avec Bloomberg, l'argent plus que jamais au coeur de la présidentielle américaine

Catherine TRIOMPHE
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Michael Bloomberg, le 29 janvier 2019 dans le New Hampshire

New York (AFP) - Michael Bloomberg, l'un des hommes les plus riches du monde, peut-il s'installer à la Maison Blanche grâce à sa fortune? Son entrée dans la course présidentielle promet d'augmenter les mises et d'alimenter le débat sur la prééminence de l'argent dans les élections américaines.

Un de ses conseillers l'a affirmé samedi: l'ex-maire de New York, dont la fortune personnelle dépasse les 50 milliards de dollars, est prêt à dépenser "autant qu'il le faudra pour battre Trump" en novembre 2020.

Contrairement à beaucoup de pays européens, il n'y a pas de limite aux dépenses que peut engager un candidat aux Etats-Unis.

La loi américaine interdit à un individu de donner plus de 2.800 dollars à un candidat, mais rien n'empêche un candidat de financer sa propre campagne et, comme Michael Bloomberg ou un autre milliardaire en lice, le Californien Tom Steyer, d'y jouer sa fortune.

Ceux qui ne sont pas riches peuvent aussi dépenser des centaines de millions de dollars, grâce aux "super PACs", des "comités d'action politique" qui peuvent les financer sans limite tant qu'ils ne coordonnent pas leur action avec l'équipe du candidat.

Les principaux candidats préfèrent ainsi renoncer au système fédéral de financement public des campagnes qui les obligerait à limiter leurs dépenses, même si cela implique de "lever beaucoup d'argent" pour payer leurs équipes et acheter des spots publicitaires, explique Ester Fuchs, professeure de sciences politiques à l'université Columbia et ex-conseillère de M. Bloomberg.

En se déclarant dimanche candidat à l'investiture démocrate, ce dernier a battu un premier record: il a acheté cette semaine pour 33,5 millions de dollars de spots télévisés dans une vingtaine d'Etats américains, battant le record hebdomadaire établi par le président sortant Barack Obama en 2012, avec 25 millions, selon la société spécialisée Advertising Analytics.

Michael Bloomberg avait préalablement annoncé qu'il dépenserait également 100 millions de dollars en publicités en ligne anti-Trump.

- Lobbies maudits -

L'homme d'affaires fait valoir qu'en tirant sur sa fortune personnelle, il s'affranchit de l'influence décriée des lobbies.

Donald Trump avait utilisé le même argument en 2015-2016. Celui qui était alors le premier milliardaire à briguer la Maison Blanche avait initialement annoncé qu'il financerait lui-même sa campagne et ne devrait donc rien à personne.

S'il a sorti 66 millions de dollars de sa poche, il a néanmoins fini par accepter de nombreuses contributions, y compris de gros donateurs, rappelle Brendan Fischer, expert de l'organisation Campaign Legal Center, qui veille au respect des lois électorales.

Même si M. Bloomberg tenait parole, ses rivaux Elizabeth Warren et Bernie Sanders, qui dénoncent sans cesse l'influence des milliardaires et prônent de lourds impôts sur la fortune pour financer leurs propositions d'assurance santé publique ou d'effacement de la dette étudiante, l'accusent déjà de vouloir "acheter l'élection".

Les deux sénateurs ont fait du rejet des contributions des lobbyistes --accusés de "corrompre" la démocratie américaine-- un argument électoral, qui "semble trouver un écho auprès des électeurs", souligne M. Fischer.

Les deux candidats compensent en demandant en permanence des contributions à leurs partisans. Ils arrivaient fin septembre en tête des collectes de fonds, avec environ 25 millions de dollars chacun.

Signe que les démocrates veulent encourager un financement émanant du terrain, réunir des centaines de milliers de donateurs est une condition pour participer aux débats télévisés entre candidats.

Afin d'être au prochain débat du 20 décembre, il faudra ainsi prouver avoir reçu des contributions d'au moins 200.000 donateurs différents. Pour les recalés, l'abandon guette, comme le sénateur du New Jersey Cory Booker, qui a récemment imploré ses partisans de l'aider à rester en piste en contribuant à sa campagne.

En renonçant aux contributions, Michael Bloomberg semble s'exclure d'avance de ces débats préalables aux primaires qui commenceront en février, sauf si les critères de sélection venaient à changer.

Aussi important soit-il, jamais l'argent n'a suffi à remporter une élection, assurent les experts, rappelant qu'Hillary Clinton avait perdu en 2016 après avoir dépensé près de 600 millions de dollars, soit deux fois plus que Donald Trump.

"C'est une pré-condition nécessaire", mais "ça ne peut pas remplacer des idées qui plaisent ou une candidature qui inspire", pointe Brendan Fischer.