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Accès des mineurs à la pornographie: comment aborder le sujet avec son enfant?

Un garçon âgé de 10-11 ans sur cinq consulte chaque mois des contenus pornographiques, un chiffre qui monte rapidement à 51% pour les 12-13 ans. Du côté des filles de cette tranche d'âge, elles sont 31% à fréquenter ces sites.

Cette étude de Médiamétrie commandée par l'Arcom et publiée ce jeudi montre que les enfants et adolescents sont quasiment autant exposés à la pornographie que les adultes.

"Tout ça est complètement hors contrôle. Avant, sur l'ordinateur, les parents pouvaient passer derrière, pouvaient consulter l'historique... Là, avec le smartphone, c'est vraiment en toute liberté", explique Laurence Pécaut-Rivolier, membre du collège de l'Arcom, affirmant que "ces contenus se sont banalisés chez les jeunes".

Si les stratégies de contrôle et de surveillance semblent désormais quasi-impossibles à mettre en œuvre, il s'agit désormais d'accompagner les enfants et pouvoir répondre à leurs questions ou leurs craintes sur le sujet.

Dès le plus jeune âge

Avant d'évoquer la pornographie en elle-même, de nombreux sujets liés à l'éducation à la vie sexuelle et affective peuvent être abordés dès le plus jeune âge. "On n'est pas obligé de parler de pornographie pour parler de consentement ou de relations de domination", détaille à BFMTV.com Ludivine Demol, chercheuse à l'université Paris 8.

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La spécialiste mentionne entre autres l'égalité femmes-hommes, le fait "qu'on ne soulève pas les jupes des filles à l'école" ou encore qu'on ne laisse personne nous toucher le corps sans accord.

Ce sont cette éducation et ces discussions sur un spectre beaucoup plus large, sur des notions comme le consentement, l'égalité ou l'orientation sexuelle, qui peuvent ensuite être réutilisées face à l'exposition à la pornographie.

Pour Samuel Comblez, psychologue et directeur des opérations de l'association e-enfance, l'important est d'adapter son discours en fonction de l'âge de l'enfant et de ses connaissances. "Avant de parler, il faut l'écouter: il s'agit de faire un état des lieux de ce qu'il sait pour créer la rencontre", explique-t-il.

Posture bienveillante et à l'écoute

"Il ne faut pas faire de la sexualité un non-sujet, il faut que l'enfant comprenne que les adultes sont capables d'accueillir la parole et qu'il ne risque pas de se faire gronder", poursuit auprès de BFMTV.com le psychologue.

Il ajoute en ce sens que sur la ligne d'écoute nationale 3018 sur les violences et les usages numériques, "on a des jeunes qui nous appellent pour nous signifier qu'ils ont été perturbés" et qui "se taisent", car il leur est "difficile de dire à leurs parents qu'ils sont allés voir des sites pornographiques".

"Le problème c'est si on est choqué et qu'on a personne à qui en parler", abonde dans le même sens Ludivine Demol.

"Si les jeunes pensent qu'en en parlant ils vont se faire engueuler, ça ne marche pas", continue la chercheuse, prônant une posture de bienveillance et non-jugeante des adultes.

"Sortir du modèle imposé par la pornographie"

Samuel Comblez explique que si les jeunes ne trouvent pas d'interlocuteur face à eux, c'est là qu'ils vont se tourner vers la pornographie comme une source facile d'accès. "Il ne faut pas que ça devienne le guide de la sexualité", exprime-t-il.

Selon le psychologue tout l'enjeu est de "casser la représentation de la sexualité faite par la pornographie, souvent basée sur la domination".

Les parents ou autres adultes référents doivent "faire ce que les contenus pornographiques ne font pas", c'est-à-dire de permettre aux jeunes de pratiquer leur sexualité de la manière la plus libre et consentie possible, "en sortant du modèle unique imposé par la pornographie".

"Il faut dédramatiser le sujet, rappeler que le but c'est le plaisir et non la performance et qu'il n'y a pas de honte à avoir si ça ne marche pas tout de suite comme attendu", explique Samuel Comblez.

Une sensibilisation nécessaire

Ludivine Demol conseille également aux parents d'éviter d'être mal à l'aise, car cela empêchera l'enfant de se risquer à reposer des questions à l'avenir. "Il faut accepter de dire quand on ne sait pas répondre ou si on a du mal à aborder ces sujets", préconise-t-elle.

"Un parent ne doit pas s'imposer de parler de tout cela mais que ce soit lui ou quelqu'un d'autre, il doit faire en sorte que l'enfant soit sensibilisé sur le sujet", ajoute le psychologue Samuel Comblez, citant par exemple des "formes de médiation comme les livres, les documentaires ou les podcasts".

En outre, "la sexualité se construit souvent en dehors du cadre parental", rappelle Ludivine Demol. Ainsi, les parents peuvent également servir d'intermédiaire en donnant des points d'accès à l'information, tout en assurant leur présence en cas de problème.

"C'est bien d'avoir une autre personne que les parents: ça devrait être le personnel éducatif, le planning familial, des points d'accès sur Internet...", liste la spécialiste.

Alors qu'il est difficile de faire éviter totalement les contenus pornographiques à des mineurs, l'objectif est que ces derniers ne deviennent pas leur seule source d'éducation à la vie sexuelle et affective. "Il faut vraiment que le sujet soit abordé", martèle Samuel Comblez.

Enfin pour Ludivine Demol, il est également important de "ne pas prendre les enfants pour des éponges". "Eux aussi ont un esprit critique: même avant de voir de la pornographie, ils ont déjà un avis dessus", conclut-elle, le tout étant de leur "donner les clés".

La question plus large des contenus violents et sexistes

"Les images pornographiques peuvent intégrer une dimension de violence et/ou de sexisme, de racisme, qui ne sont pas le reflet de la réalité - ce dont l’adolescent doit avoir conscience", explique le site officiel jeprotegemonenfant.gouv.fr.

Toutefois, Ludivine Demol ajoute que les images d'interaction femmes-hommes présentes dans la grande majorité des contenus pornographiques, notamment celles où la sexualité des femmes n'est faite que pour répondre aux désirs des hommes, "montrent un schéma relationnel déjà présent dans les discours sociaux ou d'autres représentations comme les films".

"C'est une vision qui découle de notre société et la pornographie vient uniquement l'alimenter", ajoute-t-elle, expliquant que les jeunes sont exposés à ces schémas d'inégalité entre les genres ailleurs que sur ces sites.

Les contenus pornographiques sur Internet peuvent également être violents. "Il est important de dire à l'adolescent qu'un film pornographique n'est pas une représentation de la réalité, mais une fiction dont les scènes sont montées et jouées par des acteurs", poursuit le site gouvernemental.

Pour Ludivine Demol, cette question "devrait se poser beaucoup plus largement" autour des images violentes en général sur Internet, notamment sur les réseaux sociaux, et de comment protéger les enfants de cela.

Article original publié sur BFMTV.com