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Abandon de la privatisation d'ADP : "Les Français sont de moins en moins convaincus par le retrait de l'Etat de la vie économique"

C'est confirmé. D'abord révélé par Marianne ce mercredi 11 mars au matin, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a annoncé la suspension de la cession du groupe Aéroports de Paris (ADP). "En tout état de cause l'instabilité actuelle des marchés montre que les conditions de marché ne sont pas du tout favorables à une quelconque opération de privatisation et en particulier en ce qui concerne ADP", a-t-elle dit lors du compte rendu du Conseil des ministres.

A cette occasion, nous nous interrogeons avec François-Xavier Dudouet sur les mécanismes entourant les privatisations au plus haut sommet de l’État. Chercheur en sociologie politique au CNRS, il travaille notamment sur les élites et la gouvernance des grandes entreprises. Il a coécrit Les grands patrons en France : du capitalisme d’État à la financiarisation (Lignes de repères, 2010). On peut le suivre sur son blog.

Marianne : A peine privatisée, la Française des jeux affiche des résultats brillants, avec un chiffre d'affaires en hausse de 8,5 % et un cours de l'action qui grimpe. De quoi réjouir les petits épargnants qui ont acquis des actions. Il y a pourtant eu une levée de boucliers, au moment du vote de la loi PACTE, contre les privatisations qu'elle contentait (FDJ, ADP...). Pourquoi ?

François-Xavier Dudouet : Le succès de l'introduction en bourse de la Française des jeux ne signifie pas que les Français étaient favorables à sa privatisation. Selon un sondage, publié par l'institut Symbial, 57% d'entre eux y étaient opposés. Par ailleurs, ce n'est pas la totalité des Français qui a souscrit à l'offre mais seulement 500.000, parmi lesquels on compte des buralistes et des salariés de l'entreprise. Nous sommes loin de l'engouement des privatisations des années 1990, qui attiraient entre deux et trois millions de souscripteurs, ou de la privatisation d'EDF qui avait séduit presque cinq millions d'actionnaires. En fait, on remarque plutôt une défiance des Français vis-à-vis de la Bourse. Le nombre de petits porteurs a été réduit de moitié entre 2008 et 2016, et progresse très légèrement depuis. Il est vrai que la crise de 2008 a échaudé nombre de petits épargnants, mais il n'y pas que cela. Le fond du problème est que les privatisations ne font plus rêver. Le projet de société qu'elles induisent, à savoir la compétition effrénée de tous contre tous et la réduction du rôle de l’État, n'enthousiasme plus grand monde.

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