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Qui sont les Arabes israéliens, ces Palestiniens d’Israël ?

·5 min de lecture

Citoyens israéliens depuis 1948, les Arabes israéliens constituent 20 % de la population de l'État hébreu mais font toujours l'objet de discriminations. Les violences de ces derniers jours dans les villes, où ils cohabitent depuis des décennies avec les Israéliens juifs, bousculent un équilibre fragile.

“Je suis un Arabe israélien, mais je suis aussi palestinien. Mon identité est double”, explique Thabet Abu Rass à France 24. “J’ai un passeport israélien mais la moitié de ma famille vit dans la bande de Gaza et je reste fortement connecté à mes proches”. Habitant à proximité de la ville israélienne de Lod où il travaille; il est le directeur exécutif de Abraham Initiatives, une organisation qui promeut le rapprochement culturel entre Juifs et Arabes israéliens et dirige une équipe issue des deux communautés.

Comme de nombreux Arabes israéliens, Palestiniens restés sur leur terre à la création d'Israël en 1948, Thabet Abu Rass se sent pris entre deux feux, entre son identité, arabe et palestinienne, et sa citoyenneté israélienne. Un sentiment de malaise accentué par la flambée de violences meurtrières de ces derniers jours.

“Palestiniens de l’intérieur”, “Arabes”... la multitude de termes employés pour désigner les Arabes israéliens en dit long sur la complexité de leur situation. “Le terme d’”Arabes israéliens” est devenu commun, mais il est avant tout utilisé par Israël”, estime Agnès Levallois. La chercheuse préfère parler de “Palestiniens d’Israël” pour désigner les Arabes détenteurs de la citoyenneté israélienne vivant en Israël. “Ils habitaient ces terres avant la création d'Israël et ils sont les Palestiniens restés sur cette terre, qui est devenue israélienne au moment de la première guerre israélo-arabe [en 1948]. Parler d'Arabes israéliens, c’est une façon de les noyer dans l’appartenance à une prétendue Nation arabe et de les couper des Palestiniens vivants dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Même si certains d’entre eux se dissocient aussi des Palestiniens, préférant vivre en Israël où ils jouissent de plus de liberté et de possibilités”, souligne la vice-présidente de l’Iremmo (Institut de Recherche et d'Études Méditerranée Moyen-Orient) à Paris.

"Une discrimination institutionnalisée"

Les Arabes israéliens représentent aujourd’hui plus de 20 % de la population israélienne, soit officiellement 1,8 million de citoyens, descendants des 160 000 Palestiniens restés en 1948. Une petite minorité d’entre eux est druze et chrétienne, la majorité sont musulmans.

“Ils sont des citoyens israéliens à part entière, égaux en droits, du moins en principe”, commente Jean-Marc Liling, avocat franco-israélien résident à Tel-Aviv, spécialiste de la société civile israélienne et militant pour la paix. “Il faut reconnaître qu’il y a une certaine discrimination institutionnalisée, liée au manque de définition de ‘ce qu’est un État juif’. Ce pays continue de se poser des questions d’identité et, sous couvert d’être un État juif et démocratique, une préférence est donnée à la population juive majoritaire dans le pays, et une certaine discrimination existe envers les Arabes israéliens.”

De longue date, les Arabes israéliens dénoncent ces discriminations : ils ont le droit de vote et 12 d'entre eux siègent à la Knesset, le Parlement israélien, sur 120 députés. Mais, soulignent-ils, aucun parti arabe n'a jamais participé à une coalition gouvernementale. Ils payent des impôts, bénéficient des avantages sociaux et peuvent théoriquement accéder à tous les postes. Mais, dans un arrêt retentissant de juillet 2000, la Cour suprême avait reconnu que la minorité arabe était victime de discrimination, notamment à l'emploi.

Autre exemple, contrairement au reste de la population, les Arabes israéliens ne sont pas soumis au service militaire, excepté les Druzes. “C’est le signe d’un problème de méfiance à l'égard de cette communauté. Ça peut paraître anecdotique, mais c’est emblématique”, analyse Agnès Levallois. “Le service militaire est le symbole de l’appartenance à une nation”.

Une classe moyenne qui aspire à l'égalité

Un des points les plus sensibles porte sur la confiscation des terres, les autorités israéliennes ayant saisi la quasi-totalité des terres des municipalités arabes pour y installer des immigrants juifs. Thabet Abu Rass regrette les discriminations liées à l’habitation. “La classe moyenne arabe aspire aujourd’hui à vivre dans des logements de meilleure qualité. Ils n’ont par exemple pas accès aux kibboutz car les demandes passent par un ‘comité spécial’ qui décide s’il est approprié que vous viviez avec des Juifs et ils refusent systématiquement”, relate ce géographe de formation. Toutes ces discriminations mises bout à bout au quotidien font que cet Arabe israélien ne se sent “pas égal” à un citoyen juif israélien.

Pour Jean-Marc Liling, la perception des Arabes israéliens d’être des “citoyens de seconde zone” est aussi accentuée par les discrimination urbanistiques. “Une grande partie de la population arabe israélienne qui vit en périphérie n’a pas accès à la même qualité des services de l’État”, souligne Jean-Marc Liling. Auteur d’un ouvrage sur le sujet, Agnès Levallois fait le même constat : “Les moyens économiques débloqués par l’État pour le développement des villages où résident des Palestiniens israéliens ne sont pas à la hauteur de ceux des villes peuplées par les Juifs israéliens”.

Une coopération entre Juifs et Arabes pour lutter contre le Covid-19

Dans les villes mixtes israéliennes, où ont explosé les violences entre Arabes et Juifs ces derniers jours, “la vie était plutôt normale”, raconte Thabet Abu Rass. À Lod, non loin de Tel-Aviv, “ces derniers mois avaient été marqués par une vraie coopération entre les habitants juifs et arabes de la ville pour lutter ensemble contre le Covid-19”, rapporte-t-il.

Toutefois, les tensions se faisaient déjà sentir. Le directeur d’Abraham Initiatives met en cause la diffusion des idées politiques de l’extrême droite israélienne. Dans cette ville industrielle peuplée à 40 % d'Arabes – dont une majorité de musulmans – le maire, raconte Thabet Abu Rass, “a commencé à se plaindre du volume sonore du muezzin. Il est allé jusqu’à entrer en personne dans la mosquée pour faire taire le chant, et ce malgré les recommandations de la police, qui lui a dit ne pas faire ça”.

Désormais, Thabet Abu Rass craint pour la mixité de Lod, où cocktails molotov et voitures incendiées ont rythmé la nuit de mercredi malgré un couvre-feu décrété par les autorités. “La situation est très dangereuse", prévient-il, “cela peut conduire à une guerre civile”.

Avec AFP

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