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La BCE inquiète de la hausse du crédit en France

Le siège de la Banque centrale européenne à Francfort, en octobre 2017

Francfort (AFP) - La Banque centrale européenne (BCE) a discuté du risque pour la zone euro de la rapide hausse des crédits au secteur privé en France, selon le compte-rendu de sa dernière réunion de politique monétaire publié jeudi.

"Il a été souligné que la hausse des prêts au sein de la seconde économie européenne a connu une croissance soutenue", mentionnent les "minutes" de la réunion, dans une rare mention frontale de l'un de ses pays membres.

"L'augmentation des effets de levier, du nombre d?opérations de fusions et d'acquisitions et des activités de rachat posent des questions dans le cadre de la stabilité financière", ajoute le texte.

Cette hausse des crédits a pris de l'ampleur au lendemain de l'élection en mai du président Emmanuel Macron, du programme économique axé sur la relance de l'entrepreneuriat et des réformes de la zone euro.

En juillet, la demande de crédits des petites, moyennes et grandes entreprises françaises avait ainsi grimpé de plus de 25%.

A titre de comparaison, en zone euro, les crédits au secteur privé ont augmenté de 3,1% sur un an pour le mois de novembre, selon les derniers chiffres publiés par la BCE.

La BCE a pourtant fait de la dynamisation des crédits une priorité de sa politique depuis plusieurs années. Elle a ainsi choisi de maintenir des taux d'intérêt au plus bas et a racheté pour 2.300 milliards d'euros de dette publique, dans l'espoir que le taux d'inflation de la zone finisse par rejoindre son objectif légèrement inférieur à 2%.

Mais au sein du conseil des gouverneurs, les appels à refermer les vannes de l'argent facilement disponible, motivés par la crainte que les ménages aussi bien que les gouvernements ne s'endettent bien au-delà de leurs capacités de remboursement, se sont multipliés, dans le camp dit des "faucons". Toutefois, les "colombes", favorables au maintien d'une politique accommodante, demeurent majoritaires au sein du cénacle francfortois.

L'explosion d'une "bulle de crédit" a été l'une des causes de la crise financière de 2008, et les Etats comme le secteur privé ont mis plusieurs années à se désendetter et revenir dans le vert.

Les gouverneurs de la BCE ont qualifié les risques actuels de "globalement équilibrés", expression codifiée laissant entendre qu'ils voient autant de chances que l'économie en zone euro surprenne agréablement ou déçoive.