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Évolution inquiétante du trafic de drogue dans l'océan Indien

·3 min de lecture

Héroïne, cocaïne, cannabis, mais aussi plus récemment cannabis de synthèse et méthamphétamines : le trafic et la consommation de drogues augmentent et se diversifient dans les îles de l’océan Indien, notamment à Madagascar, aux Seychelles et sur l’Île Maurice.

L’ONG Global initiative against transnational organized crime (Initiative mondiale contre le crime organisé transnational) a enquêté, et publie un rapport intitulé Marées changeantes : l'évolution du commerce illicite des drogues dans l'océan Indien occidental et leur évolution ces dernières années dans cette zone située entre l’Afrique et l’Asie.

En dehors du cannabis, le principal marché de la drogue et le plus ancien aussi, dans les îles, c'est l’héroïne. Elle transite par ce qu’on appelle la « Route du Sud ». De l’Afghanistan où elle est produite, elle chemine ensuite par la mer le long de la côte africaine ou alors directement jusqu’aux Seychelles et Madagascar. Par avion souvent, elle peut s’envoler ensuite vers l’Europe. Mais surtout, la consommation locale est importante : à Maurice depuis les années 1970, et aux Seychelles depuis le début des années 2000. L’archipel, connu pour ses eaux turquoise possède un des plus forts taux de consommation d’héroïne au monde.

L'émergence de Madagascar comme la principale plaque tournante est largement ignorée et passe inaperçue, souligne Lucia Bird, analyste et auteure principale du rapport. L'île est vulnérable à cause de plusieurs facteurs. D'abord sa position géographique, proche du continent. Et comme certains lieux de débarquement des drogues de la « Route du Sud » ont été repoussés, Madagascar est une alternative pratique. L'île est grande, difficile à contrôler, la côte est très poreuse, et la gouvernance a des faiblesses. Tout cela fait que Madagascar est commodément utilisée comme base pour les trafics. Surtout que la très grande demande d'héroïne aux Seychelles et à Maurice a aussi encouragé ce marché inter-îles.

Diversification du trafic

Vient ensuite le marché de la cocaïne. Bien moins important. La poudre blanche est importée directement par avion d’Amérique latine jusque dans les pays du sud de l’Afrique ou directement à Madagascar. Le cannabis, lui, est cultivé localement. Madagascar est un gros producteur qui exporte ensuite vers les autres îles.

Mais ce que montre l’étude de Global initiative c’est non seulement une augmentation du trafic et de la consommation locale, mais aussi une diversification des drogues qui circulent dans la zone. Depuis quelques années, le marché du cannabis de synthèse explose, en particulier à Maurice, Mayotte et aux Comores. Les précurseurs de cette drogue sont achetés sur internet en Chine, et souvent importés par la poste.

La méthamphétamine aussi a fait une apparition récente. Produite en Afghanistan, elle prend également la « Route du Sud », comme l’héroïne. Pour l’ONG, c’est une tendance à surveiller, car sur le continent africain la hausse de la consommation de méthamphétamines ces dernières années « a fait beaucoup de mal aux communautés ».

Marchés illicites significatifs

À Madagascar, Maurice et aux Seychelles, ce sont des marchés illicites significatifs, ajoute encore la chercheuse pour qui il y a un degré d'organisation important. « À Madagascar, on estime que le marché est contrôlé par un petit nombre de gros trafiquants, pour ce qui est de l'héroïne, de la cocaïne et des méthamphétamines. Des sources au sein des services de renseignements malgaches estiment que ces gros bonnets pourraient être au nombre de cinq seulement. Et qu'ils ne sont pas de nationalité malgache, mais viennent du continent africain. »

Une différence par rapport aux autres îles, où les marchés sont contrôlés par des locaux. « Un des points importants, lorsque nous avons enquêté sur les personnes impliquées, c'est que l'augmentation de ces trafics a été rendue possible grâce à une corruption endémique et le soutien de personnes haut placées au sein des administrations d'État. »

Consommation locale en hausse

Pour l'organisation, Madagascar est ainsi en train de devenir une plaque tournante majeure dans la région. Sur la Grande île, le nombre de consommateurs augmente, et selon l'analyste Lucia Bird, « on devrait se pencher sur le phénomène maintenant, avant que le marché de la drogue ne devienne trop important. »

Global initiative appelle donc à une prise de conscience sur l’ampleur de ces trafics qui ont des répercussions dans toutes les couches de la société et au sein de l’État.

► À relire: Afrique: le marché de la drogue explose, état des lieux

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