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10 ans après, ces familles homoparentales veulent montrer que l'adoption, "oui, c'est possible"

Jean-Edouard se souvient avec précision de cette "rencontre pour la vie", ce moment où il a rencontré son fils. "On arrive face à un humain pour lui dire 'on est tes parents, on va t'appeler Charles'", raconte ce médecin, trois ans après avoir adopté le petit garçon avec son mari Emmanuel, directeur d'hôtel.

L'émotion est la même pour Amélie et Myrtille, restauratrice et illustratrice installées près de Toulouse, qui ont adopté Ezra la même année. "Il avait beau avoir trois mois, je reste toujours impressionnée à quel point il y a eu un échange" au moment de la rencontre, se remémore Myrtille. "C'était assez fort."

Le 17 mai 2013, François Hollande promulguait la loi ouvrant le mariage et l'adoption au couple de même sexe, après des mois de débats houleux au Parlement et dans les rues. "Il y a autant d’amour dans les couples hétérosexuels que dans des couples homosexuels, il y a autant d’amour vis-à-vis de ces enfants et tous ces enfants sont les enfants de la France", plaidait la ministre de la Justice de l'époque, Christiane Taubira, lors des débats à l'Assemblée en décembre 2012.

Des adoptions encore rares

Dix ans après, où en est-on? Les chiffres sur le sujet sont difficiles à obtenir, mais les couples comme Amélie et Myrtille et Jean-Edouard et Emmanuel, semblent encore rares.

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L'Association des parents gays et lesbiens (APGL), qui tient son propre recensement, estime que depuis l'ouverture de l'adoption à tous les couples, seules 200 familles homoparentales ont réussi à adopter, dont environ 60% en France et 40% à l’étranger. À titre de comparaison, de 2013 à 2021, près de 64.000 couples d'hommes et de femmes se sont mariés dans l'Hexagone, selon les données de l'Insee.

"L'adoption, ça a toujours été ce qu'on appelait notre plan A à toutes les deux", raconte Amélie. À l'époque, la procréation médicalement assistée (PMA) n'était de toute façon pas encore ouverte aux couples de femmes en France - elle n'a été votée qu'en 2021 - et le couple n'avait pas forcément l'envie de porter un enfant." "On voulait une famille", complète sa compagne Myrtille.

"Quand on s'est projeté sur sur le fait de fonder une famille, on est plus partis sur le principe de l'adoption parce que ça faisait partie déjà de nos valeurs", explique de son côté Emmanuel. "On voulait vraiment (adopter) un pupille de l'État."

La durée d’attente moyenne entre l’octroi de l’agrément - nécessaire à l'adoption - et l’adoption elle-même est d’un peu plus de trois ans, d'après un rapport réalisé par deux parlementaires en 2019. Pour les deux couples que nous avons rencontrés, l’attente a été encore plus longue. Amélie et Myrtille ont mis cinq ans avant d’obtenir une réponse, Jean-Edouard et Emmanuel un peu plus de quatre ans.

"On se sentait seuls"

"Tout au long du parcours, on se sentait quand même très seuls, puisqu'il n'y avait pas de recul, pas de visibilité", explique Jean-Edouard. "Et puis très peu d'informations qui sont données sur les chiffres, sur réellement, si oui ou non ça peut aboutir."

"On passe par toutes les phases pendant cette attente", poursuit Emmanuel. Des phases "où on lit plein de bouquins, on essaie de se renseigner au maximum..." "Et d'autres, où l'on se dit qu’on est très bien à deux", ajoute Jean-Edouard.

"On poursuit notre chemin et on fait une croix sur la parentalité parce que on se dit que ça ne marchera jamais."

Amélie ne l'a "pas toujours hyper bien vécu". "Parce que forcément, en plus, ça arrive au moment où les couples d'amis autour commencent aussi à fonder leur famille", explique-t-elle." Et nous, on sent qu'on patine et on a l'impression de s'enliser un peu dans cette attente d'un projet qui n'aboutira sans doute pas. Franchement, les statistiques, elles n’étaient pas en notre faveur."

