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Les États-Unis se dirigent à toute vitesse vers un shutdown, quelles en seraient les conséquences ?

Une photo du Capitole à Washington, aux États-Unis. (photo d’illustration)
Bloomberg Creative Photos / Getty Images/Bloomberg Creative Une photo du Capitole à Washington, aux États-Unis. (photo d’illustration)

ÉTATS-UNIS - Le compte à rebours est lancé. Les États-Unis ne sont plus qu’à quelques heures d’une paralysie de l’administration fédérale, faute de vote sur son financement, une pagaille pour laquelle le président Joe Biden et les républicains se rejettent mutuellement la responsabilité.

La Chambre américaine des représentants a toutefois adopté une mesure de financement d’urgence, un coup de théâtre à quelques heures de ce redouté « shutdown ».

Ce rebondissement est intervenu après que le président républicain de la Chambre, Kevin McCarthy, a proposé plus tôt une ultime tentative d’empêcher la paralysie, qui ne pouvait passer qu’avec le soutien des démocrates. C’est ce qui est arrivé : le texte a été adopté avec 335 oui (91 non) et doit maintenant passer au Sénat. Il prévoit que l’administration continue d’être financée pendant 45 jours.

Si la mesure n’était pas définitivement adoptée, la première économie du monde devrait ralentir dans la nuit de samedi à dimanche, à minuit.

Concrètement, que va-t-il se passer dans le pays si le « shutdown » est confirmé ?

• Des fonctionnaires privés de salaire

Environ 1,5 million de fonctionnaires seront privés de salaire avec la fermeture totale, ou partielle, des services. Ils ont commencé à être notifiés de l’imminence de la paralysie.

Le Syndicat des employés du gouvernement fédéral (AFGE) évalue à « jusqu’à 4 millions d’employés militaires et civils qui seront touchés », dont « 2,2 millions sont des employés fédéraux », le reste étant « des militaires en service actif et des réservistes », rapporte Le Monde.

« Quelque 1,3 million de soldats en service travailleront sans être payés », a lui estimé John Kirby, coordinateur du conseil de sécurité nationale, dans une vidéo publiée sur le compte Instagram de la Maison Blanche.

• La fermeture des parcs nationaux

La plupart des célèbres parcs nationaux américains comme Yosemite et Yellowstone fermeront leurs portes.

Il existera toutefois des exceptions : les parcs nationaux, de par leur localisation, resteront accessibles au public. Ils fonctionneront en service réduit. Ce sera par exemple le cas du National Mall à Washington, cette grande étendue comprenant l’obélisque emblématique de la capitale ainsi que le Lincoln Memorial, mais aussi certains panoramas et sentiers de randonnée.

• Le trafic aérien perturbé

Le trafic aérien sera également très perturbé puisque contrôleurs aériens et fonctionnaires de l’agence de sécurité dans les transports (TSA) sont concernés.

• Des aides alimentaires temporairement suspendues

Par ailleurs, certains bénéficiaires d’aide alimentaire pourront se la voir temporairement refuser. Deux programmes d’aide alimentaire sont dans le collimateur : le WIC, un programme d’aide nutritionnelle dont dépendent sept millions de femmes et d’enfants ; et le programme d’assistance nutritionnelle supplémentaire (SNAP), destiné à 40 millions d’Américains à faibles revenus.

Chaque semaine de « shutdown » pourrait par ailleurs coûter 0,2 point de croissance au PIB des États-Unis au 4e trimestre, selon une note des économistes de Goldman Sachs.

• Des répercussions directes sur la guerre en Ukraine

Cette crise budgétaire va aussi avoir des répercussions directes sur la guerre en Ukraine. La Maison Blanche avait initialement réclamé que la loi de finances votée par les élus comprenne 24 milliards de dollars d’aide militaire et humanitaire pour Kiev.

Conscient du risque de lassitude de la part du grand allié américain, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’était rendu la semaine dernière au Congrès pour tenter de convaincre les États-Unis de l’aider à passer « la ligne d’arrivée » face à la Russie.

Mais le déblocage d’un tel montant paraît de plus en plus incertain, au vu de la direction que prennent les tractations en coulisses. Une poignée d’élus républicains trumpistes refusent de débloquer une quelconque nouvelle aide à Kiev, estimant que ces fonds devraient être alloués à la gestion de la crise migratoire aux États-Unis.

• Un précipice politico-financier

Ces lieutenants de Donald Trump, qui disposent d’un pouvoir disproportionné en raison de la très fine majorité républicaine à la Chambre, avaient déjà poussé les États-Unis au bord du précipice politico-financier il y a quatre mois sur le dossier du relèvement du plafond de la dette.

Et ils ont reçu l’ordre de la part de l’ancien président, qui pourrait affronter Joe Biden en 2024, de « paralyser » l’État fédéral à moins d’obtenir gain de cause sur « tous » les dossiers budgétaires en débat.

Pour le président démocrate Joe Biden, la balle est dans le camp des républicains de la Chambre des représentants. Au contraire, le président de la Chambre des représentants Kevin McCarthy, élu au prix de nombreuses tractations avec les trumpistes, accuse les démocrates de vouloir « paralyser le gouvernement ».

C’est sous la présidence de Donald Trump que les États-Unis avaient connu leur plus long « shutdown », au cours de l’hiver 2018/2019. Selon plusieurs estimations, le PIB du pays avait alors été amputé de plus de 3 milliards de dollars.

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