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Appels d'urgence à l'ONU pour lutter contre l'insécurité alimentaire

Face à l'urgence, des dirigeants du monde entier ont appelé mardi à redoubler d'efforts pour lutter contre l'insécurité alimentaire croissante dans le monde, exacerbée par une convergence de crises, l'invasion russe de l'Ukraine et le manque d'engrais.

Rassemblés en marge de l'Assemblée générale de l'ONU à New York, les Etats-Unis, l'Union européenne, l'Union africaine, ainsi que l'Espagne et la Colombie, ont co-présidé une réunion, appelant à relever le défi posé par cette insécurité alimentaire, elle-même facteur d'instabilité.

Cette réunion intervenait dans le sillage du G7 en juin au cours duquel les grandes puissances avaient promis de consacrer près de 5 milliards de dollars pour lutter contre l'insécurité alimentaire.

"Il n'y a pas de paix avec la faim et il n'y a pas de lutte contre la faim sans la paix", a résumé le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, tandis que son homologue allemand, le chancelier Olaf Scholz, appelait à "agir avec un sentiment d'urgence".

Le président américain Joe Biden, qui s'adressera mercredi à l'ONU, devrait y annoncer une nouvelle aide américaine, a indiqué son secrétaire d'Etat Antony Blinken, l'un des hôtes de la réunion.

- Famine -

Dans son discours à l'ONU mardi, le président Emmanuel Macron a annoncé que la France financerait "l'évacuation du blé ukrainien à destination de la Somalie", pays menacé par la famine.

Parmi les facteurs de crise, la pandémie de Covid-19 qui a perturbé les circuits de distribution, le changement climatique et la guerre en Ukraine, les responsables accusant mardi la Russie d'avoir mis la sécurité alimentaire en péril.

"La vérité est que (le président russe Vladimir) Poutine fait chanter la communauté internationale en usant de l'arme alimentaire", a dénoncé M. Sanchez.

Les Etats-Unis ont fait de la sécurité alimentaire une priorité diplomatique non sans arrières pensées politiques, en ciblant la responsabilité de la Russie. D'un autre côté, de nombreux pays du Sud insistent également sur ce thème dans le contexte élargi de la crise climatique et des prix de l'énergie.

Les dirigeants ont souligné le caractère "vital" de l'accord dit de la "mer Noire", qui permet d'acheminer par bateau les céréales ukrainiennes dont dépendent nombre de pays du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord.

Cet accord, signé par la Russie et l'Ukraine et validé par les Nations unies et la Turquie en juillet, a permis la reprise de l'exportation des céréales ukrainiennes par un corridor sécurisé.

"Contrairement à la désinformation en provenance de Moscou, ces céréales et autres produits alimentaires vont là où il le faut, soit aux pays les plus vulnérables, globalement dans le Sud", a assuré M. Blinken. L'accord a aussi permis de faire "baisser les prix" et "doit être reconduit, et urgemment", a-t-il dit.

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a contribué à aggraver les pénuries alimentaires auxquelles sont confrontés des pays parmi les plus pauvres du monde.

Selon un rapport américain du Conflict Observatory, environ 15% de la capacité de stockage de céréales de l'Ukraine a été perdue depuis le début de la guerre en février, avec des effets néfastes pour la sécurité alimentaire mondiale.

Ces pertes importantes remettent en cause la capacité de l'Ukraine à garder son rôle de grenier de nombreux pays, qui en dépendent pour leurs approvisionnements en blé, maïs et tournesol.

- Besoin d'engrais -

"Il apparaît clairement que la perturbation actuelle des chaînes d'approvisionnement alimentaire et la guerre en Ukraine vont impacter les prochaines récoltes. Il y a environ une à deux récoltes par an et nous le voyons déjà", avait auparavant mis en garde Alvaro Lario, qui préside le Fonds international pour le développement de l'agriculture (Fida), en insistant sur la question des engrais dont la Russie est un important producteur.

"Cela va être dévastateur l'année prochaine (...) peut-être pire que pendant le Covid", a-t-il dit lundi à l'AFP.

Dans un rapport diffusé en juillet, la FAO, le Fida, l'Unicef, le Programme alimentaire mondial (PAM) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) assuraient qu'"entre 702 et 828 millions de personnes (avaient) été touchées par la faim en 2021", soit 9,8% de la population mondiale.

La semaine dernière, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait averti: "Si nous ne stabilisons pas le marché des engrais en 2022, il n'y aura tout simplement pas assez de nourriture en 2023."

lb-abd/nr/vgr