"Pendant l'agrément, ils sont obligés de nous mettre en situation", rappelle Myrtille. "C'est-à-dire qu'on réfléchit aussi à quelle école on va aller, quel sera notre quotidien avec un enfant... Tout est très concret. Donc on savait exactement dans quelle pièce il allait dormir, quand il allait arriver. S'il allait arriver." Ce qui rend l'attente d'autant plus dure pour elles.

"L'aventure commence"

Dans tous les parcours d’adoption, il existe une différence notable entre la longueur de la procédure et la rapidité avec laquelle se fait l’arrivée de l’enfant. Les deux couples que nous avons rencontrés racontent comment, après plusieurs années d’attente, ils sont devenus parents en seulement quelques jours.

"Nous, c'est arrivé à un moment ou on avait perdu un peu espoir", se souvient Amélie. "Ils appellent, ils disent juste 'il faut arriver demain, il faut vous libérer pour 15h', c'était un vendredi", raconte Myrtille. "Et donc là, on arrête tout. Il fallait être là, on n'avait pas le choix."

"Quand on arrive là-bas, ils nous annoncent qu'un petit garçon est né, qu'il a trois mois et du coup, là, je pleure", se rémémore-t-elle. "Je ne sais pas si de joie, de peur, de je ne sais pas, je ne sais pas comment réagir."

"On s’apprêtait à partir en voyage, on est tous les deux motards", raconte Jean-Edouard. "Mon téléphone qui était en GPS sur la moto, j'ai vu le mail du service de l'adoption. (...) On arrive à la maison et j'ai dit (à Emmanuel) 'on part plus en vacances'. Je n'avais pas ouvert le mail, mais j'avais très bien compris. Donc du coup, on l'ouvre et on découvre qu'on est apparentés à un petit garçon qui est né telle date et à tel endroit. Et là l'aventure commence."

"C'est ouverture du mail et la vie s'arrête", résume-t-il. "On ne part plus en vacances, on appelle nos employeurs, on ne reviendra pas travailler."

Myrtille se souvient du "côte un peu irréel" de la pouponnière. "Le moment dont je me rappelle le plus, j'étais assise sur un petit fauteuil rouge, on aurait dit une classe pour enfant, et là ils nous disent 'on va le chercher'", raconte-t-elle. "Et là, on attend et on se dit 'quand il va passer la porte, ça va être notre fils qui va passer'. Et c'est très très très bizarre."

"La première rencontre, Charles était tellement bébé", se souvient de son côté Jean-Edouard. "On se disait il va beaucoup dormir et là on est resté une demi journée et on passait notre temps à se regarder. "On s'apprivoisait par les regards", complète Emmanuel. "Tout passait forcément par le regard, mais c'était tellement intense la première découverte."

"Je me rappelle forcément les larmes aux yeux. En fait, tout devenait concret, on se dit 'ça y est, c’est notre enfant'."

Charles a deux papas "et il en est hyper fier"

Ezra et Charles connaissent tous les deux leur histoire. Le premier "sait que d'autres enfants ont des papas, que lui il a deux mamans, qu'il n'y a pas de papa dans son schéma familial", explique Amélie. "Mais il dit 'moi, j’ai pas de papa' et après, il passe à autre chose. Pour l’instant, il ne creuse pas encore le pourquoi il n'a pas de papa. Pour lui, c’est naturel."

"À la crèche, Charles dit complètement qu'il a deux papas et il en est est hyper fier", affirme Emmanuel. "Un jour, je suis allé le chercher, il avait un peu moins de deux ans et il y avait une autre petite fille dans la salle d'attente", se remémore Jean-Edouard. "Elle me dit 'tu es qui?', je dis 'je suis le papa de Charles', elle me dit 'Ah ouais? Tu sais qu'il a deux papas?'."

"Ça le fait grandir Charles, mais ça fait grandir aussi les autres sur la différence", estime le père.

Les deux couples assurent ne pas avoir subi d’homophobie durant leur long parcours, seulement quelques remarques maladroites. L’APGL note également de moins en moins d’attitudes et comportements homophobes, bien qu’il en existe encore. Une loi votée en 2022 prévoit la mise en place d’un référent anti-discrimination dans les Conseils de familles - il en existe un par département, chargé d'examiner les demandes d'adoption.

"Forcément on a évoqué qu'on était un couple de femmes", explique Amélie, avec en filigrane la question du "rapport à l'autre, à la différence", et comment le couple "pouvait accompagner aussi l'enfant dans ce parcours".

"Nous c’est notre histoire, mais c’est notre héritage qu’on lègue à Ezra", poursuit Myrtille. "Ils nous demandent comment on va l’armer (face) à ça."

Jean-Edouard se souvient lui de questions "pas très adaptées" à la situation du couple, "notamment sur le deuil d'avoir physiologiquement un enfant", ou des interrogations "un peu farfelues, du genre sur les stéréotypes". "Du coup, qui est-ce qui fait les courses, qui est-ce qui fait à manger? On est deux hommes, mais on sait faire à manger. On sait aller chez Carrefour. Donc c'était plutôt maladroit."

Le père de famille évoque aussi les "généralités" entendues durant le processus d'adoption. "C'est vrai qu'il y avait certaines réunions où je levais tout le temps dans la main", pour demander "et pour nous?" "Parce que oui, on est différents", explique-t-il. "Et est-ce que sur un dossier, est-ce que vous ferez la différence entre un couple hétéro ou homo?" En retour, on lui a assuré qu'il n'y aurait "pas de différence".

Des "enfants atypiques" pour les couples homos

Ce n’est pas le cas pour tout le monde. En 2019, la conseillère Génération.s de Paris Léa Filoche a ainsi quitté le conseil de famille parisien, dénonçant le blocage des adoptions des couples de même sexe par "des décisions rétrogrades". "Comme tous les mois, et comme tous les mois depuis près de 6 ans, aucun enfant n’a été confié à un couple de même sexe", déplorait-elle.

"Je ne souhaite plus cautionner, au nom de la Ville de Paris, ces décisions rétrogrades, prises par des personnes tenantes de l’orthodoxie familiale, déconnectées de la réalité de notre ville et de notre société, au détriment de l’intérêt de l’enfant."

En 2018, France Bleu Normandie révèle qu’en Seine-Maritime, les couples homosexuels peuvent bel et bien adopter, à condition d'être ouverts "à des profils d’enfants atypiques". C'est ce qu'assumait la responsable de l'adoption au département. "Les couples homosexuels ne sont pas exclus mais ils ne sont pas prioritaires", affirmait-elle. Ces couples sont "eux-mêmes un peu atypiques par rapport à la norme sociale mais aussi la norme biologique (donc il faut que) leur projet supporte des profils d'enfants atypiques, un enfant dont personne ne veut".

"On nous a dit que, pour avoir une chance, nous devions nous préparer à accueillir un enfant à besoins spécifiques, c'est-à-dire grand ou avec un problème de santé, un handicap", témoignait une jeune femme candidate à l'adoption auprès de la radio.

"Il a existé (en Seine-Maritime) une règle tacite privilégiant les couples hétéroparentaux", a confirmé un rapport de l'Inspection générale des Affaires sociales (Igas), rendu en 2019.

Des modèles à construire

Durant leur parcours, les deux couples ont donc manqué de modèles, de personnes à qui s’identifier. En témoignant, Amélie, Myrtille, Jean-Edouard et Emmanuel veulent aider d’autres couples de même sexe à se projeter.

"Notre ami qui s'est lancé dans l'agrément quand on a eu l'annonce, il s'est dit c'est possible en fait", raconte Myrtille. "Et ça lui a fait du bien parce que lui a toujours eu envie d'avoir une famille."

"Ça manque effectivement d'avoir ce type d'informations et d'avoir le témoignage, le retour de personnes qui ont ce vécu justement", abonde Emmanuel. "Parce que l’on se projette sur quelque chose qui n'est pas concret."

Son mari et lui ont lancé un compte Instagram, "Deux papas adoptent", sur lequel ils racontent leur histoire à leur plus de 60.000 abonnés. Pour "pouvoir démocratiser cette adoption et de dire que oui, c'est possible".

Article original publié sur BFMTV.com